Genre70–200 BPM8 progressions

Rock

Histoire et caractère

Le rock est la musique populaire construite autour de la guitare électrique, de la basse électrique, de la batterie et de la voix, presque toujours en 4/4 avec le backbeat de la caisse claire sur les temps 2 et 4. Il naît aux États-Unis entre la fin des années 1940 et le début des années 1950 sous la forme du rock and roll, à partir du rhythm and blues, du gospel, du boogie-woogie, du jump blues et de la country (Sister Rosetta Tharpe, « Rocket 88 » de Jackie Brenston et Ike Turner, enregistré au Sun Studio de Memphis en 1951, puis Bill Haley, Elvis Presley, Chuck Berry, Little Richard, Buddy Holly). Le DJ Alan Freed popularise le terme en 1951 ; Chuck Berry met la guitare saturée au premier plan au milieu des années 1950 et Link Wray popularise les power chords à la fin de la décennie.

Dans les années 1960, le centre de gravité se déplace aussi vers la Grande-Bretagne : skiffle, Merseybeat, puis British Invasion (Beatles, Rolling Stones, Kinks, Who) à partir de 1963–64 ; à la même époque naissent le surf, le garage, le folk rock, le blues rock et la psychédélie, et avec Rubber Soul et Sgt. Pepper's le rock devient une musique d'album et de studio. Le terme passe de « rock and roll » à « rock » au milieu de la décennie.

Les années 1970 apportent le hard rock, le heavy metal, le progressif, le glam, le southern et le soft rock, avec un sommet commercial au milieu de la décennie ; le punk (1976–77) réagit au gigantisme du prog et ouvre la voie à la new wave, au post-punk et, dans les années 1980, à l'alternatif et au college rock. Les années 1990 sont celles du grunge, de la Britpop, de l'indie et du pop punk ; les années 2000 celles du revival garage et post-punk. À partir des années 2010, le rock n'est plus le genre dominant des classements, mais il reste un langage vivant qui absorbe le hip hop, l'électronique et la pop (revival pop punk des années 2020).

L'esthétique de fond reste la même : riffs de guitare mémorables, énergie d'un groupe qui joue ensemble, voix directe, forme couplet–refrain et un son « physique », fait d'amplis à lampes poussés, d'une batterie acoustique dans une pièce et d'une basse qui colle la grosse caisse et les guitares.

Gammes et tonalités

Pentatonique mineure

  • Formule : 1 b3 4 5 b7 — intervalles 3-2-2-3-2 demi-tons (ton et demi, ton, ton, ton et demi, ton).
  • Exemple en la : A C D E G. En mi (la tonalité « naturelle » de la guitare, avec les cordes à vide) : E G A B D.
  • Note caractéristique : la b3 jouée sur un accord majeur (C sur A, ou G sur E), presque toujours avec un bend d'un quart de ton vers la tierce majeure : c'est la « griffure » blues du rock.
  • Accords produits : en power chords A5 C5 D5 E5 G5, c'est-à-dire i–bIII–IV–V–bVII (les degrés sont des power chords sans tierce, ils fonctionnent donc aussi bien sur la tonalité majeure que sur la mineure).
  • Usage dans le genre : c'est la gamme mère des riffs et des solos. Les riffs se construisent sur les deux premières positions (box 1 à la case V pour la, cordes à vide pour mi) ; les solos utilisent des bends d'un ton sur la 4 (D→E) et sur la b7 (G→A).
  • Exemple réel : Led Zeppelin — Whole Lotta Love (riff en mi pentatonique mineure sur les cordes graves) ; AC/DC — Back in Black (riff en mi).
  • Erreurs courantes : rester toujours dans la box 1 (ça sonne comme un exercice) ; bender sans justesse ; résoudre sur la b3 au lieu de la tonique ou de la 5 à la fin de la phrase.

Gamme blues (hexatonique)

  • Formule : 1 b3 4 b5 5 b7 — demi-tons 3-2-1-1-3-2.
  • Exemple en la : A C D Eb E G. En sol : G Bb C Db D F.
  • Note caractéristique : la b5 (blue note), utilisée comme note de passage chromatique entre la 4 et la 5 (D–Eb–E), jamais comme note d'arrivée.
  • Accords : elle ne génère pas de famille d'accords propre ; dans les riffs elle produit le mouvement I5–bIII5–IV5–bV5–IV5 (A5 C5 D5 Eb5 D5).
  • Usage dans le genre : riffs « méchants » et passages chromatiques ; dans les solos, la b5 se « glisse » en dessous ou au-dessus sur une croche ou un triolet.
  • Exemple réel : Deep Purple — Smoke on the Water (le riff en sol mineur utilise le Db : G Bb C, G Bb Db C).
  • Erreurs courantes : s'arrêter sur la b5 sur un temps fort, ce qui sonne faux et non tendu.

