Histoire et caractère
Le doom metal naît du heavy metal et du blues entre le début et le milieu des années 70 au Royaume-Uni et aux États-Unis : Black Sabbath en sont considérés comme les précurseurs (riffs lents, triton, accordage abaissé d'Iommi), Pentagram comme l'un des fondateurs. Witchfinder General, Saint Vitus, Trouble et Candlemass le définissent comme un genre distinct entre le début et le milieu des années 80 (Pentagram, Saint Vitus, Trouble et Candlemass sont appelés les « Big Four of Doom ») ; Epicus Doomicus Metallicus de Candlemass (1986) donne son nom à l'epic doom.
Sous-genres : traditional doom (racines heavy années 70–80, accordages plus hauts, tempos plus rapides que le reste du doom, voix surtout claires : Saint Vitus, Pentagram, The Obsessed, Reverend Bizarre) ; epic doom (voix opératiques ou chorales, textes fantasy et mythologiques : Candlemass, Solitude Aeturnus) ; stoner doom (psychédélisme, fuzz et effets : Kyuss, Sleep, Electric Wizard) ; sludge (doom + hardcore, voix âpres, guitares abrasives : Eyehategod, Crowbar, Melvins) ; death-doom (tempos lents et atmosphère sombre du doom avec growl et double grosse caisse du death : My Dying Bride, Paradise Lost, Anathema) ; funeral doom (extrêmement lent, avec claviers et voix lugubres : Skepticism, Esoteric, Evoken). Le post-metal (Neurosis, Isis) en est un cousin.
Caractéristiques : tempos lents et constants, guitares et basse très accordées bas avec une lourde distorsion qui crée un son « épais » et riche en graves, tonalité mineure et dissonance (surtout le triton), riffs répétitifs qui se soucient peu de la progression harmonique conventionnelle, atmosphères de désespoir, de terreur et de mort. Sur Master of Reality (1971), Iommi a abaissé l'accordage d'un ton et demi sur certains morceaux, et certains critiques considèrent ce disque comme une base du stoner et du sludge.
Gammes et tonalités
Pentatonique mineure et blues (doom traditionnel et stoner)
- Formule : 1 b3 4 5 b7 / 1 b3 4 b5 5 b7.
- Exemple en do# (un ton et demi plus bas) : C# E F# G# B / avec la b5 G.
- Note caractéristique : la b5 (blue note) utilisée comme note de passage et la b3 longue.
- Usage : riffs sabbathiens lents, solos blues lents avec beaucoup de vibrato.
- Exemple réel : Black Sabbath — Black Sabbath (triton G–Db sur l'octave) ; Sleep — Dragonaut (riffs pentatoniques fuzz).
Éolien (mineur naturel)
- Formule : 1 2 b3 4 5 b6 b7. En ré : D E F G A Bb C.
- Accords : i Dm, III F, iv Gm, v Am, VI Bb, VII C.
- Usage : epic doom (Candlemass : mélodies solennelles), death-doom (harmonies mélancoliques), progressions i–VI–VII et i–iv.
- Exemple réel : Candlemass — Solitude (ré mineur lent et solennel ; les transcriptions varient).
Phrygien
- Formule : 1 b2 b3 4 5 b6 b7. En ré : D Eb F G A Bb C.
- Note caractéristique : b2 (Eb) : la seconde mineure très lente est l'un des sons les plus « oppressants » du genre.
- Usage : riffs death-doom et funeral, cadences bII–i.
Mineur harmonique
- Formule : 1 2 b3 4 5 b6 7. En ré : D E F G A Bb C#.
- Usage : epic doom et gothic doom (Candlemass, My Dying Bride) : cadences V–i solennelles et mélancoliques.
Triton et chromatisme
- Triton : 6 demi-tons (D–Ab), le « diabolus in musica » ; Wikipédia indique la dissonance et en particulier le triton comme trait clé du doom.
- Chromatisme lent : power chords qui descendent d'un demi-ton (D–C#–C).
Comment choisir
- Doom traditionnel et stoner : pentatonique/blues avec la b5. Epic : éolien et mineur harmonique. Death-doom et funeral : phrygien, éolien, triton. Sludge : blues + chromatisme dissonant.
