Histoire et caractère
Le glam rock naît au Royaume-Uni au début des années 1970, comme prolongement et réaction au psychédélisme et à l'art rock de la fin des années 1960. La prestation de Marc Bolan (T. Rex) avec Hot Love à Top of the Pops en mars 1971 est souvent citée comme point de départ ; Electric Warrior (1971) est un album pionnier. Le nom d'origine fut brièvement « glitter rock ».
Protagonistes : T. Rex, David Bowie (le personnage de Ziggy Stardust à partir de la fin de 1971), Roxy Music (plus art pop), Slade (variante plus lourde et fondée sur les riffs), Sweet, Mott the Hoople, Wizzard, Mud, Suzi Quatro, Gary Glitter et la Glitter Band (la version « glitter » la plus extrême), Sparks ; aux États-Unis New York Dolls, Iggy Pop, Lou Reed (Walk on the Wild Side), Alice Cooper. Il domine les classements britanniques de 1971 à 1975 et décline dans la seconde moitié de la décennie ; le punk, en partie réaction à son artifice, y met fin vers 1976.
Musicalement, le glam allie bubblegum pop, riffs de hard rock, rythmes stomp martelés, rock and roll des années 1950 et techniques de studio de la fin des années 1960, refusant la complexité du progressif au profit de structures pop simples et de refrains à chanter en chœur. L'image (paillettes, maquillage, semelles compensées, androgynie) fait partie du langage. Il influencera le punk, le post-punk, le gothique, le new romantic, le glam metal américain (Mötley Crüe, Poison) et le visual kei japonais ; revival avec Suede, Placebo, The Darkness.
Gammes et tonalités
Majeur (ionien) et pentatonique majeure
- Formule : 1 2 3 4 5 6 7 / 1 2 3 5 6.
- Exemple en mi : E F# G# A B C# D# ; pentatonique E F# G# B C#.
- Note caractéristique : la 3 majeure et la 6, qui donnent le caractère « bubblegum » et chantable.
- Accords : I E, ii F#m, iii G#m, IV A, V B, vi C#m.
- Usage : refrains à chanter en chœur, mélodies simples, grilles rock and roll.
- Exemple réel : Slade — Cum On Feel the Noize ; Sweet — Blockbuster!.
Pentatonique mineure et blues (riffs boogie)
- Formule : 1 b3 4 5 b7 / 1 b3 4 b5 5 b7. En mi : E G A B D.
- Usage : riffs boogie à la T. Rex (Get It On : riff en mi avec la b7, c'est-à-dire D), solos brefs de Mick Ronson et Marc Bolan.
- Exemple réel : T. Rex — 20th Century Boy (riff pentatonique en mi) ; Sweet — Ballroom Blitz.
Mixolydien
- Formule : 1 2 3 4 5 6 b7. En la : A B C# D E F# G.
- Note caractéristique : b7 → bVII.
- Accords : I A, IV D, v Em, bVII G.
- Usage : refrains I–bVII–IV, boogie avec I7.
- Exemple réel : David Bowie — Rebel Rebel (riff sur D avec couleurs mixolydiennes : D–E avec passages sur la pentatonique).
Mineur naturel (pour les morceaux plus sombres)
- Formule : 1 2 b3 4 5 b6 b7. En la : A B C D E F G.
- Accords : i Am, III C, iv Dm, v Em, VI F, VII G.
- Usage : morceaux théâtraux (Bowie — Five Years, Ziggy Stardust avec des progressions plus articulées), Roxy Music.
Chromatisme théâtral
- Accords chromatiques et modulations de tierce (Bowie, Queen à ses débuts glam) : pas une gamme, mais des emprunts au mineur (iv, bVI) et des accords augmentés de passage (Ziggy Stardust, Life on Mars? avec chromatismes de basse).
Comment choisir
- Hymne de stade : majeur + bVII. Riff boogie : pentatonique mineure/blues. Théâtre et mélancolie : mineur naturel et chromatismes de basse.
Harmonie
Fonction
Harmonie simple et rock and roll : I–IV–V, boogie sur un accord, refrains avec I–bVII–IV ; dans les morceaux de Bowie et de Roxy Music, harmonie plus savante (accords diminués de passage, basse chromatique, modulations de tierce).
Riffs et boucles
- Riff boogie sur un accord (I7) pendant tout le couplet (T. Rex).
- Refrains avec accords pleins et chœurs, rythme harmonique d'une mesure.
Emprunts
- bVII, bVI, iv mineur ; accords augmentés comme passage (I–I+–I6–I7 : la « ligne chromatique » sur la quinte, C–C+–C6–C7).
Voicings
- Power chords et accords ouverts saturés (guitares Les Paul dans des Marshall), piano martelé, accords de sax.
- Les guitares acoustiques doublent souvent l'électrique (T. Rex, Bowie) pour la brillance.
