Metal60–260 BPM6 progressions

Deathcore

Histoire et caractère

Le deathcore fusionne metalcore et death metal avec des éléments hardcore. Il naît aux États-Unis au début des années 2000 et devient populaire dans la seconde moitié de la décennie : Antagony et Despised Icon (canadiens) sont considérés comme des pionniers (même si les deux groupes ont refusé l'étiquette) ; l'EP Doom de Job for a Cowboy (2005) est cité parmi les sorties les plus influentes ; Suicide Silence, Whitechapel, Job for a Cowboy et Carnifex (San Diego) explosent aussi grâce à MySpace ; Bring Me the Horizon publie l'album deathcore Count Your Blessings en 2006 avant de changer de genre. Suivent Chelsea Grin, Thy Art Is Murder, Born of Osiris, Emmure, Rings of Saturn, Veil of Maya.

Dans les années 2020, le genre connaît une renaissance portée par YouTube et TikTok : Lorna Shore devient viral avec To the Hellfire (2021) et la voix extrême de Will Ramos, les Russes Slaughter to Prevail remplissent les salles, et de nombreux groupes ajoutent des éléments symphoniques et progressifs (symphonic deathcore, « blackened deathcore ») tout en gardant la lourdeur.

Caractéristiques : guitares très accordées bas, riffs death, tremolo picking, tempos rapides, double grosse caisse et blast beats, les breakdowns lents et très lourds typiques construits sur des palm mutes des cordes graves, solos rares ; voix qui mêlent growls gutturaux graves, screams aigus et pig squeal ; textes personnels, rageurs et violents (anti-religion, douleur psychologique, body horror).

Gammes et tonalités

Phrygien (la gamme du breakdown)

  • Formule : 1 b2 b3 4 5 b6 b7.
  • Exemple en la (drop A) : A Bb C D E F G.
  • Note caractéristique : b2 (Bb) : le demi-ton sur la corde à vide la plus grave, cœur des breakdowns.
  • Accords : i Am, bII Bb, bIII C, iv Dm, v° Edim, bVI F, bvii Gm.
  • Usage : breakdowns (A–Bb), riffs death avec pédale.

Chromatisme, triton et « dissonance »

  • Usage : notes dissonantes jouées sur les cordes graves (A–Bb–Eb : seconde mineure + triton), « stabs » dissonants dans les breakdowns, harmoniques et pinch harmonics.
  • Exemple réel : Suicide Silence — You Only Live Once (breakdown et riffs dissonants) ; Whitechapel — This Is Exile.

Mineur naturel et mineur harmonique (deathcore symphonique)

  • Éolien : 1 2 b3 4 5 b6 b7 (en la : A B C D E F G). Mineur harmonique : 1 2 b3 4 5 b6 7 (en la : A B C D E F G#).
  • Usage : progressions orchestrales épiques (Lorna Shore : i–VI–III–VII et cadences V–i avec orchestre et chœurs), leads mélodiques et tremolo mélodique.
  • Exemple réel : Lorna Shore — To the Hellfire (orchestration et tremolo mélodiques en mineur sur des blasts).

Phrygien dominant et diminuée

  • Usage : leads « exotiques » et passages techniques (Born of Osiris, Rings of Saturn), arpèges diminués.

Comment choisir

  • Breakdown : phrygien sur la corde la plus grave, avec stabs dissonants. Riffs rapides : chromatisme et phrygien en tremolo. Parties épiques/symphoniques : éolien et mineur harmonique. Leads techniques : phrygien dominant, diminuée.

Harmonie

Fonction

Harmonie minimale et dissonante dans les parties lourdes (une note pédale, seconde mineure, triton), avec des progressions mineures épiques dans les parties mélodiques et symphoniques (i–VI–III–VII, i–iv–V). L'impact vient du rythme, du registre grave et de la dynamique.

Breakdown

  • Palm mute sur les cordes graves (typiquement trois cordes graves accordées bas) avec des rythmes syncopés et lents ; souvent le « drop » du breakdown arrive après un silence ; la basse peut ajouter un sub drop.