Harmonie
Fonction
Harmonie minimale et oppressante : riffs lents répétés qui ignorent presque la progression harmonique conventionnelle ; mineur et dissonance (triton, seconde mineure) ; pédales très longues ; dans les sous-genres épiques et death-doom, progressions mineures solennelles (i–VI–VII, i–iv–V).
Accordages
- Traditional doom : standard ou un demi-ton plus bas (accordages « plus hauts » que le reste du doom). Stoner/sludge : D, C# standard, drop B, drop A et plus bas (Electric Wizard et Sleep sont célèbres pour leurs accordages très bas). Death-doom : C ou B standard.
Riffs et sustain
- Notes longues laissées résonner avec du feedback, accords tenus, riffs avec des pauses : l'espace entre les notes fait partie de la lourdeur.
Voicing
- Power chords avec octave sur les cordes graves, accords mineurs pleins dans les parties épiques, intervalles de quinte et de triton, accords clairs arpégés dans le death-doom (avec chorus ou réverbération).
Progressions typiques
| Nom | Tonalité | Accords | Degrés | Comment l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Triton sabbathien | sol mineur | G5 G5 Db5 | i i bV | Le riff de Black Sabbath : tonique, octave et triton, très lent. |
| Epic doom | ré mineur | Dm Bb C Dm | i VI VII i | Progression solennelle avec voix opératique (Candlemass). |
| Seconde mineure oppressante | ré mineur | D5 Eb5 D5 D5 | i bII i i | Death-doom et funeral : un demi-ton qui dure une mesure. |
| Cadence gothique | ré mineur | Dm Gm A Dm | i iv V i | Mineur harmonique pour le gothic et l'epic doom. |
| Descente lente vers le V | ré mineur | D5 C5 Bb5 A5 | i VII VI V | Descente de power chords très lente qui arrive à la dominante : tension avant le retour du riff. |
| Riff stoner | do# mineur | C#5 E5 F#5 G5 F#5 | i III iv bV iv | Pentatonique avec la blue note en accordage C# standard. |
Rythme et groove
Lent et constant : 55–80 BPM dans le doom traditionnel et épique, sous 50 dans le funeral doom. Grooves lourds avec caisse claire sur 2 et 4 (qui, à ce tempo, tombe très loin), shuffles lents sabbathiens en 12/8, sections qui doublent le tempo par contraste (reprises « en tempo double » avec ride), stoner avec groove hypnotique et répétitif. Le silence et les queues de cymbales font partie du rythme ; les batteurs jouent souvent en arrière du temps.
Batterie
Rôle
La batterie doit peser : peu de coups, énormes, avec de longues queues. Modèles : Bill Ward (Black Sabbath, swing jazz et breaks libres), Armando Acosta (Saint Vitus), Jan Lindh (Candlemass), Chris Hakius et Matt Pike-era Sleep, Mark Greening (Electric Wizard), Rick Miah (My Dying Bride).
Grosse caisse
- Sur les coups principaux du riff (ex. 1, « 2& », 3 : steps 1, 7, 11 à 64 BPM), son profond et résonant.
Caisse claire
- 2 et 4 pleins avec rimshot et beaucoup d'ambiance (laissée résonner) ; dans le funeral doom un coup par mesure (ou toutes les deux).
Cymbales
- Crash et ride laissés résonner (longues queues comme des cloches), crash sur 1 et 3 dans les parties les plus lourdes, ride en croches dans les reprises ; gong dans le funeral.
Interaction
- La batterie suit les notes longues du riff et laisse des vides ; dans le death-doom, double grosse caisse dans les parties les plus intenses.
Sections
- Intro lente (souvent guitare seule avec feedback) → riff principal → couplet → section plus lente ou plus rapide → solo blues lent → reprise → final avec feedback et crash.
Breaks
- Breaks lents et lourds sur les toms accordés bas, breaks en triolets (shuffle), roulements sur le tom basse.
Sons
- Grand kit (grosse caisse 24"–26", toms graves), peaux résonantes, rooms énormes ; dans le stoner, son vintage années 70.
