Histoire et caractère
La synthwave (aussi appelée retrowave ou futuresynth) est un micro-genre électronique qui s'inspire surtout des bandes originales de films d'action, de science-fiction et d'horreur des années 1970–1980, des jeux vidéo et de l'esthétique de cette décennie. Beaucoup d'artistes expriment une nostalgie explicite pour la culture des années 1980 (voitures de sport, VHS, néons, grilles au coucher du soleil, Miami Vice, cyberpunk). Influences principales : John Carpenter, Jean-Michel Jarre, Vangelis, Tangerine Dream, Giorgio Moroder, Jan Hammer, Harold Faltermeyer.
Elle naît du milieu à la fin des années 2000, en grande partie grâce à des producteurs français proches de la French house comme Kavinsky (Testarossa Autodrive, 2007 ; Nightcall, 2010, avec Lovefoxxx) et College (A Real Hero avec Electric Youth) ; l'écrivain Nicholas Diak attribue à Grand Theft Auto: Vice City (2002) le passage de l'attitude envers les années 1980 « de la parodie à l'hommage ». Le tournant mainstream est la bande originale du film Drive (2011) avec Nightcall et A Real Hero. Suivent les jeux vidéo Hotline Miami (2012) et Far Cry 3: Blood Dragon (2013, musiques de Power Glove), la série Stranger Things (thème de Survive, 2016), Thor: Ragnarok ; en 2020, Blinding Lights de The Weeknd, influencée par la synthwave, atteint la première place aux États-Unis.
Artistes : Mitch Murder, Lazerhawk, Miami Nights 1984, Electric Youth, Com Truise (plus proche de la chillwave), Perturbator et Carpenter Brut (darksynth), The Midnight, FM-84, Gunship, Timecop1983, Dance With The Dead (avec des influences rock et metal), Michael Oakley, Le Cassette. Sous-genres : outrun (du jeu d'arcade Out Run de 1986), darksynth, dreamwave, scifiwave, spacewave. La synthwave est surtout instrumentale, mais il existe une branche vocale très pop (The Midnight, FM-84 avec Ollie Wride, Gunship).
Gammes et tonalités
Dans les modes, les chiffres romains se réfèrent à la gamme du mode ; en mineur, à la gamme mineure naturelle.
Mineur naturel (éolien) — la gamme de la nuit au néon
- Formule : 1 2 b3 4 5 b6 b7 (T S T T S T T). En mi mineur : E F# G A B C D.
- Note caractéristique : la b6 (C) : mélancolie cinématique, « coucher de soleil ».
- Accords diatoniques : i Em – ii° F#dim – III G – iv Am – v Bm – VI C – VII D.
- Usage : boucles i–VI–III–VII et i–VI–VII, arpèges, leads qui retombent sur la b6 puis sur la 5.
- Exemple : Kavinsky — Nightcall (boucle mineure lente) ; College — A Real Hero.
- Erreurs : trop d'harmonie : la synthwave aime 2–4 accords et change de timbre, pas d'accords.
Dorien — le mineur « lumineux » des autoroutes
- Formule : 1 2 b3 4 5 6 b7 (T S T T T S T). En ré dorien : D E F G A B C.
- Note caractéristique : sixte majeure (B), IV majeur (G) : espoir à l'intérieur du mineur.
- Accords (gamme du mode) : i Dm – ii Em – III F – IV G – v Am – vi° Bdim – VII C.
- Usage : i7–IV, i–III–IV, typique de l'outrun et de la synthwave vocale.
Lydien — la couleur « spatiale »
- Formule : 1 2 3 #4 5 6 7 (T T T S T T S). En fa lydien : F G A B C D E.
- Note caractéristique : #4 (B) : suspension, cosmos, Vangelis.
- Accords (gamme du mode) : I F – II G – iii Am – iv° Bdim – V C – vi Dm – vii Em.
- Usage : Imaj7–II/I, longs pads, intros « spacewave ».
Phrygien et mineur harmonique — le côté obscur
- Phrygien : 1 b2 b3 4 5 b6 b7, en do : C Db Eb F G Ab Bb. Basses et riffs darksynth (i–II).
- Mineur harmonique : 1 2 b3 4 5 b6 7, en do : C D Eb F G Ab B. V majeur (G) pour la tension horreur (John Carpenter).
Majeur et mixolydien — la synthwave pop
- Majeur pour les refrains vocaux (The Midnight), mixolydien (1 2 3 4 5 6 b7) pour des riffs optimistes avec VII.