Pentatonique majeure et « gamme composite »

  • Formule : 1 2 3 5 6 — demi-tons 2-2-3-2-3. En la : A B C# E F#.
  • Note caractéristique : la 6 (F# en la), douce et country, et l'absence de la 4 et de la 7, qui évite tout frottement.
  • La gamme composite : de nombreux guitaristes rock (Chuck Berry, Keith Richards, Slash, Angus Young) mélangent majeur et mineur : A B C C# D E F# G, c'est-à-dire pentatonique majeure + mineure. Le « truc » consiste à jouer b3→3 (C→C#) en hammer-on ou en bend vers la tierce majeure de l'accord.
  • Usage : solos sur des progressions majeures I–IV–V, intros à la Chuck Berry (doubles notes sur les cordes aiguës), riffs southern.
  • Exemple réel : Lynyrd Skynyrd — Sweet Home Alabama (solos en ré pentatonique majeure sur D–C–G) ; Chuck Berry — Johnny B. Goode (intro en doubles notes alternant b3 et 3).

Mixolydien

  • Formule : 1 2 3 4 5 6 b7 — tons T T S T T S T.
  • Exemple en la : A B C# D E F# G. En ré : D E F# G A B C.
  • Note caractéristique : la b7 (G en la) : elle rend l'accord de tonique majeur mais supprime la sensible, donc pas de poussée vers la tonique et une couleur « ouverte ».
  • Accords diatoniques en la : I A, ii Bm, iii C#dim, IV D, v Em, vi F#m, bVII G.
  • Usage : c'est le mode du rock de stade. Le bVII remplace le V (A–G–D–A = I–bVII–IV–I), et le v mineur (Em) évite la cadence classique. Les mélodies insistent sur la b7 et la 6.
  • Exemple réel : Guns N' Roses — Sweet Child O' Mine (couplet D C G D) ; The Who — Baba O'Riley (F–C–Bb, I–V–IV dans un contexte mixolydien de fa).
  • Erreurs courantes : insérer un E majeur (V avec sensible G#), ce qui ramène tout au majeur classique et efface la couleur.

Éolien (mineur naturel)

  • Formule : 1 2 b3 4 5 b6 b7 — tons T S T T S T T.
  • Exemple en la : A B C D E F G. En mi : E F# G A B C D.
  • Note caractéristique : la b6 (F en la), mélancolique ; la combinaison b6–b7 donne les degrés VI et VII majeurs qui montent vers la tonique.
  • Accords diatoniques en la : i Am, ii° Bdim, III C, iv Dm, v Em, VI F, VII G.
  • Usage : ballades, rock épique, solos mélodiques ; la cadence typique est VI–VII–i (F–G–Am), pas V–i.
  • Exemple réel : Led Zeppelin — Stairway to Heaven (section finale Am–G–F) ; Jimi Hendrix / Bob Dylan — All Along the Watchtower (C#m–B–A, i–VII–VI).
  • Erreurs courantes : monter toujours la 7 (G#) par habitude classique ; dans le rock, le V majeur ne s'utilise que pour une poussée forte et assumée.

Dorien

  • Formule : 1 2 b3 4 5 6 b7 — tons T S T T T S T.
  • Exemple en mi : E F# G A B C# D. En ré : D E F G A B C.
  • Note caractéristique : la 6 majeure (C# en mi) dans un mode mineur : elle génère le IV majeur (A en mi) qui apporte lumière et groove.
  • Accords diatoniques en mi : i Em, ii F#m, bIII G, IV A, v Bm, vi° C#dim, bVII D.
  • Usage : vamps à deux accords i–IV (Em–A), couplets funk rock et psychédéliques, solos qui soulignent la 6.
  • Exemple réel : Pink Floyd — Another Brick in the Wall (Part 2) (ré dorien, Dm avec G) ; Santana — Evil Ways (Gm–C, i–IV).
  • Erreurs courantes : jouer la b6 dans les solos sur le IV majeur, ce qui crée un frottement de demi-ton avec la tierce de l'accord.

Comment choisir

  • Riffs et power chords : pentatonique mineure/blues, quelle que soit la tonalité.
  • Refrain « ouvert » et lumineux : mixolydien (bVII–IV–I).
  • Couplet sombre ou ballade épique : éolien ; si tu veux du groove et de la lumière dans le mineur : dorien.
  • Solos sur des grilles majeures : pentatonique majeure ou composite, en visant les tierces des accords.
  • Règle pratique : décide d'abord ce que fait la basse (tonique ou riff), puis la gamme de la mélodie ; si la basse tient la tonique, presque tous les modes fonctionnent et la couleur est décidée par la note caractéristique.