Erreurs typiques
- Batterie « metal moderne » avec grosse caisse claquante et cymbales courtes : le doom a besoin d'espace et de résonance ; trop de coups et de breaks.
Basse
Son
Basse accordée bas et très saturée ou fuzz (Geezer Butler, Al Cisneros de Sleep avec un son énorme, Tas Danazoglou d'Electric Wizard), avec énormément de grave et de médium : avec les guitares, elle crée le son « épais ».
Rôle
- Doublure du riff à l'octave inférieure, notes longues sur la tonique, parfois mélodies lentes.
Rapport avec la grosse caisse
La basse domine le sub : la grosse caisse doit trouver sa place avec une attaque médium (2–3 kHz) et un punch à 60 Hz.
Exemples
- Black Sabbath — N.I.B. ; Sleep — Dragonaut ; Electric Wizard — Funeralopolis.
Instruments harmoniques
Guitares
- Gibson SG (Iommi), Les Paul, guitares à humbuckers ; amplis Orange, Laney (Iommi), Sunn, Matamp, Marshall ; fuzz (Big Muff, Fuzz Face, Russian Big Muff) dans le stoner.
- Accordages bas (voir harmonie) ; cordes épaisses.
- Superposition : 2 rythmiques L100/R100 (même riff), parfois 3–4 pour un mur de fuzz ; guitare solo blues au centre ; guitares claires ou acoustiques arpégées dans le death-doom et l'epic.
- Feedback et sustain laissés résonner ; delay et wah dans le stoner.
Claviers et autres
- Orgue et Mellotron (doom années 70), synthé et piano dans le death-doom et le funeral, violon (My Dying Bride), chœurs.
Voicing
- Power chords avec octave, accords mineurs, tritons, notes longues.
Mélodie et voix
Voix
- Claire et plaintive dans le traditional (Scott « Wino » Weinrich, Bobby Liebling, Ozzy), opératique dans l'epic (Messiah Marcolin, Johan Längquist), growl et voix récitées dans le death-doom (Aaron Stainthorpe alterne parlé et growl), hurlée dans le sludge, lugubre et lointaine dans le funeral.
- Mélodies lentes, notes longues, phrases séparées par de grands espaces.
Chœurs
- Chœurs épiques (Candlemass), chœurs gothiques et voix féminines (gothic doom).
Effets
- Réverbération longue, delay, fuzz ou distorsion sur la voix dans le stoner (Electric Wizard), voix lointaine dans le funeral.
Instruments
- Guitares électriques accordées bas (fuzz, amplis Orange/Laney/Sunn).
- Basse saturée.
- Batterie grande et résonante.
- Voix (claire, opératique, growl).
- Orgue, Mellotron, synthé, piano, violon (optionnels).
Patterns de batterie
Synthés et sons
- Mellotron V — Chœurs et cordes: Atmosphères années 70 et intros lugubres : chœurs masculins sur de longs accords mineurs.
- B-3 V — Orgue: Orgue doom et stoner (style Uriah Heep/Deep Purple lent) : drawbars pleins, Leslie lent, distorsion.
- Augmented Strings — Cordes: Cordes gothiques dans le death-doom (My Dying Bride, Paradise Lost).
- Solina V — String machine: Pads froids et lugubres pour le funeral doom.
- Piano V — Piano: Arpèges mélancoliques dans le gothic et le death-doom.
- Mini V — Lead et drones: Drones et leads psychédéliques dans le stoner doom : oscillateurs graves, filtre lent, glide.
Structure du morceau
Forme (6:00–15:00 ; funeral au-delà de 20)
| Section | Mesures | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Intro | 4–16 | Feedback, cloches, guitare seule |
| Riff principal | 8–16 | Groupe entier, très lent |
| Couplet 1 | 8–16 | Voix |
| Riff / « refrain » | 8 | Riff le plus mémorable |
| Couplet 2 | 8–16 | |
| Section centrale | 16–32 | Changement de tempo (souvent doublé), solo blues |
| Reprise | 8–16 | Riff principal encore plus lourd |
| Outro | 8–32 | Feedback, fondu, crashs laissés résonner |
Le stoner (Sleep — Dopesmoker) atteint un unique morceau de plus d'une heure fondé sur la répétition d'un riff.