Comment choisir
| Ambiance | Gamme | Signature |
|---|---|---|
| Nuit, mélancolie | Éolien | i–VI–III–VII |
| Vitesse, espoir | Dorien | i–IV |
| Espace, rêve | Lydien | I–II |
| Horreur, menace | Phrygien / harmonique | i–II, V majeur |
| Synth-pop vocale | Ionien | IV–V–vi–I |
Harmonie
Fonction
Harmonie modale et cyclique : boucles de 2–4 accords, cadences faibles, beaucoup de notes tenues (pads), arpèges qui « dessinent » l'accord en doubles croches. L'intérêt vient du timbre, de l'arrangement et de la mélodie du lead, pas des progressions.
Techniques
- Pédale de basse en croches ou doubles croches sur la tonique pendant que les accords changent (style Moroder).
- Arpégiateur en doubles croches qui suit les accords.
- Accords suspendus et add9 sur les pads pour un son « ouvert ».
- Emprunts : bVI et bVII dans les morceaux majeurs ; IV majeur (dorien) dans les morceaux mineurs.
- Modulation d'un ton dans le dernier refrain dans la synthwave vocale (héritage de la pop des années 1980).
Rythme harmonique
1 accord toutes les 1–2 mesures (4 accords en 4 ou 8 mesures).
Voicings
Pads avec triades et neuvièmes en position ouverte (registre C3–C5), brass synthétiques en triades serrées, lead monophonique au-dessus ; basse en octaves.
Progressions typiques
| Nom | Tonalité | Accords | Degrés | Comment l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Boucle nocturne | mi mineur | Em C G D | i VI III VII | Le cycle le plus utilisé : mélancolique mais en mouvement. |
| Retour sans cadence | la mineur | Am F G Am | i VI VII i | Le VII ramène au i sans sensible : typique des bandes originales des années 1980. |
| Lydien spatial | fa lydien | Fmaj7 G/F Em7 Am7 | Imaj7 II/I vii7 iii7 | La #4 (B) donne une atmosphère suspendue à la Vangelis. |
| Dorien d'autoroute | ré dorien | Dm7 G Bbmaj7 C | i7 IV bVImaj7 VII | Le IV majeur éclaire le mineur ; le Bb vient de l'éolien comme emprunt. |
| Pédale Moroder | do mineur | Cm Ab/C Bb/C Cm | i VI/i VII/i i | Basse fixe sur C en doubles croches : moteur hypnotique. |
| Refrain synth-pop | ré majeur | G A F#m Bm | IV V iii vi | Royal road : parfaite pour la synthwave vocale (The Midnight, FM-84). |
| Horreur harmonique | do mineur | Cm Ab Fm G | i VI iv V | Le G majeur (sensible B) donne une tension à la John Carpenter. |
| Emprunt épique | do majeur | C Ab Bb C | I bVI bVII I | Le « double plagal » pour des finales triomphales. |
Rythme et groove
Feel droit et mécanique, 100 % quantifié, swing 0 % (la précision de la boîte à rythmes des années 1980 fait partie de l'esthétique). Batterie en demi-tempo « grande » avec caisse claire gated sur le 2 et le 4 dans les morceaux lents (80–100), grosse caisse à quatre temps dans les morceaux outrun (110–140). La basse séquencée en croches ou doubles croches est le vrai moteur rythmique ; les arpèges en doubles croches remplissent la grille. Beaucoup de morceaux utilisent un sidechain marqué (pumping) des pads sur la grosse caisse.
Batterie
Rôle
Batterie de LinnDrum/DMX/Simmons : simple, puissante, énorme dans l'espace, plus « son » que groove.
Grosse caisse
Steps 1, 9 et « 3 et » (11) dans les morceaux mid-tempo ; à quatre temps dans l'outrun. Son LinnDrum ou 808 doux, avec peu de click ; dans les productions modernes, layer avec un kick plus puissant.
Caisse claire
Sur le 2 et le 4, énorme, avec gated reverb (réverbération dense coupée par un gate après 150–300 ms) et souvent un clap superposé. C'est la marque distinctive du genre.
Charleston et percussions
Charlestons fermés en croches (ou doubles croches dans l'outrun), open hat sur le « 4 et » ; tambourin en doubles croches dans les refrains ; cowbell 808 et clap comme couleur ; crash sur le 1 de chaque section.
Interaction avec la basse et la voix
La basse séquencée joue toujours ; la batterie reste essentielle. La voix (s'il y en a une) se place au-dessus de la caisse claire gated.
Par section
| Section | Batterie |
|---|---|
| Intro | Rien ou seulement grosse caisse filtrée, pad et arpège |
| Couplet | Grosse caisse et charleston, caisse claire légère |
| Pré / montée | Toms Simmons, snare roll, riser |
| Refrain / drop | Caisse claire gated pleine, tambourin, crash |
| Breakdown | Batterie retirée, seulement pad et arpège |
| Solo de synthé ou de sax | Kit plein |
| Outro | Arpège qui s'estompe |
Fills et transitions
Fills de toms Simmons d'1–2 mesures avec gated reverb ; reverse crash ; snare roll ; stops avec la réverbération laissée sonner.