Progressions typiques
| Nom | Tonalité | Accords | Degrés | Comment l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Boogie glam | mi majeur | E5 E6 E5 E6 | I5 I6 I5 I6 | Le riff à deux cordes de Get It On : boogie lent et sensuel. |
| Hymne stomp | sol majeur | G C D G | I IV V I | I–IV–V martelé avec claquements de mains et chœur (Slade, Sweet). |
| Mixolydien glam | la majeur | A G D A | I bVII IV I | Le refrain de stade avec le bVII. |
| Ligne chromatique sur la quinte | do majeur | C C+ C6 C7 | I I+ I6 I7 | La quinte monte chromatiquement G–G#–A–Bb : théâtralité rock and roll. |
| Basse descendante théâtrale | fa majeur | F F/E Dm F/C Bb | I I/7 vi I/5 IV | Descente de la basse dans les ballades à la Bowie. |
| bVI–bVII–I | mi majeur | C D E | bVI bVII I | Montée triomphale pour le refrain ou la fin. |
| Mineur dramatique | la mineur | Am F C G | i VI III VII | Morceaux glam plus sombres et théâtraux. |
Rythme et groove
4/4 avec le stomp : grosse caisse sur tous les temps comme un pied qui martèle, caisse claire et claquements de mains sur le 2 et le 4, toms graves qui doublent, tambourin ; tempos moyens (115–135). Le boogie lent de T. Rex a un léger shuffle ; les morceaux plus rapides (Ballroom Blitz) utilisent des toms en croches et des galops. Le « Glitter beat » (Gary Glitter, Glitter Band) utilise deux batteries à l'unisson avec beaucoup de toms. Le feel est lourd et dansant, pensé pour la participation du public.
Batterie
Rôle
La batterie glam est lourde, simple et théâtrale : un battement de marche ou de stade pour faire taper dans les mains et marteler du pied.
Grosse caisse
- Quatre temps (pas 1, 5, 9, 13) dans le stomp, ou bien 1 et 3 avec le tom grave qui double.
- Son gros et étouffé, avec peu de résonance.
Caisse claire et claquements de mains
- 2 et 4 (pas 5 et 13), doublés par des claquements de mains superposés (souvent 4–8 personnes) et parfois par des pas martelés sur une estrade.
Toms
- Tom grave sur 1 et 3 ou en croches (Glitter beat, Sweet) pour un son « tribal » ; roulements de toms comme transitions.
Charleston, cymbales, percussions
- Charleston en croches ou absent dans le stomp pur ; crash sur les accents ; tambourin sur les contretemps (pas 3, 7, 11, 15).
Interaction
- Basse et guitare boogie au-dessus de la grosse caisse sur les quatre temps ; les stops avec seulement claquements de mains et voix créent la participation.
Sections
- Couplet avec stomp ; refrain avec crash et chœurs ; bridge avec seulement claquements de mains et voix ; fin avec stomp répété et fade.
Fills
- Fills de toms lourds en croches ou triolets, roulements sur caisse claire et timbale à l'unisson.
Sons
- Kit des années 1970 étouffé, room présente, claquements de mains dans la pièce ; double batterie à l'unisson pour le son Glitter.
Erreurs typiques
- Charleston trop présent qui « allège » le stomp ; claquements de mains de bibliothèque tous identiques (il faut plusieurs prises superposées et légèrement décalées).
Basse
Son
Precision ou Rickenbacker, médiator, son rond et plein ; parfois fuzz.
Rôle et notes
- Croches sur la tonique ou boogie (tonique–sixte–septième), à l'unisson avec le riff.
- Lignes plus mélodiques dans les morceaux de Bowie (Trevor Bolder) et de Roxy Music.
Rapport avec la grosse caisse
Notes en croches au-dessus de la grosse caisse sur les quatre temps : la basse apporte le mouvement, la grosse caisse le poids.
Exemples
- T. Rex — Get It On ; Sweet — Ballroom Blitz ; David Bowie — Suffragette City.
Instruments harmoniques
Guitares
- Les Paul dans des Marshall avec crunch médium (Mick Ronson utilisait une wah bloquée à mi-course comme filtre), riffs boogie, accords ouverts.
- Guitares acoustiques doublées sous les électriques (Bolan, Bowie).
- Layering : 2–3 guitares (riff électrique L/R doublé + acoustique), solos mélodiques avec beaucoup de compression.
Claviers et cuivres
- Piano martelé (Bowie, Elton John glam), sax (Roxy Music — Andy Mackay ; Bowie), synthé (Brian Eno avec le VCS3 dans Roxy Music), cordes (Bowie — Life on Mars?).
Voicings
- Accords pleins avec la tierce dans les refrains, power chords dans les riffs.
Mélodie et voix
Voix
- Voix théâtrales et androgynes : Bolan (vibrato et chuchotements), Bowie (du baryton au falsetto), Noddy Holder de Slade (cri puissant), Brian Connolly de Sweet ; aussi des falsettos aigus (Sweet).
- Mélodies simples avec des hooks répétés, refrains de stade.