Harmonie

Fonction harmonique

L'harmonie rock naît du blues et du modalisme plus que de la tonalité classique. Le V–I existe (rock and roll, pop rock) mais le centre du genre est la cadence plagale IV–I et la double plagale bVII–IV–I (en la : G–D–A). Le power chord (fondamentale + quinte, souvent avec l'octave) retire la tierce et rend donc le mode ambigu : le même riff fonctionne sur une basse majeure ou mineure et laisse à la mélodie le soin de définir la couleur.

Boucles, riffs et rythme harmonique

  • Couplets souvent construits sur un riff qui occupe 1–2 mesures et se répète : l'harmonie est implicite dans les notes du riff.
  • Refrains avec accords pleins (ouverts ou barrés) et changement à chaque mesure ou chaque demi-mesure.
  • Rythme harmonique typique : 1 accord par mesure dans les couplets, 2 par mesure dans les pré-refrains pour créer de la poussée.
  • Pédale : la corde à vide de mi ou de la qui continue de sonner sous des accords qui changent (A–G/A–D/A) est l'un des sons les plus rock qui soient.

Emprunts et chromatismes

  • bIII, bVI et bVII majeurs empruntés au mineur dans une tonalité majeure (en mi : G, C, D).
  • iv mineur dans le majeur (C–Cm en sol) pour le moment mélancolique.
  • Accords « de passage » chromatiques en power chords (A5–Bb5–B5–C5).

Voicings

  • Power chords sur les cordes 6-5-4 ou 5-4-3 ; octaves pour les guitares solistes.
  • Accords ouverts avec cordes à vide (G, C, D, A, E, Cadd9, Dsus4) pour les guitares acoustiques et les guitares claires.
  • Barrés de forme E et de forme A pour les rythmiques crunch ; triades sur les cordes aiguës (2-3-4) pour les secondes guitares qui ne doivent pas marcher sur les pieds de la première.
  • Densité : une guitare rythmique pleine + une seconde guitare qui joue des voicings plus aigus, des arpèges ou des riffs ; les claviers (Hammond, piano) remplissent la zone 300 Hz–2 kHz seulement là où les guitares laissent de la place.

Progressions typiques

NomTonalitéAccordsDegrésComment l'utiliser
I–bVII–IV–I mixolydienla majeurA G D AI bVII IV ILe son du rock de stade : le bVII remplace le V et la double cadence plagale résout sans sensible. Guns N' Roses, The Who, AC/DC.
Riff pentatonique en power chordsmi mineurE5 G5 A5 E5i bIII iv iTrois power chords de la pentatonique mineure : base de milliers de riffs hard rock. Se joue aussi dans un contexte majeur.
I–IV–V rock and rollmi majeurE A B7 EI IV V7 IHéritée du blues et du rock and roll des années 1950 (Chuck Berry) : la seule vraie cadence V–I du genre.
Axe pop rocksol majeurG D Em CI V vi IVLa grille des refrains à chanter en chœur ; avec distorsion et power chords, elle devient du pop punk.
Éolien épiquela mineurAm F G Ami VI VII iCadence VI–VII–i : dramatique, sans sensible. Ballades rock, solos mélodiques.
Dorien i–IVmi mineurEm A Em Ai IV i IVVamp avec le IV majeur : groove et lumière pour couplets funk rock et psychédéliques.
Descente andalousela mineurAm G F Ei VII VI VBasse descendante avec dominante majeure finale : intros épiques, solos, rock latin et flamenco.
Pédale avec bVII et IVla majeurA G/A D/A AI bVII/I IV/I ILa corde de la à vide reste en dessous : riff ouvert typique à la Rolling Stones/AC/DC avec des accords en forme de D et G sur les cordes aiguës.

Rythme et groove

Le rock est en 4/4 avec le backbeat sur les temps 2 et 4 comme axe porteur. La grille de référence est la croche droite (straight eighths) à 100–140 BPM ; dans les genres dérivés du blues et du rock and roll on trouve le shuffle (grille en triolets, swing autour de 60–67 % si tu programmes dans FL Studio avec le swing du channel rack à partir de doubles croches droites). Les guitares rythmiques jouent souvent en croches avec des accents sur le temps fort et des coups de médiator alternés ; la basse double la grosse caisse ou les croches de la guitare.