Accordages

  • Drop A, drop G#, drop G sur 6 ou 7 cordes (Wikipédia cite le drop A et similaires pour le deathcore et des groupes comme Suicide Silence) ; 8 cordes et accordages encore plus bas dans certains groupes. Les accordages exacts varient selon le groupe et l'album.

Orchestre (symphonic deathcore)

  • Cordes et chœurs qui doublent ou harmonisent le tremolo, cuivres sur les accents.

Voicing

  • Power chords très graves, octaves, dyades dissonantes, accords mineurs en tremolo, harmoniques.

Progressions typiques

NomTonalitéAccordsDegrésComment l'utiliser
Breakdown phrygienla mineurA5 Bb5 A5 A5i bII i iLa seconde mineure sur la corde à vide la plus grave, en demi-tempo.
Dissonancela mineurA5 Eb5 A5 Bb5i bV i bIITriton et seconde mineure : le « stab » des breakdowns modernes.
Épique symphoniqueré mineurDm Bb F Ci VI III VIILa progression orchestrale du symphonic deathcore.
Cadence harmoniquedo mineurCm Ab G Cmi VI V iDominante majeure pour les climax orchestraux.
Tremolo chromatiquela mineurA5 Bb5 B5 C5i bII II IIIMontée chromatique sous le blast.
Riff death avec pédalesol# mineurG#5 A5 G#5 D5i bII i bVPédale sur la corde à vide en drop G# avec triton.

Rythme et groove

Contrastes extrêmes : blast beats très rapides (traditionnel, hammer, bomb), double grosse caisse, grooves syncopés, et surtout breakdowns lents (perçus à 60–90 BPM, souvent en demi-tempo ou en quart de tempo) avec grosse caisse à l'unisson des chugs. Silences soudains avant les « drops », triolets et figures syncopées (groupes de 3 doubles croches) dans les breakdowns, changements de tempo nets. Précision chirurgicale.

Batterie

Rôle

Batterie extrême et précise : elle passe du blast au breakdown en un instant. Modèles : Alex Rüdinger et Austin Archey (Lorna Shore, Whitechapel), Alex Lopez (Suicide Silence), Lee Stanton (Thy Art Is Murder), Ben Harclerode (Whitechapel).

Grosse caisse

  • Blast (alternée ou en doubles croches continues), double grosse caisse, unisson avec les chugs dans les breakdowns (avec des groupes de 3 doubles croches et des pauses).
  • Son déclenché avec un clic extrême (5–8 kHz) et un sub contrôlé.

Caisse claire

  • Blast ; sur le 3 ou toutes les 2 mesures dans les breakdowns (le « quart de tempo » rend le breakdown encore plus lent).

Cymbales

  • China en noires ou en blanches dans les breakdowns, crash et stack ; ride dans les blasts.

Interaction

  • Guitares, basse, grosse caisse et sub drop comme un seul coup ; silence total avant le breakdown.

Sections

  • Intro (orchestre ou riff) → blast avec tremolo → groove → pré-breakdown avec stop → breakdown → section symphonique ou mélodique → blast → breakdown final.

Breaks

  • Breaks de toms très rapides, breaks de grosse caisse (roulements de double grosse caisse), stops.

Sons

  • Samples modernes (grosse caisse claquante, caisse claire épaisse, toms profonds), production hyper-éditée.

Erreurs typiques

  • Breakdown sans silence et sans sub ; blast avec des cymbales qui couvrent tout ; grosse caisse qui disparaît sous les guitares accordées bas.

Basse

Son

Basse à 5–6 cordes accordée à l'extrême, bass split (sub propre + distorsion), souvent accompagnée de sub drops et de 808 dans les breakdowns.

Rôle

  • Unisson avec le riff ; dans les breakdowns, notes longues ou chugs avec la grosse caisse.

Rapport avec la grosse caisse

Les notes les plus graves (la1 environ 55 Hz, sol#1 environ 52 Hz, fa#1 environ 46 Hz dans les accordages extrêmes) se superposent à la grosse caisse : l'EQ dynamique et le sidechain sont obligatoires.