Choix des sons
LinnDrum, LM-1, Oberheim DMX, TR-707/808/909, Simmons SDS-V. Accordage des toms sur la tonique/quinte.
Erreurs typiques
Batterie moderne de trap ; gated reverb trop longue ; charlestons trop forts et brillants ; manque de dynamique entre les sections.
Basse
- Son : synthé mono (Minimoog, Juno, Prophet en unisson, SH-101) avec saw ou square filtrée, enveloppe courte ; souvent deux layers (sub + saw).
- Pattern : croches continues sur la tonique (driving bass), doubles croches style Moroder (I Feel Love), octaves alternées, parfois avec un delay à 1/16 qui double les notes.
- Rapport avec la grosse caisse : sidechain 3–6 dB (pumping) ou EQ (grosse caisse 50–70 Hz, basse 80–120 Hz).
- Notes : tonique et octave ; changements d'accord exactement sur le 1.
- Exemples : Kavinsky — Nightcall (basse synthé grave et lente), FM-84 — Running in the Night (basse en croches), Mitch Murder (basse en doubles croches).
Instruments harmoniques
- Pads polyphoniques : Jupiter-8, OB-Xa, Juno-106, CS-80 : saws désaccordées, attaque lente, chorus, longue réverbération.
- Arpèges : en doubles croches en place, souvent avec delay à 1/8 pointé.
- Brass synthétiques : stabs dans les hooks (OB-Xa).
- Leads : saw ou square avec glide et vibrato retardé, souvent à la place de la voix.
- Bell et e-piano FM : DX7.
- Guitare électrique : solos « hair metal » ou riffs clairs avec chorus (Dance With The Dead, Gunship).
- Sax : solo des années 1980 (The Midnight).
Voicings ouverts dans les pads, brass en triades serrées.
Mélodie et voix
- Lead instrumental : c'est souvent la « voix » du morceau : mélodie simple et chantable dans un registre médium-aigu, avec glide et vibrato ; phrases longues avec notes tenues.
- Voix (synthwave vocale) : voix masculine ou féminine avec large réverbération, parfois vocoder ou talk box (Nightcall utilise une voix traitée au vocoder pour la partie masculine).
- Chœurs : doublages larges, harmonies en tierces dans le refrain.
- Effets : plate long et gated, delay à 1/4 ou 1/8 pointé, chorus sur les voix, vocoder.
Instruments
Synthés polyphoniques (Jupiter-8, OB-Xa, Juno-106, CS-80, Prophet-5, DX7), synthés mono pour basse et lead (Minimoog, SH-101, MS-20), boîtes à rythmes (LinnDrum, DMX, TR-707/808, Simmons), vocoder, guitare électrique, sax, voix.
Patterns de batterie
Synthés et sons
- Jup-8 V — Pads, brass, arpèges: Le son roi : saw + square désaccordées, filtre LP 24 dB à 50–60 %, arpégiateur interne à 1/16, chorus externe.
- Jun-6 V — Pads et basse: Chorus I/II pour pads larges et basses square avec sub.
- OP-Xa V — Brass et pads: Gros brass Oberheim pour les hooks (Van Halen Jump, bandes originales des années 1980).
- CS-80 V — Pads et leads expressifs: Le son Vangelis/Blade Runner : brass et pads avec aftertouch et ribbon.
- Mini V — Basse et lead mono: Basse séquencée : saw + square, cutoff 30–40 %, enveloppe courte ; lead avec glide 50–80 ms.
- Prophet-5 V — Leads et poly: Leads chauds et accords définis.
- DX7 V — E-piano, bell, basse FM: La couleur numérique du milieu des années 1980.
- Korg MS-20 V — Leads agressifs et FX: Leads tranchants, sweeps et bruits pour les passages.
- Vocoder V — Voix robotiques: Voix à la Nightcall.
Structure du morceau
Morceau instrumental (4:00–5:00)
| Section | Mesures | Ce qui entre/sort |
|---|---|---|
| Intro | 8–16 | Pad et arpège, puis basse |
| A (thème) | 16 | La batterie entre, le lead expose le thème |
| B (développement) | 16 | Brass, nouveaux arpèges, variation harmonique |
| Breakdown | 8–16 | Batterie retirée, pad et arpège filtré |
| Montée | 4–8 | Toms, riser, filtre qui s'ouvre |
| A' (thème plein) | 16–32 | Toutes les couches, solo de synthé, de guitare ou de sax |
| Outro | 8–16 | Éléments qui sortent, arpège qui s'estompe |
Morceau vocal (3:30–4:30)
Intro (8) – couplet (16) – pré (8) – refrain (16) – couplet (16) – pré + refrain – solo (8–16) – refrain final (16, souvent modulé) – outro (8).