Chœurs
- Chœurs collectifs énormes, falsettos aigus superposés (Sweet), « hey ! » criés ; harmonies de tierces et unisson.
Effets
- Voix doublée, écho à bande, plate ; voix de groupe avec large room.
Instruments
- Guitares électriques (Les Paul, Gibson SG), acoustiques.
- Basse électrique.
- Batterie (souvent double), claquements de mains, tambourin.
- Voix et chœurs.
- Piano, sax, synthé (VCS3, Minimoog), cordes, Mellotron.
Patterns de batterie
Synthés et sons
- Piano V — Piano rock: Accords martelés et glissandos (Bowie, Elton John glam) : piano à queue brillant, compression.
- Synthi V — Synthé expérimental: Le VCS3/Synthi de Brian Eno dans Roxy Music : textures et traitements, filtre résonant et modulations.
- Mellotron V — Cordes et flûtes: Ballades glam et Bowie de la période Space Oddity.
- Mini V — Lead synthé: Leads et solos de synthé glam/pop des années 1970.
- Augmented Strings — Cordes: Arrangements de cordes théâtraux à la Mick Ronson (Life on Mars?).
Structure du morceau
Forme (2:45–4:00)
| Section | Mesures | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Intro | 4–8 | Stomp de batterie et claquements de mains ou riff boogie |
| Couplet 1 | 8–16 | Riff, voix, stomp |
| Refrain | 8 | Chœurs collectifs, crash, claquements de mains |
| Couplet 2 + Refrain | 16–24 | |
| Bridge / break | 4–8 | Seulement claquements de mains et voix, ou solo de sax/guitare |
| Refrain final | 16 | Répété, modulé ou avec des chœurs en plus |
| Outro | 4–8 | Fade-out sur le stomp |
Mixage et mastering
Objectif sonore
Grand, martelé et pop : batterie et claquements de mains au premier plan, guitares crunch avec acoustiques dessous, voix théâtrale, chœurs énormes. Références : T. Rex — Electric Warrior (1971), David Bowie — Ziggy Stardust (1972), Slade — Slayed? (1972), Sweet — Desolation Boulevard (1974).
Grosse caisse et toms
- Grosse caisse : HP 35 Hz, +3 dB à 70 Hz, −3 dB à 400 Hz, +2 dB à 2,5 kHz ; compression 4:1, 4 dB.
- Tom grave : +3 dB à 80–100 Hz, −4 dB à 400 Hz ; compression et room.
Caisse claire et claquements de mains
- Caisse claire : +2 dB à 200 Hz, +3 dB à 4 kHz ; plate 1,2 s.
- Claquements de mains : 4–8 prises superposées et légèrement décalées (chaque prise déplacée de 5–15 ms), HP 300 Hz, +3 dB à 2 kHz, large room ; panoramiqués L30/R30.
Batterie (bus)
- Compression 4:1, 4 dB ; room en parallèle. Double batterie : deux kits L50/R50.
Basse
- HP 40 Hz, +2 dB à 90 Hz, −3 dB à 250 Hz, +2 dB à 900 Hz ; compression 1176 + opto.
Guitares
- Électriques L80/R80 (doublées), acoustique doublée L60/R60 dessous ; EQ électriques HP 90 Hz, −2 dB à 300 Hz, +2 dB à 1,2 kHz ; acoustiques HP 150 Hz, +2 dB à 8 kHz.
Piano, sax, cordes
- Piano L40/R40, sax au centre ou L20 avec plate ; cordes larges avec hall.
Voix principale
- Chaîne : EQ (HP 100 Hz, +3 dB à 3 kHz) → 1176 5 dB → LA-2A 3 dB → saturation → doublage ou ADT → plate 1,8 s + écho à bande 1/8.
Chœurs
- Stack de 6–12 voix, forte compression, room/hall, L/R larges ; falsettos avec HP 250 Hz.
Bus et groupes
- Bus chœurs et bus percussions (claquements de mains + tambourin) pour les contrôler ensemble.
Sidechain
- Non.
Master
- Cible : −11/−9 LUFS intégrés ; true peak −1 dBTP.
Erreurs courantes
- Claquements de mains avec un seul sample répété ; stomp sans poids dans les graves (toms et grosse caisse doivent se « sentir » à 70–100 Hz) ; voix trop sèche.
Morceaux de référence pour le mixage
- T. Rex — Get It On (1971) ; David Bowie — Starman (1972) ; Slade — Cum On Feel the Noize (1973) ; Sweet — Ballroom Blitz (1973) ; Mott the Hoople — All the Young Dudes (1972).
Écoutes de référence
- T. Rex — Hot Love (1971)
- T. Rex — Get It On (1971)
- David Bowie — Starman (1972)
- Mott the Hoople — All the Young Dudes (1972)
- Roxy Music — Virginia Plain (1972)
- Slade — Cum On Feel the Noize (1973)
- Sweet — The Ballroom Blitz (1973)
- David Bowie — Rebel Rebel (1974)
- Suzi Quatro — Can the Can (1973)