Histoire et caractère
Le death metal naît au milieu des années 1980 aux États-Unis, surtout en Floride et dans la Bay Area, à partir du thrash metal, du black metal de la première vague et du punk hardcore. Les deux premiers albums de Venom et Reign in Blood de Slayer (1986) en sont des influences directes. Possessed (Seven Churches, 1985) fait le pont entre thrash et death ; Death de Chuck Schuldiner, le « père du death metal » (Scream Bloody Gore, 1987 ; Human, 1991, pierre angulaire du death technique), Morbid Angel (Altars of Madness, 1989), Obituary, Deicide, Cannibal Corpse, Autopsy, Immolation, Suffocation, Massacre définissent le genre ; des labels comme Earache, Roadrunner, Nuclear Blast et Century Media le diffusent, avec un pic commercial autour de 1992–1993.
En Suède se développe une scène parallèle : Stockholm (Nihilist, Entombed avec Left Hand Path en 1990, Dismember, Grave, Unleashed), avec le son « buzzsaw » de la pédale Boss HM-2 utilisée avec tous les contrôles à fond (produite de 1983 à 1991, elle émulait la réponse d'un Marshall ; souvent associée à des amplis Peavey), et Göteborg avec le melodic death metal (At the Gates, In Flames, Dark Tranquillity, également influencés par la NWOBHM ; Heartwork de Carcass en 1993 en est un exemple précoce). Sous-genres : technique (Nile, Necrophagist, Obscura, Opeth à ses débuts), brutal (Cannibal Corpse, Suffocation, Dying Fetus, Cryptopsy), death-doom, blackened death, slam, deathcore.
Caractéristiques : guitares très saturées et accordées bas avec palm mute et tremolo picking, voix gutturale (growl), batterie rapide et agressive avec double grosse caisse et blast beats, tonalités mineures ou passages atonaux, progressions chromatiques, changements soudains de tempo, de tonalité et de métrique ; formation typique de deux guitares, basse, voix et batterie ; textes sur la violence, l'horreur, la religion, la philosophie, la nature, la science-fiction.
Gammes et tonalités
Chromatique et clusters
- Formule : les 12 notes ; dans le death, les riffs sont souvent construits sur des fragments chromatiques (E–F–F#–G) et des intervalles de seconde mineure et de triton.
- Usage : riffs atonaux ou « centrés » sur une note pédale (la corde à vide), passages de tremolo picking chromatiques.
- Exemple réel : Morbid Angel — Immortal Rites (riffs chromatiques et tritoniques) ; Immolation — dissonances extrêmes.
- Erreurs courantes : chromatisme sans centre : reviens à la corde à vide pour donner un « plancher ».
Phrygien
- Formule : 1 b2 b3 4 5 b6 b7. En ré (D standard) : D Eb F G A Bb C.
- Note caractéristique : b2 (Eb).
- Accords : i Dm, bII Eb, bIII F, iv Gm, v° Adim, bVI Bb, bvii Cm.
- Usage : riffs sur pédale, passages doom.
Locrien
- Formule : 1 b2 b3 4 b5 b6 b7. En ré : D Eb F G Ab Bb C.
- Note caractéristique : b5 (Ab).
- Usage : riffs tritoniques « maléfiques » (Morbid Angel, Deicide).
Mineur harmonique et phrygien dominant (death technique et mélodique)
- Mineur harmonique : 1 2 b3 4 5 b6 7 (en mi : E F# G A B C D#). Phrygien dominant : 1 b2 3 4 5 b6 b7 (en mi : E F G# A B C D).
- Usage : Nile (thèmes égyptiens en phrygien dominant), Necrophagist et Obscura (arpèges néoclassiques), melodic death (leads harmonisés).
- Exemple réel : Nile — Black Seeds of Vengeance (couleurs phrygien dominant).
Éolien (melodic death metal)
- Formule : 1 2 b3 4 5 b6 b7. En mi : E F# G A B C D.
- Usage : harmonies à deux guitares « Göteborg » (In Flames, At the Gates, Dark Tranquillity), riffs mélodiques en tremolo picking sur i–VI–VII.
- Exemple réel : At the Gates — Blinded by Fear (riffs mélodiques en mineur).
Diminuée
- Formule (demi-ton-ton) : 1 b2 #2 3 #4 5 6 b7. En mi : E F G G# A# B C# D.
- Usage : leads et riffs symétriques dans le death technique.
Comment choisir
- Brutal : chromatisme, phrygien et tritons sur la corde la plus grave. Old school floridien : chromatisme + phrygien. Suédois (Stockholm) : power chords mineurs et mélodies punk avec HM-2. Melodic (Göteborg) : éolien harmonisé en tierces. Technique : mineur harmonique, diminuée, arpèges.