Mixage et mastering
Objectif sonore
Épaisseur, chaleur et espace : grave énorme mais contrôlé, guitares « en mur » pleines de médiums, batterie avec une grande room et de longues queues, voix intégrée au son. Références : Black Sabbath — Master of Reality (1971), Candlemass — Epicus Doomicus Metallicus (1986), Electric Wizard — Dopethrone (2000), Sleep — Holy Mountain (1992), My Dying Bride — Turn Loose the Swans (1993).
Grosse caisse
- EQ : HP 30 Hz ; +3 dB à 60 Hz ; −4 dB à 350 Hz ; +2 dB à 2–3 kHz. Compression légère 3:1, 2–3 dB ; queue naturelle.
Caisse claire
- EQ : +3 dB à 150–200 Hz (corps épais) ; −2 dB à 600 Hz ; +2 dB à 4 kHz. Réverbération longue (hall ou grande room 2–3 s) qui remplit l'espace entre les coups.
Cymbales et room
- Grandes rooms compressées en parallèle ; cymbales avec queues laissées résonner (pas de gate).
- Bus batterie : 3:1, 2–3 dB ; saturation bande.
Basse
- EQ : HP 30 Hz (accordages bas : do# à environ 35 Hz, la sous 30 Hz avec certains accordages : un HP trop haut enlève la fondamentale) ; +2 dB à 60–80 Hz ; −2 dB à 250 Hz ; +3 dB à 700 Hz–1 kHz (fuzz).
- Compression 6 dB ; bass split si besoin (sub propre + fuzz).
Guitares
- 2–4 rythmiques L100/R100 ; EQ : HP 50–70 Hz (garde le poids !) ; −2/−3 dB à 200–300 Hz (seulement là où ça empâte) ; médiums pleins à 500 Hz–1 kHz (le caractère du fuzz et d'Orange) ; −2 dB à 3–4 kHz ; LP 8–9 kHz pour un son chaud.
- Pas de gate : le sustain et le feedback font partie du son.
- Solo au centre avec delay et longue réverbération.
Voix
- Chaîne : EQ (HP 100 Hz, −2 dB 300 Hz, +2 dB 2–3 kHz) → compression 6 dB → saturation/fuzz (stoner) → longue réverbération (hall 2–3 s) + delay 1/4.
- Growl (death-doom) : comme dans le death, mais avec plus de réverbération.
Claviers et cordes
- Orgue et Mellotron L50/R50 avec réverbération ; cordes larges, HP 150 Hz.
FX
- Longues réverbérations, delays à tempo lent, feedback, bruits.
Bus et groupes
- Bus « mur » (guitares + basse) avec compression légère et saturation bande.
Sidechain
- EQ dynamique sur basse/guitares déclenché par la grosse caisse (60–100 Hz) si la grosse caisse disparaît.
Master
- Cible : −11/−8 LUFS intégrés (le doom profite de la dynamique et des transitoires) ; true peak −1 dBTP. Attention au grave : contrôle sur différents systèmes (casque, voiture) et avec un analyseur sous 60 Hz.
Erreurs courantes
- Couper trop le grave des guitares (elles perdent leur lourdeur) ; boue à 200–300 Hz due à trois instruments superposés ; batterie petite et sèche.
Morceaux de référence pour le mixage
- Black Sabbath — Black Sabbath (1970) ; Black Sabbath — Into the Void (1971) ; Candlemass — Solitude (1986) ; Saint Vitus — Born Too Late (1986) ; Sleep — Dragonaut (1992) ; Electric Wizard — Funeralopolis (2000) ; My Dying Bride — The Cry of Mankind (1995).
Écoutes de référence
- Black Sabbath — Black Sabbath (1970)
- Black Sabbath — Into the Void (1971)
- Pentagram — Forever My Queen (1973)
- Saint Vitus — Born Too Late (1986)
- Candlemass — Solitude (1986)
- Trouble — The Tempter (1984)
- Sleep — Dragonaut (1992)
- My Dying Bride — The Cry of Mankind (1995)
- Electric Wizard — Funeralopolis (2000)