Mixage et mastering
Objectif sonore
Espace énorme et nostalgique : caisse claire gated au premier plan, pads larges, lead brillant, basse séquencée définie mais moins « sub » que la pop moderne ; saturation de bande pour la chaleur. Références : Kavinsky — Nightcall, The Midnight — Los Angeles, FM-84 — Running in the Night, Gunship — Tech Noir, Timecop1983 — Static Hearts.
Grosse caisse
EQ : HP 30 Hz ; +2/+3 dB à 60–80 Hz ; −3 dB à 300 Hz ; +1/+2 dB à 2–3 kHz. Compression 4:1, attack 10 ms, 2–4 dB. Saturation de bande. Centre.
Caisse claire (gated)
- EQ : HP 100 Hz ; +3 dB à 200 Hz ; +2 dB à 4–5 kHz.
- Compression : FET 4:1, 4–6 dB.
- Gated reverb : send vers une room/plate dense (decay 2 s) → gate (hold 200–300 ms, release 30 ms) → compresseur ; ou preset gated (Valhalla Room « Gated », Fruity Reeverb 2 avec gate externe).
- Panoramique : centre, retour large.
Charleston, toms, percussions
HP 400 Hz ; charleston 20 % sur le côté ; toms Simmons larges avec la même gated reverb ; tambourin à l'opposé.
Basse
EQ : HP 30 Hz ; fondamentale 50–90 Hz ; −2 dB à 250 Hz ; présence +2 dB à 800 Hz–1 kHz. Compression légère. Saturation à lampe. Sidechain 3–6 dB depuis la grosse caisse. Mono.
Pads, arpèges, brass, leads
- EQ : HP 150–250 Hz ; −2/−3 dB à 300–500 Hz sur les pads ; présence 2–5 kHz sur les leads.
- Saturation : bande sur tout le bus synthés pour adoucir les aigus.
- Espace : hall 3–5 s sur les pads (avec HP 300 Hz sur le retour), delay 1/8 pointé ping-pong sur les arpèges, plate sur les brass, delay 1/4 + hall sur le lead.
- Stéréo : pads et arpèges très larges (chorus Juno, Dimension D, Haas), lead au centre.
- Sidechain : pads et arpèges 3–5 dB depuis la grosse caisse (pumping typique).
- Automations : cutoff qui s'ouvre dans les montées, volume des pads dans les breakdowns.
Voix (si présente)
EQ : HP 100 Hz, −2 dB à 300 Hz, +2 dB à 3 kHz, air +2 dB. Compression LA-2A + 1176 (6–8 dB). Plate 2 s avec pré-delay 60 ms + delay 1/4 ; chorus sur les doublages ; vocoder en parallèle pour les passages robotiques.
Guitare et sax
Guitare soliste : HP 100 Hz, delay 1/4 pointé, plate ; sax : HP 120 Hz, +2 dB à 2 kHz, plate 1,8 s.
FX
Riser de bruit filtré, reverse, « tape stop », crackle VHS optionnel.
Bus et groupes
Drum bus 2:1 avec saturation ; bus synthés avec bande et glue 1–2 dB ; mix bus SSL 2:1, 1–2 dB.
Sidechain
Grosse caisse → basse, pads, arpèges (3–6 dB, release en rythme 1/8).
Master
Chaîne EQ → bande → compresseur 1–2 dB → limiter. Cible −10/−8 LUFS (les sorties plus modernes −8/−7), true peak ≤ −1 dBTP, PLR 9–11 dB.
Erreurs courantes
Synthés numériques trop brillants sans saturation ; sub de trap qui enlève le caractère années 1980 ; gated reverb sur tout ; pads et arpèges qui empâtent à 300–500 Hz ; lead trop fort ou trop mouillé.
Morceaux de référence pour le mixage
Kavinsky — Nightcall (2010) ; College & Electric Youth — A Real Hero (2010) ; Gunship — Tech Noir (2015) ; The Midnight — Los Angeles (2016) ; The Weeknd — Blinding Lights (2019).
Écoutes de référence
- Kavinsky — Testarossa Autodrive (2007)
- Kavinsky ft. Lovefoxxx — Nightcall (2010)
- College & Electric Youth — A Real Hero (2010)
- Power Glove — Blood Dragon Theme (2013)
- Gunship — Tech Noir (2015)
- The Midnight — Los Angeles (2016)
- FM-84 ft. Ollie Wride — Running in the Night (2016)
- Survive — Stranger Things (tema) (2016)
- The Weeknd — Blinding Lights (2019)