Histoire et caractère
Trance psychédélique née au début des années 1990 à Goa (Inde), l'ancienne colonie portugaise devenue capitale hippie entre la fin des années 1960 et les années 1970. Dans les années 1980, les DJ des soirées sur la plage — dont Goa Gil — passaient des mix sur cassette échangés entre eux (hors du circuit des labels) mêlant EBM, new beat, synth-pop, acid house et techno, montés et ralentis pour des nuits en plein air. Entre 1991 et 1993, les soirées ont lieu à Bamboo Forest (Anjuna), Disco Valley (Vagator) et sur la plage d'Arambol ; à la même époque naît une production spécifique qui fusionne trance, EBM, rock psychédélique, acid house, new beat et musique classique indienne.
À partir de 1993, les soirées de style Goa se répandent dans le monde : à Londres avec Focal Point de Panjaea (1992), Megatripolis et Return to the Source (à partir de 1993, dernière soirée en 2002) ; l'Essential Mix « Goa Mix » de Paul Oakenfold (1994) amène le genre à l'attention mondiale. La « première vague » va généralement de 1994 à 1997, avec des artistes comme Juno Reactor, Hallucinogen (Simon Posford ; LSD, 1994 ; l'album Twisted, 1995), Astral Projection, Man With No Name, The Infinity Project, Doof, Etnica, Eat Static, X-Dream et Total Eclipse, et des labels comme Dragonfly, TIP, Flying Rhino et Blue Room Released (labels et liste cités de mémoire, pas tous vérifiés dans les sources de cette fiche). À partir de la fin des années 1990, le son évolue vers la psytrance ; depuis les années 2000, il existe un revival « néo-Goa ».
Esthétique : voyage psychédélique et spirituel, mélodies « orientales » et cosmiques, morceaux longs (8–12 minutes) qui montent jusqu'à un climax ; imaginaire de peintures fluorescentes, d'extraterrestres, d'hindouisme et de champignons ; samples vocaux issus de films de science-fiction.
Gammes et tonalités
Convention : les chiffres romains se réfèrent à la gamme majeure de même tonique (majuscule = majeur, minuscule = mineur, ° diminué, ø demi-diminué, + augmenté ; b/# = degré abaissé/haussé par rapport au majeur : en la mineur F = bVI, G = bVII). Les notes et les accords ci-dessous sont calculés de manière exacte sur la formule.
Phrygien
- Formule : 1 b2 b3 4 5 b6 b7 — pas : S T T T S T T
- Sur E (mi) : E F G A B C D (mi fa sol la si do ré)
- Triades diatoniques : Em i · F bII · G bIII · Am iv · Bdim v° · C bVI · Dm bvii
- Accords de quatre sons : Em7 i7 · Fmaj7 bIImaj7 · G7 bIII7 · Am7 iv7 · Bm7b5 vø7 · Cmaj7 bVImaj7 · Dm7 bvii7
- Note caractéristique : la b2 (F) : la couleur « oriental sombre » à la base de nombreux riffs Goa.
- Usage : basse drone sur la tonique, riffs de lead E–F–G–A, accords i–bII.
- Erreurs courantes : l'utiliser sans contraste : alterne-la avec des phrases sur la 5 et sur la b7.
Phrygien dominant
- Formule : 1 b2 3 4 5 b6 b7 — pas : S T+S S T S T T
- Sur E (mi) : E F G# A B C D (mi fa sol# la si do ré)
- Note caractéristique : b2 (F) et tierce majeure (G#) : la seconde augmentée F–G# est le son « indien/arabe » le plus reconnaissable de la Goa.
- Usage : leads squelchy et mélodies principales ; accords principaux E (I), F (bII), Am (iv), Dm (bvii).
- Erreurs courantes : jouer un G naturel dans la basse sous un lead avec G#.
Double harmonique (byzantine / raga Bhairav)
- Formule : 1 b2 3 4 5 b6 7 — pas : S T+S S T S T+S S
- Sur E (mi) : E F G# A B C D# (mi fa sol# la si do ré#)
- Note caractéristique : b2 (F), tierce majeure (G#), b6 (C) et septième majeure (D#) : deux tétracordes identiques avec seconde augmentée ; en tant qu'ensemble de notes, elle correspond au raga indien Bhairav (l'intonation indienne n'est toutefois pas tempérée).
- Usage : mélodies longues et « sacrées », riffs en doubles croches.