Feel et micro-timing

  • Le batteur rock classique joue légèrement derrière le temps (laid-back) sur la caisse claire : 5–15 ms de retard par rapport à la grille donnent du poids ; le punk et le pop punk jouent au contraire sur le devant du temps (en avance de quelques ms) pour l'urgence.
  • Les guitares rythmiques anticipent souvent le 1 de la mesure suivante (push sur le « 4& ») pour lier les phrases.
  • Les tempos réels des disques d'avant le click (années 1960–70) oscillent de 1–3 BPM entre couplet et refrain : le refrain accélère légèrement. Dans les productions modernes on enregistre au click, mais on préserve la « respiration » avec de petites variations de dynamique.

Demi-tempo et double tempo

  • Demi-tempo (caisse claire seulement sur le 3) : refrains énormes, ponts lourds, finals.
  • Double tempo (caisse claire sur chaque croche en contretemps ou sur chaque noire) : explosions, outros, sections punk.
  • Changer de feel en gardant le BPM est le moyen le plus efficace de créer du contraste entre les sections.

Batterie

Rôle de la batterie

Dans le rock, la batterie est le moteur et le « plancher » du groupe : elle tient le tempo, mais surtout elle donne sa forme aux sections (couplet retenu, refrain ouvert) et répond aux riffs. Le batteur joue pour la chanson : peu de coups, très lourds, aux bons endroits.

Grosse caisse

  • Beat de base : grosse caisse sur 1 et 3 (doubles croches 1 et 9), avec des variantes sur le « 3& » (step 11) ou sur le « 2& » (step 7) pour pousser. Exemple en doubles croches : x . . . . . . . x . x . . . . .
  • Dans les couplets, la grosse caisse suit souvent le rythme de la basse et du riff ; dans les refrains on simplifie (1 et 3) pour laisser de la place aux cymbales ouvertes.
  • Vélocité : 100–120 constantes ; la grosse caisse rock n'a pas de ghost notes.

Caisse claire

  • Backbeat sur 2 et 4 (steps 5 et 13), coup plein au centre ou rimshot (peau et cercle ensemble) pour le son « crack ». C'est l'élément le plus fort du kit après les cymbales.
  • Ghost notes légères (vélocité 20–40) sur les steps 8, 10, 15 dans les grooves plus funky (classic rock, funk rock) ; dans le rock lourd, quasi absentes.
  • La caisse claire s'accorde en général entre 180 et 250 Hz de fondamentale ; plus grave et étouffée dans les années 1970 (Bonham excepté, qui la gardait ouverte), plus aiguë et ouverte dans le pop rock et le punk.

Charleston, ride et cymbales

  • Couplet : charleston fermé en croches (steps impairs), accent sur les noires (vélocité 110 sur les noires, 80 sur les croches en contretemps).
  • Refrain : charleston semi-ouvert (« washy »), ou ride en croches sur la cloche ou sur le corps, crash sur le 1 toutes les 2 ou 4 mesures.
  • Crash au début de chaque section ; crash de fermeture avec choke (étouffé à la main) dans les stops.
  • Tambourin en croches ou en noires dans le deuxième refrain pour augmenter l'énergie sans changer le beat.

Interaction avec la basse et la voix

  • Basse et grosse caisse doivent être alignées (même step, même attaque) : en enregistrement, on édite la basse sur la grosse caisse, pas l'inverse.
  • Dans les couplets, la batterie se baisse (charleston fermé, moins de cymbales) pour laisser la zone 2–6 kHz à la voix ; dans les refrains elle s'ouvre.
  • Les pauses de la voix sont l'endroit des petits fills (2–4 doubles croches de caisse claire ou de toms).

Sections

  • Intro : souvent seulement le riff, puis la batterie entre avec un fill ou un crash.
  • Couplet : groove de base avec charleston fermé ou cross-stick dans les couplets plus intimes.
  • Pré-refrain : grosse caisse en noires ou en croches, caisse claire qui double (croches) dans les 2 dernières mesures, crescendo.
  • Refrain : crash/ride, caisse claire pleine, éventuellement en demi-tempo.
  • Pont / solo : changement de feel (toms à la place du charleston, demi-tempo ou double tempo).
  • Final : refrain doublé, dernière mesure avec roulement sur les toms et crash final laissé résonner ou stop net.

Fills et transitions

  • Fill d'1 mesure toutes les 4 ou 8 ; fill d'une demi-noire (2–4 coups) dans les phrases intermédiaires.
  • Séquence typique : caisse claire → tom aigu → tom médium → tom basse (floor tom), en doubles croches ou triolets, terminée par crash + grosse caisse sur le 1.
  • Le fill doit arriver sur le 1 : c'est la sûreté du retour qui fait sonner grand la nouvelle section.