Harmonie
Fonction
Harmonie atonale ou modale mineure, construite sur les riffs : progressions chromatiques de power chords, sauts de triton, pédales sur la corde à vide, fragments de gamme mineure et phrygienne. Changements soudains de tonalité et de métrique. Dans le melodic death, on retrouve des progressions éoliennes (i–VI–VII) harmonisées en tierces, dans le death technique des accords augmentés et diminués, des arpèges néoclassiques.
Tremolo picking
- Notes simples ou power chords répétés très vite (doubles ou triples croches) qui créent des « mélodies » chromatiques au-dessus du blast.
Accordages
- D standard et C standard (Death, Cannibal Corpse à certaines périodes, Morbid Angel), mi bémol (death floridien des années 1980), B standard et plus bas dans le brutal ; 7 cordes dans le technique moderne.
Voicings
- Power chords, dyades dissonantes (quinte diminuée, seconde mineure), octaves, accords ouverts avec dissonances ; solos souvent atonaux (Trey Azagthoth, Morbid Angel) ou mélodiques (Schuldiner).
Progressions typiques
| Nom | Tonalité | Accords | Degrés | Comment l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Chromatisme floridien | ré mineur | D5 Eb5 E5 F5 | i bII II III | Montée chromatique en D standard sous le tremolo picking. |
| Triton | ré mineur | D5 Ab5 D5 G5 | i bV i iv | Le triton comme saut central du riff. |
| Pédale phrygienne | mi mineur | E5 F5 E5 G5 | i bII i III | Palm mute sur la corde à vide avec seconde mineure. |
| Melodic death | mi mineur | Em C D Em | i VI VII i | La progression harmonisée en tierces de Göteborg. |
| Phrygien dominant | mi phrygien dominant | E F E G#dim | I bII I iii° | Couleur égyptienne/exotique du death technique (Nile). |
| Locrien | ré locrien | D5 Eb5 Ab5 | i bII bV | Riff « maléfique » sans quinte juste. |
| Mi-tempo doom | do mineur | C5 Db5 Bb5 C5 | i bII VII i | Section lente et lourde avant la reprise. |
Rythme et groove
Grande variété de tempos dans un même morceau : blast beats (à partir de 180 BPM en doubles croches, souvent 250–280), double grosse caisse continue, skank/thrash beat, grooves mid-tempo lourds, demi-tempos doom, changements soudains de métrique (death technique). Le tremolo picking des guitares suit la grille du blast ; les palm mutes suivent la grosse caisse. Pete Sandoval (Morbid Angel) est cité comme le premier à utiliser les blasts à tempo métronomique, avec une fonction de maintien du tempo.
Batterie
Rôle
La batterie est le moteur extrême : blast, double grosse caisse, changements de tempo et précision absolue. Modèles : Pete Sandoval (Morbid Angel), Sean Reinert et Gene Hoglan (Death), Flo Mounier (Cryptopsy), George Kollias (Nile), Paul Mazurkiewicz (Cannibal Corpse, bomb blast), Dave Culross.
Grosse caisse
- Double grosse caisse en doubles croches continues sous les riffs ; blast (alternée avec la caisse claire) ; unisson avec les palm mutes dans les grooves.
- Son déclenché avec beaucoup de click (5–8 kHz) pour être audible aux hautes vitesses.
Caisse claire
- Blast traditionnel : alterné avec la grosse caisse en doubles croches. Bomb blast : croches de caisse claire sur grosse caisse en doubles croches (Cannibal Corpse). Hammer blast : grosse caisse et caisse claire ensemble en croches. Gravity blast : roulement à une main avec le cercle comme point d'appui.
- Dans les grooves : 2 et 4 ou sur le 3.
Cymbales
- Ride ou crash à l'unisson avec la grosse caisse dans les blasts, china sur les accents, charleston fermé dans les grooves thrash.
Interaction
- Blast ↔ tremolo picking ; groove ↔ palm mute ; tout à l'unisson dans les stops.
Sections
- Intro (souvent mi-tempo ou riff seul) → couplet avec blast → groove mid-tempo → solo avec double grosse caisse → mi-tempo doom → reprise du blast → stop.
Fills
- Fills très rapides de caisse claire et de toms en doubles croches/sextolets, fills avec double grosse caisse dessous.
Sons
- Kit avec grands toms accordés bas, grosse caisse déclenchée, caisse claire aiguë et « pingy » (old school) ou grosse (moderne) ; samples avec round robin pour les blasts.
Erreurs typiques
- Blast avec toutes les vélocités identiques (la caisse claire doit avoir des micro-variations) ; grosse caisse avec une queue longue qui empâte ; aucune variation entre blast et groove.
Basse
Son
Basse saturée au médiator ou aux doigts (Steve Di Giorgio fretless avec Death et Testament, Alex Webster aux doigts ultra-rapides chez Cannibal Corpse), très présente dans les médiums pour sortir du mur.