Exemples

  • Whitechapel — This Is Exile ; Lorna Shore — To the Hellfire ; Thy Art Is Murder — Reign of Darkness.

Instruments harmoniques

Superposition des guitares rythmiques (metal moderne)

  • Quad tracking : 4 prises séparées du même riff (jamais des copies : il faut les micro-différences pour la largeur), deux par côté : L100 + L80 et R100 + R80 (ou les quatre à L100/R100 si tu veux le maximum de largeur).
  • Amplis différents par côté ou par paire : par exemple Mesa/Boogie Dual Rectifier + Peavey/EVH 5150 (ou leurs simulations), ou le même ampli avec deux IR de baffle différentes (Mesa 4x12 avec V30 + Marshall 1960 avec Greenback). Sound On Sound suggère, pour des guitares enregistrées en live, deux amplis aux tons contrastés/complémentaires panoramiqués aux extrêmes.
  • Double vs quadruple : le double tracking (L100/R100) est plus défini et « serré » ; le quad tracking est plus grand mais moins précis. Le thrash et le death technique préfèrent 2 pistes très précises ; le metalcore, le deathcore et le djent modernes utilisent souvent 4 pistes ou 2 pistes + re-amp.
  • DI toujours enregistrée : elle permet de ré-amplifier (re-amp) et de changer de son au mixage.
  • Leads et harmonies : au centre ou L30/R30 (harmonies de tierce, une par côté), avec delay et réverbération ; la rythmique reste sèche.

Spécificités du deathcore

  • 6 cordes en drop A/G#/G ou 7–8 cordes, cordes très épaisses, micros actifs ; amplis high gain (5150/6505, Rectifier) ou simulations ; overdrive devant pour resserrer le grave extrême ; gate agressif.
  • Quad tracking pour les breakdowns ; tremolo et leads harmonisés au centre ou L30/R30.
  • Orchestre et chœurs (Lorna Shore, Shadow of Intent) : cordes, cuivres, chœurs comme dans le symphonic, au-dessus du registre des guitares.

Mélodie et voix

Voix

  • Growl guttural très grave (lows), scream aigu (highs), pig squeal (inspiré ou expiré avec une résonance « porcine »), « fry » et techniques extrêmes ; Will Ramos (Lorna Shore) est une référence moderne pour sa variété de timbres ; Mitch Lucker, Phil Bozeman, Alex Terrible.
  • La voix est rythmique et suit le breakdown ; les refrains mélodiques sont rares (parfois des chœurs ou des voix claires dans le deathcore symphonique).

Chœurs

  • Stacks de growls et de highs superposés (L/R), gang vocals dans les breakdowns, chœurs orchestraux.

Effets

  • Compression extrême, saturation, doublages serrés, parfois pitch shift vers le bas ou « layering » avec une octave ; peu de réverbération.

Instruments

  • Guitares à 6–8 cordes en accordages extrêmes.
  • Basse à 5–6 cordes, sub drop, 808.
  • Batterie déclenchée avec double grosse caisse.
  • Voix extrême (growl, scream, squeal).
  • Orchestre et chœurs (symphonic deathcore), synthés et samples.

Patterns de batterie

Synthés et sons

  • Augmented Strings — Orchestre: Cordes et cuivres du symphonic deathcore : tremolo de cordes et accords pleins au-dessus des breakdowns.
  • Augmented Voices — Chœurs: Chœurs épiques et liturgiques (style Lorna Shore) sur des progressions mineures.
  • Modular V — Bruits et drones: Drones graves, risers et bruits d'horreur pour les intros et les transitions.
  • Korg MS-20 V — Synthés agressifs et risers: Risers bruyants et sub drops (oscillateur sinusoïdal avec enveloppe de pitch).