Choix des sons

  • Kit acoustique : grosse caisse 22" (ou 24" pour le classic rock), caisse claire en métal 14x5,5 ou 14x6,5, toms 12"/13"/16".
  • Samples : multi-vélocités avec round robin (jamais le même sample répété), micros close + overhead + room séparés pour pouvoir mixer.
  • Grosse caisse avec peu de click pour le rock classique (pic 60–80 Hz et battant 2–4 kHz), plus de click pour le rock moderne.

Erreurs typiques de ceux qui programment

  • Toutes les vélocités à 127 : le rock live a de la dynamique (cymbales plus douces que les fûts, croches de charleston alternées).
  • Quantification à 100 % sur tout : laisse le charleston à 80–90 % et décale la caisse claire de 5–10 ms en arrière.
  • Fills trop longs et trop fréquents ; crashs à chaque mesure ; charleston ouvert qui couvre la voix.
  • Oublier les micros d'ambiance (room) : sans ambiance, la batterie rock sonne comme une boîte à rythmes.

Basse

Son

Basse électrique (Fender Precision ou Jazz, Music Man StingRay, Rickenbacker 4001) jouée aux doigts (rond, plus grave) ou au médiator (attaque nette 1–3 kHz, idéal dans le rock rapide). Cordes roundwound pour le rock moderne, flatwound pour le son des années 1960. Enregistrement en DI + micro sur l'ampli (Ampeg SVT ou simulation), mélangés.

Registre et rapport avec la grosse caisse

  • Registre principal : E1–E3 (41–165 Hz de fondamentale). La grosse caisse vit à 50–80 Hz, la basse doit occuper 80–120 Hz de fondamentale et 700 Hz–2 kHz de définition.
  • Emboîtement : dans le rock la basse joue souvent sur les mêmes coups que la grosse caisse, mais plus long ; sinon on choisit qui commande dans le registre sub (la grosse caisse dans le rock moderne, la basse dans le classic rock).
  • L'accordage de la basse suit la guitare (un demi-ton plus bas, drop D, etc.).

Choix des notes

  • Tonique en croches (le « pedal » rock) : le choix le plus courant dans les refrains.
  • Tonique–quinte–octave dans les passages plus rythmiques ; tierce et sixte seulement dans les lignes mélodiques (Paul McCartney, John Entwistle).
  • Approches chromatiques d'une ou deux notes avant le changement d'accord (A–Bb–B–C pour aller de A à C).
  • Dans le riff, la basse double la guitare à l'octave inférieure : un unisson qui fait du riff « un mur ».

Rythme

  • Croches droites avec accent sur le temps fort ; dans les grooves shuffle, triolets « dum-da ».
  • Courte pause avant le 1 du refrain (stop d'une demi-noire) pour donner de l'impact.

Exemples

  • The Who — My Generation (basse soliste d'Entwistle).
  • Led Zeppelin — Ramble On (John Paul Jones, ligne mélodique).
  • AC/DC — Highway to Hell (croches sur la tonique de Cliff Williams).

Instruments harmoniques

Guitares

  • Rythmique : power chords, accords ouverts et barrés, jeu en croches avec léger palm mute dans les couplets et cordes à vide dans les refrains. Humbuckers (Les Paul, SG) pour un son plein ; simple bobinage (Stratocaster, Telecaster) pour un son plus tranchant.
  • Seconde guitare : ne double pas la première mais joue un voicing différent (accords plus aigus, triades, arpèges, riffs de réponse). Dans le rock classique, il y a presque toujours une guitare à gauche et une à droite.
  • Soliste : riffs et solos, bends, vibrato, doubles cordes, slide.
  • Acoustique : accords ouverts en strumming dans les ballades ou doublure de la rythmique électrique dans les refrains pour ajouter de la brillance (3–8 kHz).

Claviers

  • Orgue Hammond avec Leslie : accords tenus dans les refrains, riffs saturés (Deep Purple), pads dans les ballades.
  • Piano : boogie et accords martelés dans le rock and roll, accords en octaves dans les ballades (Elton John, Queen).
  • Mellotron / cordes : couleurs des années 1960–70.
  • Registre : les claviers se placent au-dessus ou au-dessous des guitares, jamais au même endroit (ex. guitares en 1re position → piano avec accords en C4–C5).