Rôle
- Unisson avec le riff, notes de tremolo à l'octave en dessous, lignes indépendantes dans le death technique.
Rapport avec la grosse caisse
Alignée ; dans les blasts, la basse tient des notes plus longues ou suit le tremolo.
Exemples
- Cannibal Corpse — Hammer Smashed Face (Alex Webster) ; Death — The Philosopher (Steve Di Giorgio) ; Obscura — Anticosmic Overload (Jeroen Paul Thesseling, fretless).
Instruments harmoniques
Layering des guitares rythmiques (metal moderne)
- Quad tracking : 4 prises séparées du même riff (jamais des copies : il faut les micro-différences pour la largeur), deux par côté : L100 + L80 et R100 + R80 (ou les quatre à L100/R100 si tu veux le maximum de largeur).
- Amplis différents par côté ou par paire : par exemple Mesa/Boogie Dual Rectifier + Peavey/EVH 5150 (ou leurs simulations), ou le même ampli avec deux IR de baffle différentes (Mesa 4x12 avec V30 + Marshall 1960 avec Greenback). Sound On Sound suggère, pour des guitares enregistrées en live, deux amplis aux sons contrastés/complémentaires panoramiqués aux extrêmes.
- Double vs quadruple : le double tracking (L100/R100) est plus défini et « serré » ; le quad tracking est plus grand mais moins précis. Le thrash et le death technique préfèrent 2 pistes très précises ; le metalcore, le deathcore et le djent modernes utilisent souvent 4 pistes ou 2 pistes + re-amp.
- DI toujours enregistrée : permet de ré-amplifier (re-amp) et de changer de son au mixage.
- Leads et harmonies : au centre ou L30/R30 (harmonies de tierces, une par côté), avec delay et réverbération ; la rythmique reste sèche.
Accordages typiques
| Accordage | Cordes (depuis la 6ᵉ) | Genres |
|---|---|---|
| Standard | E A D G B E | heavy classique, thrash des années 1980 |
| Mi bémol | Eb Ab Db Gb Bb Eb | Slayer, Guns N' Roses, beaucoup de thrash et de hard rock |
| Drop D | D A D G B E | alternative metal, nu metal, metalcore léger |
| D standard | D G C F A D | death metal, doom, Pantera sur certains morceaux |
| Drop C | C G C F A D | metalcore, nu metal, alternative metal |
| C standard | C F Bb Eb G C | death, doom, stoner |
| Drop B | B F# B E G# C# | metalcore, deathcore |
| Drop A (6 cordes) | A E A D F# B | deathcore, metalcore moderne |
| 7 cordes standard | B E A D G B E | nu metal, djent, prog |
| 7 cordes drop A | A E A D G B E | metalcore, deathcore, djent |
| 8 cordes standard | F# B E A D G B E | djent, prog metal |
Les accordages « drop » de la famille du drop D (drop Db, C, B, Bb, A) utilisent tous les mêmes doigtés : power chords avec un seul doigt sur les trois cordes graves.
Spécificités du death metal
- Suédois (Stockholm) : Boss HM-2 avec tous les contrôles à fond (le « dimed HM-2 » de Leif Cuzner de Nihilist, puis Entombed, Dismember, Bloodbath) pour le son de « tronçonneuse » avec médiums et aigus exacerbés ; sessions aux Sunlight Studio avec Tomas Skogsberg.
- Moderne/brutal : 7 cordes, gain très élevé mais tight, quad tracking.
- Techniques : tremolo picking, palm mute, pinch harmonics, pick slide, sweep et tapping dans les solos techniques.
Mélodie et voix
Voix
- Growl guttural et profond (Chris Barnes, George « Corpsegrinder » Fisher, John Tardy), voix plus « rauque » et médiane (Chuck Schuldiner, LG Petrov), scream dans le melodic death (Tomas Lindberg).
- La voix est rythmique et suit le riff ; les textes sont souvent peu intelligibles.
Chœurs
- Doublures du growl, alternance growl/scream entre deux voix (Deicide, Cannibal Corpse sur certains morceaux).
Effets
- Doublures serrées, saturation, peu de réverbération ; parfois léger pitch shift pour assombrir.
Instruments
- Deux guitares électriques à haut gain (accordées bas).
- Basse électrique.
- Batterie avec double grosse caisse (triggers).
- Voix growl.
- Claviers et orchestre seulement chez certains groupes (Nile, Fleshgod Apocalypse dans le death symphonique).
Patterns de batterie
Synthés et sons
- Augmented Strings — Cordes et orchestre: Intros et passages symphoniques (Fleshgod Apocalypse, Nile) : cordes graves et cuivres simulés.
- Augmented Voices — Chœurs: Chœurs lugubres et liturgiques pour intro et outro.