Structure du morceau

Forme (3:30–6:00)

SectionMesuresCe qui se passe
Intro4–16Orchestre, riff ou cri initial
Riff A8Blast + tremolo
Couplet8–16Growl/scream, groove
Breakdown 18Chugs, china, demi-tempo
Section symphonique / mélodique8–16Orchestre, tremolo mélodique
Couplet 28–16
Breakdown final8–16Le plus lent et lourd, souvent après un silence
Outro4Orchestre ou stop

Mixage et mastering

Objectif sonore

Lourdeur extrême avec contrôle du grave : sub et guitares très graves sans boue, grosse caisse qui tranche, voix extrême intelligible comme « son », orchestre (s'il y en a un) au-dessus du mur. Références : Whitechapel — This Is Exile (2008), Suicide Silence — No Time to Bleed (2009), Thy Art Is Murder — Holy War (2015), Lorna Shore — Pain Remains (2022).

Grosse caisse

  • EQ : HP 30 Hz ; +4 dB à 50–60 Hz ; −8 dB à 300–400 Hz ; +6 dB à 5–8 kHz. Sample court ; clipper.

Caisse claire

  • EQ : +3 dB à 200 Hz ; −3 dB à 800 Hz ; +4 dB à 5 kHz ; samples ; room courte.

Cymbales

  • China −3 dB à 3–4 kHz ; overheads HP 500 Hz.
  • Bus batterie : 4:1, 3–4 dB.

Basse et sub

  • Bass split (sub LP 100 Hz, distorsion HP 200 Hz, +3 dB à 1 kHz) ; compression 10 dB.
  • Sub drop : 40 → 25 Hz, HP 20 Hz, sidechain depuis la grosse caisse ; limite le sub pour ne pas saturer le master.

Guitares

  • Quad L100/R100 + L80/R80 ; EQ : HP 60–80 Hz (drop A/G#) ; −4/−5 dB à 200–300 Hz ; EQ dynamique à 80–150 Hz ; +2 dB à 1 kHz ; −3 dB à 3–4 kHz ; LP 10 kHz.
  • Sidechain EQ dynamique depuis la grosse caisse (50–120 Hz, −3 dB).

Orchestre et chœurs

  • Au-dessus des guitares en fréquence (HP 200–300 Hz sur les cordes aiguës), un seul hall ; cuivres L/R.

Voix extrême

  • Lows : HP 70–80 Hz, −4 dB à 300–500 Hz, +2 dB à 1–2 kHz, compression 12 dB, saturation.
  • Highs : HP 200 Hz, −3 dB à 500 Hz, +3 dB à 3 kHz, compression 10 dB.
  • Layer lows + highs au centre ou L10/R10 ; room courte ou rien.

FX

  • Risers, impacts, reverses, silences automatisés.

Bus et groupes

  • Bus « low end » (grosse caisse + basse + sub + guitares sous 150 Hz) contrôlé en multibande ; bus guitares avec limiter léger.

Sidechain

  • Indispensable sur basse, sub et guitares depuis la grosse caisse.

Master

  • Cible : −7/−5 LUFS intégrés ; true peak −1/−2 dBTP. Contrôle le sub avec un analyseur : un excès à 30–50 Hz « mange » le limiter.

Erreurs courantes

  • Grave incontrôlé ; grosse caisse sans clic ; voix qui ressemblent à un bruit indistinct (il faut de la présence à 1–3 kHz) ; orchestre qui se perd.

Morceaux de référence pour le mixage

  • Job for a Cowboy — Entombment of a Machine (2005) ; Suicide Silence — You Only Live Once (2011) ; Whitechapel — This Is Exile (2008) ; Thy Art Is Murder — Holy War (2015) ; Lorna Shore — To the Hellfire (2021) ; Slaughter to Prevail — Bratva (2021).

Écoutes de référence

  • Despised Icon — Bulletproof Scales (2007)
  • Job for a Cowboy — Entombment of a Machine (2005)
  • Bring Me the Horizon — Pray for Plagues (2006)
  • Whitechapel — This Is Exile (2008)
  • Suicide Silence — You Only Live Once (2011)
  • Chelsea Grin — Recreant (2011)
  • Thy Art Is Murder — Holy War (2015)
  • Lorna Shore — To the Hellfire (2021)
  • Slaughter to Prevail — Bratva (2021)

Sources

Plus de genres Metal