Voicings et densité

  • La zone 200–500 Hz se remplit facilement : power chords graves + basse + claviers à gauche du clavier = bouillie. Alterne les registres.
  • Dans les refrains « grands » on ajoute une guitare qui joue l'accord ouvert avec cordes à vide, pas une autre distorsion identique.

Mélodie et voix

Voix principale

  • Registre typique : ténor de A2 à A4 (hommes), contralto/mezzo-soprano de F3 à E5 (femmes) ; les refrains montent d'une tierce ou d'une quinte par rapport aux couplets.
  • Mélodies construites sur la pentatonique (mineure ou majeure) avec notes répétées et phrases courtes, très rythmiques ; le refrain a le point le plus haut et le titre.
  • Technique : voix pleine de poitrine avec du grain (légère distorsion de la voix, « rasp »), belting dans les aigus, parfois falsetto pour le contraste.

Hooks

  • Hook dans le titre répété 2–4 fois dans le refrain.
  • Call and response avec la guitare : la voix chante une phrase, le riff répond.

Chœurs et harmonies

  • Harmonies de tierce au-dessus ou au-dessous de la mélodie dans le refrain, quinte pour les chœurs plus ouverts.
  • Chœurs de groupe (« gang vocals ») et « oh-oh » dans les hymnes ; doublures de la voix principale dans le refrain (même mélodie chantée deux fois et légèrement panoramiquée).
  • Ad-libs et cris dans les derniers refrains.

Effets

  • Reverb plate (1,2–2 s) et slapback delay (80–140 ms) dans le rock classique ; delay à croche pointée dans les morceaux plus amples.
  • Légère saturation pour donner de la présence, compression bien audible.

Instruments

  • Guitare électrique rythmique (humbucker ou simple bobinage, ampli à lampes) : accords, riffs, moteur harmonique et rythmique.
  • Guitare électrique soliste : riffs, solos, réponses à la voix.
  • Guitare acoustique (dreadnought, 12 cordes) : ballades, doublures dans les refrains.
  • Basse électrique : liant entre grosse caisse et guitares.
  • Batterie acoustique : grosse caisse, caisse claire, charleston, 2–3 toms, crash, ride.
  • Voix soliste et chœurs.
  • Orgue Hammond avec Leslie, piano, Mellotron, synthé (à partir des années 1970).
  • Harmonica (rock blues), percussions (tambourin, maracas, cowbell).

Patterns de batterie

Synthés et sons

  • B-3 V — Orgue Hammond: Drawbars 888000000 pour le son rock plein, Leslie lent dans les couplets et rapide dans les refrains ; ajoute du drive (overdrive du préampli) pour les riffs à la Jon Lord. Coupe sous 100 Hz s'il y a de la basse.
  • Piano V — Piano: Modèle à queue brillant pour le rock and roll (accords martelés en croches) et droit pour le son honky-tonk ; comprime de 3–4 dB et coupe 200–300 Hz pour ne pas entrer en conflit avec les guitares.
  • Mellotron V — Cordes, flûtes, chœurs: La couleur des années 1960–70 : cordes (3 violons) pour les ballades, flûtes pour la psychédélie. Utilise des notes longues, le vrai Mellotron s'épuisait au bout d'environ 8 secondes.
  • Wurli V — Piano électrique: Pour un rock plus soul et pour les ballades : trémolo modéré, léger drive de l'ampli.
  • Mini V — Lead synth: Lead monophonique des années 1970 (prog et arena rock) : 2–3 oscillateurs sawtooth légèrement désaccordés, filtre à 50–60 % avec un peu d'enveloppe, glide 30–80 ms.

Structure du morceau

Forme typique (environ 3:30–4:30, 110–130 BPM)

SectionMesuresCe qui se passe
Intro4–8Riff de guitare seul ou avec la batterie ; parfois batterie seule
Couplet 18–16Voix, basse et batterie à dynamique moyenne ; une guitare ou le riff en palm mute
Pré-refrain4–8Accords qui montent, caisse claire en croches, crescendo
Refrain8Tout le groupe, cymbales ouvertes, guitares doublées, chœurs
Post-refrain / riff4Retour du riff de l'intro
Couplet 28–16Comme le premier avec un élément en plus (seconde guitare, tambourin)
Pré + Refrain 212–16Comme avant
Pont ou solo8–16Changement d'accords ou de feel, solo de guitare
Refrain final16Doublé, parfois modulé ou en demi-tempo dans la première moitié
Outro4–8Riff, stop net ou crash laissé résonner / fade

Arrangement

  • Entrées : chaque section ajoute ou retire au moins un élément. Couplet 1 minimal → refrain plein → couplet 2 légèrement plus plein que le 1.
  • Stops : un « break » d'une demi-noire ou d'une mesure avant le refrain augmente l'impact.
  • Solo : sur les accords du couplet ou du refrain ; la rythmique se simplifie et la basse devient plus fixe.
  • Dernier refrain : plus de chœurs, ad-libs, guitare soliste qui brode, batterie avec des crashs plus fréquents.