- Erreurs courantes : exagérer avec les secondes augmentées consécutives.
Mineur harmonique
- Formule : 1 2 b3 4 5 b6 7 — pas : T S T T S T+S S
- Sur A (la) : A B C D E F G# (la si do ré mi fa sol#)
- Triades diatoniques : Am i · Bdim ii° · Caug bIII+ · Dm iv · E V · F bVI · G#dim vii°
- Accords de quatre sons : Am(maj7) i(maj7) · Bm7b5 iiø7 · Cmaj7#5 bIII+maj7 · Dm7 iv7 · E7 V7 · Fmaj7 bVImaj7 · G#dim7 vii°7
- Note caractéristique : la sensible G# et la seconde augmentée F–G# : dramatique et « classique ».
- Usage : cadences i–V (Am–E) dans les climax, leads épiques.
- Erreurs courantes : G# sur des accords de G.
Mineur hongrois
- Formule : 1 2 b3 #4 5 b6 7 — pas : T S T+S S S T+S S
- Sur A (la) : A B C D# E F G# (la si do ré# mi fa sol#)
- Note caractéristique : #4 (D#) et 7 (G#) : deux secondes augmentées, couleur exotique intense.
- Usage : leads « tziganes » et psychédéliques sur pédale de la.
- Erreurs courantes : construire dessus des progressions d'accords : utilise-la pour les mélodies sur pédale.
Comment choisir entre les gammes
La basse reste sur une pédale de tonique (drone) ; les leads choisissent la couleur : phrygien pour le sombre, phrygien dominant / double harmonique pour l'« orient », mineur harmonique pour l'épique, mineur hongrois pour l'exotique intense. Un morceau Goa change souvent de mode sur la même pédale d'une section à l'autre (par ex. phrygien dans le build, phrygien dominant dans le climax).
Harmonie
Fonction
Modale et statique : drone/pédale de tonique dans la basse, harmonie implicite dans les mélodies. Les accords pleins sont rares ; pads et stabs soutiennent les modes.
Techniques
- Pédale avec mélodies modales superposées (contrepoint de 2–3 leads).
- I–bII (E–F) et i–bII–bIII–bII.
- Cadences i–V avec dominante majeure dans les climax.
- Arpèges en doubles croches avec delay calé sur le tempo.
Rythme harmonique
Fixe ; changements de mode ou de pad toutes les 16–32 mesures.
Exemples
- E en pédale + lead en phrygien dominant.
- Am–F–E (i–bVI–V) dans le climax.
Progressions typiques
| Nom | Tonalité | Accords | Degrés | Comment l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Drone | Mi (phrygien) | E5 | i5 | Bicorde à vide : la basse drone laisse aux leads le choix du mode. |
| Demi-ton oriental | Mi (phrygien dominant) | E F | I bII | Avec la tierce majeure sur E : le couple le plus typique de la Goa. |
| Phrygien circulaire | Mi mineur (phrygien) | Em F G F | i bII bIII bII | Mouvement qui monte et descend par degrés autour de la tonique. |
| Climax | La mineur | Am F E | i bVI V | La dominante majeure (mineur harmonique) pour le sommet du morceau. |
| Suspension | Ré mineur | Dm Eb/D | i bII/I | Le bII au-dessus de la pédale de D : tension psychédélique. |
Rythme et groove
- Feel : droit, swing 0, grosse caisse à la noire, basse en doubles croches (rolling .xxx ou doubles croches pleines avec accents) qui pulse sous tout le morceau.
- Percussions 909 en doubles croches, beaucoup de variations toutes les 4–8 mesures.
- Montée : couches ajoutées toutes les 4–8 mesures jusqu'au climax, puis amincissement.
Batterie
Grosse caisse
À la noire, basse et ronde avec un sub marqué ; moins courte que la psytrance moderne (années 1990 : 909 ou samples avec plus de queue), fondamentale 50–60 Hz.
Clap et caisse claire
Clap/caisse claire 909 sur 2 et 4 ; roulements de caisse claire 909 dans les transitions (souvent en doubles croches sur 2–4 mesures).
Charleston
Open hat 909 sur les contretemps, hats fermés en doubles croches ; ride dans certaines sections.
Percussions
Toms 909, perc synthétiques, samples ethniques (tabla, cloches), FX rythmiques « squelch ».
Dynamique et ghost notes
Accents de la boîte à rythmes ; variations par mute/unmute.