- Mellotron V — Chœurs d'époque: Intros old school sombres.
- Modular V — Bruits et drones: Drones et textures horreur pour intros et transitions.
Structure du morceau
Forme (3:30–6:00)
| Section | Mesures | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Intro | 4–16 | Riff seul, mi-tempo, parfois sample horreur |
| Riff A | 8 | Blast + tremolo picking |
| Couplet | 8–16 | Growl, alternance blast et groove |
| Riff B / « refrain » | 8 | Riff le plus mémorable, groove mid-tempo |
| Couplet 2 | 8–16 | |
| Solo | 8–16 | Solo chaotique ou mélodique sur double grosse caisse |
| Mi-tempo / breakdown | 8–16 | Section lente et lourde |
| Reprise | 8–16 | Riff A ou B |
| Outro | 4 | Stop ou larsen |
Le death metal est souvent basé sur les riffs : une suite de riffs différents plus qu'un couplet–refrain.
Mixage et mastering
Objectif sonore
Lourdeur et clarté malgré la vitesse : guitares denses mais définies, grosse caisse audible à chaque coup du blast, caisse claire qui tranche, basse avec growl, voix dans le mur. Références : Death — Symbolic (1995), Morbid Angel — Covenant (1993), Cannibal Corpse — Kill (2006), Entombed — Left Hand Path (1990), Nile — Annihilation of the Wicked (2005).
Grosse caisse
- EQ : HP 35 Hz ; +3 dB à 60 Hz ; −8 dB à 300–400 Hz ; +6 dB à 5–8 kHz (click). Samples avec queue courte (100–150 ms) ; gate ; compression légère (le sample est déjà uniforme).
Caisse claire
- EQ : +3 dB à 200–250 Hz ; −3 dB à 700 Hz ; +4 dB à 5–6 kHz. Blend avec sample (40–70 %) ; room courte 0,6–0,9 s.
Toms et cymbales
- Toms avec gate, +4 dB à 80–100 Hz ; overheads HP 400–500 Hz, −3 dB à 3 kHz ; ride bien défini pour les blasts.
- Bus batterie : 4:1, 3 dB.
Basse
- Bass split : sub (LP 150 Hz) + distordu (HP 250 Hz, +4 dB à 1–2 kHz) ; compression 8–10 dB.
Guitares
- 2 ou 4 rythmiques L100/R100 (+L80/R80). EQ : HP 80–100 Hz ; −4 dB à 200–400 Hz ; +2 dB à 800 Hz–1,2 kHz (définition) ; −2/−3 dB à 3–4 kHz ; LP 9–10 kHz.
- HM-2 : le son a déjà des médiums et aigus exacerbés : coupe 3–5 kHz si ça blesse, ajoute du corps à 150 Hz.
- Gate serré ; EQ dynamique à 100–200 Hz.
- Solos : centre, delay et plate.
Voix growl
- Chaîne : HP 80–100 Hz (le growl a peu d'énergie dans le grave : ne coupe pas trop) ; −4 dB à 300–500 Hz ; +3 dB à 1,5–2,5 kHz ; compression 10–12 dB (deux étages) ; saturation ; doublure serrée.
- Niveau : dans le mur, mais avec la présence à 2 kHz pour entendre les articulations.
- Room courte ou aucune réverbération.
FX
- Peu : room, delay throw ; samples horreur dans les intros.
Bus et groupes
- Bus guitares avec limiter léger ; bus « low end ».
Sidechain
- Guitares et basse depuis la grosse caisse avec EQ dynamique 60–150 Hz : fondamental pour entendre la double grosse caisse.
Master
- Cible : −8/−6 LUFS intégrés ; true peak −1 dBTP. Les masters old school sont plus dynamiques (−11/−9).
Erreurs courantes
- Double grosse caisse qui devient un bourdonnement indistinct (queue trop longue, peu de click) ; guitares boueuses ; growl qui couvre les guitares ou disparaît.
Morceaux de référence pour le mixage
- Possessed — The Exorcist (1985) ; Death — Pull the Plug (1988) ; Morbid Angel — Immortal Rites (1989) ; Entombed — Left Hand Path (1990) ; Cannibal Corpse — Hammer Smashed Face (1992) ; At the Gates — Blinded by Fear (1995) ; Nile — Sarcophagus (2005).
Écoutes de référence
- Possessed — The Exorcist (1985)
- Death — Zombie Ritual (1987)
- Morbid Angel — Immortal Rites (1989)
- Entombed — Left Hand Path (1990)
- Death — Lack of Comprehension (1991)
- Cannibal Corpse — Hammer Smashed Face (1992)
- Carcass — Heartwork (1993)
- At the Gates — Blinded by Fear (1995)
- Nile — Black Seeds of Vengeance (2000)