Mixage et mastering

Objectif sonore

Un groupe qui joue dans une pièce, mais plus grand que nature. Ordre d'importance : voix, caisse claire, grosse caisse, guitares, basse, puis claviers et effets. Les guitares sont larges et pleines mais ne doivent pas couvrir la voix ; batterie avec ambiance ; basse solide et régulière. Références : Foo Fighters — Everlong, Arctic Monkeys — Do I Wanna Know?, AC/DC — Back in Black.

Grosse caisse

  • EQ : HP à 30–35 Hz ; poids à 55–80 Hz (+2/+4 dB, Q 1,2) ; coupe du « carton » à 300–450 Hz (−3/−6 dB, Q 2–4) ; attaque du battant à 2,5–4 kHz (+2/+4 dB). Pour le rock moderne, click à 4–6 kHz.
  • Compression : FET (1176 / Fruity Limiter en mode compresseur) ratio 4:1, attack 10–30 ms (laisse passer le transitoire), release 50–100 ms, 3–5 dB de gain reduction.
  • Transitoires : Transient Processor de FL ou un transient shaper pour +2/+3 dB d'attaque si la grosse caisse est molle.
  • Saturation : légère (bande ou lampe) pour la faire entendre sur de petites enceintes.
  • Mélange de grosse caisse intérieure (battant) et extérieure (corps), contrôle la phase (inverse la polarité et écoute quelle version a le plus de grave).

Caisse claire

  • EQ : HP 80–100 Hz ; corps à 180–250 Hz (+2/+3 dB) ; coupe du « boxy » à 400–600 Hz ou 900 Hz–1 kHz ; crack à 4–6 kHz ; air à 10–12 kHz en shelf. Le micro bottom (dessous) s'inverse en polarité et sert pour le timbre (5–8 kHz).
  • Compression : 1176 4:1, attack 3–10 ms, release 80–150 ms, 4–6 dB ; puis un LA-2A ou opto pour 2–3 dB de nivellement.
  • Reverb : plate 1,2–1,8 s, pre-delay 10–25 ms, retour filtré HP 200 Hz / LP 8 kHz. Dans les années 1980, gated reverb (reverb courte avec gate à 250–400 ms).
  • Samples : blend d'un sample (caisse claire de bibliothèque) à 20–40 % sous la caisse claire réelle si elle manque de régularité.

Toms, overheads et room

  • Toms : HP 60–80 Hz, corps 80–150 Hz (floor) et 150–250 Hz (rack), attaque 3–5 kHz ; gate ou édition manuelle des fuites.
  • Overheads : HP 150–300 Hz (ils laissent la grosse caisse aux micros close), shelf +1/+2 dB à 10 kHz ; compression légère.
  • Room : compression agressive (1176 avec ratio « all buttons », attack lent, release rapide) et parallèle à 10–30 % : c'est le secret de la batterie rock « grande ».
  • Bus batterie : SSL G-Bus (ou Fruity Compressor) ratio 4:1, attack 10–30 ms, release auto ou 0,1–0,3 s, 2–4 dB de réduction ; légère saturation bande.

Basse

  • EQ : HP 30–40 Hz ; fondamentale 80–100 Hz ; coupe 200–300 Hz si ça devient boueux ; définition et médiator à 700 Hz–1,5 kHz ; doigts/cordes à 2–3 kHz. LP à 5–8 kHz sur la DI.
  • Compression : deux étages — 1176 (attack moyen, 4:1, 3–5 dB) pour les pics et LA-2A pour 2–4 dB de nivellement. La basse rock doit être très régulière.
  • Saturation : ampli ou drive en parallèle (Fruity Blood Overdrive, SansAmp, Decapitator) filtré au-dessus de 200 Hz et mélangé au son clair.
  • Panoramique centré, mono sous 120–150 Hz.

Guitares

  • Layering : 2 rythmiques enregistrées séparément (deux prises, pas des copies), panoramiquées L100/R100 ou L80/R80 ; pour des sons différents, utilise deux guitares/amplis différents (humbucker + simple bobinage, Marshall + Fender/Vox). Dans les refrains on peut ajouter deux autres rythmiques (L60/R60) ou une acoustique.
  • EQ : HP 70–100 Hz (laisse la basse) ; coupe 200–400 Hz (−2/−4 dB, Q 1) pour nettoyer la boue ; présence 1,5–3 kHz ; coupe du « fizz » à 5–8 kHz si c'est agressif ; LP à 10–12 kHz.
  • Compression : presque jamais sur la saturée (la distorsion est déjà de la compression) ; sur les claires, opto 2–3 dB.
  • Soliste : au centre ou légèrement décalée (C ou L20), delay à croche pointée avec feedback 20–30 % filtré, reverb plate ou hall court ; monte 1–2 kHz pour la faire ressortir.
  • Espace : rythmiques presque sèches (room courte ou rien), l'ambiance vient de la batterie.

Claviers

  • Hammond : HP 80–100 Hz, Leslie en stéréo mais pas au-delà de L60/R60 ; piano : coupe 200–300 Hz, compression légère, panoramique stéréo étroit.

Voix principale

  • Chaîne : EQ correctif → compresseur FET (1176 : 4:1, attack moyen-rapide, release rapide, 3–6 dB) → compresseur opto (LA-2A : 2–4 dB) → de-esser (5–9 kHz) → EQ créatif → légère saturation.
  • EQ : HP 80–100 Hz (homme) / 100–120 Hz (femme) ; coupe 200–350 Hz si ça résonne ; présence 2–5 kHz (+2/+3 dB) ; air en shelf 10–12 kHz.
  • Espace : slapback 90–140 ms (mono, filtré, −15/−20 dB) + plate 1,2–1,8 s avec pre-delay 30–60 ms, ou delay à croche pointée dans les refrains.
  • Automations : niveau mot par mot (ou clip gain) avant le compresseur ; delay throw sur le dernier mot de la phrase ; +1 dB dans les refrains.

Chœurs

  • Doublures de la voix panoramiquées L30–60/R30–60, 4–6 dB sous la voix principale ; HP plus haut (150–200 Hz), moins de présence (−2 dB à 3 kHz) et de-esser plus marqué. Chœurs de groupe avec reverb plus longue.

FX

  • Delays et reverbs sur des envois (send), jamais en insert : une plate pour la voix et la caisse claire, une room pour la batterie, un delay calé sur le tempo pour la voix et le soliste.

Bus et groupes

  • Bus batterie, bus guitares (légère compression 1–2 dB et saturation), bus basse, bus voix. Un bus « groupe » avec un compresseur glue (2:1, 1–2 dB) aide à tout fondre.

Sidechain

  • Dans le rock on ne « pompe » pas : au maximum un léger sidechain de la basse sur la grosse caisse (1–2 dB avec release 50–80 ms) ou un EQ dynamique sur les guitares à 2–4 kHz commandé par la voix (−1/−3 dB).

Master

  • Chaîne : EQ léger (correction) → compresseur de bus (SSL 2:1, attack 30 ms, release auto, 1–2 dB) → légère saturation bande → limiter (Fruity Limiter / Pro-L 2).
  • Cible : rock classique et dynamique −12/−9 LUFS intégrés ; rock moderne −9/−7 LUFS intégrés, short-term dans les refrains −7/−6. True peak −1 dBTP (−2 dBTP si le master est bien plus fort que −14 LUFS, comme le recommande Spotify, qui normalise à −14 LUFS).
  • Garde au moins 6–8 dB d'écart entre le pic et la moyenne (crest factor) si tu veux que la caisse claire « claque ».

Erreurs courantes

  • Guitares trop graves en fréquence qui couvrent la basse ; trop de couches de distorsion identique.
  • Voix enterrée (ou au contraire « collée » devant) sans ambiance.
  • Batterie sans room et sans ambiance ; caisse claire compressée au point de perdre le crack.
  • Master trop fort : le rock écrasé perd l'impact des refrains.

Morceaux de référence pour le mixage

  • Foo Fighters — Everlong (1997) ; Nirvana — Smells Like Teen Spirit (1991) ; AC/DC — Back in Black (1980) ; Arctic Monkeys — Do I Wanna Know? (2013) ; The White Stripes — Seven Nation Army (2003).

Écoutes de référence

  • Chuck Berry — Johnny B. Goode (1958)
  • The Beatles — Come Together (1969)
  • Led Zeppelin — Whole Lotta Love (1969)
  • AC/DC — Back in Black (1980)
  • Guns N' Roses — Sweet Child O' Mine (1987)
  • Nirvana — Smells Like Teen Spirit (1991)
  • Foo Fighters — Everlong (1997)
  • The White Stripes — Seven Nation Army (2003)
  • Arctic Monkeys — Do I Wanna Know? (2013)

Sources

Rock sous-genres