Interaction avec la basse
Basse drone en doubles croches sur la tonique entre les grosses caisses ; la grosse caisse doit être assez courte pour ne pas entrer en collision.
Sections
Longue intro, build par couches, main avec lead 1, break avec sample vocal et pad, build, climax avec lead 2 et contre-mélodies, outro.
Fills et transitions
Roulement de caisse claire 909, sweep de filtre, stop, crash.
Choix des sons
909, échantillonneurs Akai/Yamaha/Ensoniq, sons un peu « années 1990 » (moins compressés).
Erreurs typiques
Grosse caisse moderne trop courte et clinique ; trop de compression ; aucune évolution des couches.
Basse
- Son : synthé à dent de scie ou carrée filtré (Juno, SH-101, MS-10, Bass Station, TB-303), drone en doubles croches, parfois avec une légère ouverture du filtre à chaque note.
- Registre : E1–E2.
- Avec la grosse caisse : sur les doubles croches entre les grosses caisses (.xxx) ou doubles croches pleines avec la note du temps fort plus courte.
- Notes : tonique ; octaves occasionnelles.
- Rythme : doubles croches constantes pendant des minutes : c'est le « moteur ».
Instruments harmoniques
Pads cosmiques (Juno, Jupiter), stabs, arpèges, sitar et instruments indiens samplés, cordes synthétiques dans les climax.
Mélodie et voix
- Leads : squelchy (dent de scie à travers un filtre résonant), TB-303, leads FM ; longues mélodies en doubles croches en phrygien/phrygien dominant ; 2–3 leads en contrepoint dans le climax.
- Voix : samples de films de science-fiction, discours sur le psychédélisme et la spiritualité, chants indiens.
- Effets : delay calé sur le tempo (croche pointée, 3/16), reverbs longues, flanger, phaser, pitch bend, résonances.
Instruments
Roland TB-303, Juno-60/106, SH-101, Korg MS-10, Novation Bass-Station, Roland TR-909, échantillonneurs Akai, Yamaha et Ensoniq, effets outboard (delay, flanger), samples d'instruments indiens.
Patterns de batterie
Synthés et sons
- Korg MS-20 V — Lead squelchy: Dent de scie à travers le filtre LP résonant avec env rapide : le lead « squelch » Goa ; proche du MS-10 utilisé dans la scène.
- Jun-6 V — Pad et basse drone: Pads cosmiques avec Chorus II ; basse en dent de scie avec filtre fermé en doubles croches.
- Mini V — Basse: Basse pulsante en doubles croches, decay 80–120 ms.
- ARP 2600 V — FX: Sample & hold, ring mod et bruit pour des FX psychédéliques.
- DX7 V — Leads FM et cloches: Timbres métalliques et « extraterrestres ».
- Jup-8 V — Pad et cordes: Pads larges et cordes synthétiques dans les climax.
Structure du morceau
| Section | Mesures | Contenu |
|---|---|---|
| Intro | 32 | grosse caisse, basse drone, perc |
| Build | 32 | couches toutes les 4–8, premier lead filtré |
| Main 1 | 32–64 | lead 1 |
| Break | 16–32 | sample vocal, pad, sans grosse caisse |
| Build | 16 | roulement de caisse claire |
| Climax | 32–64 | lead 1+2, contre-mélodies |
| Outro | 32 |
8–12 minutes.
Mixage et mastering
Objectif sonore
Chaud et psychédélique, années 1990 : low-end plein mais moins « clinique » que la psy moderne, leads squelchy brillants, grand espace stéréo avec delays, dynamique plus ample. Références : Hallucinogen — LSD, Juno Reactor, Astral Projection (années 1990).
Grosse caisse
HP 30 Hz ; +2 dB à 55 Hz ; −3 dB à 300 Hz ; +1 dB à 3 kHz ; compression légère ; mono.
Basse drone
HP 30 Hz ; LP 600 Hz–1 kHz ; compression 3:1 ; mono ; sidechain léger (2–4 dB) ou aucun.
Clap/caisse claire 909
HP 200 Hz ; plate 1,5 s ; centré.
Charleston et perc
HP 500 Hz ; LP 14 kHz ; panoramique large ; delay 1/16.
Leads squelchy
HP 200 Hz ; dynamic EQ sur les résonances 1–4 kHz ; delay croche pointée ping-pong ; flanger/phaser ; reverb 2–3 s ; panoramique G/D pour les leads en contrepoint.
Pads et cordes
HP 250 Hz ; hall 4–6 s ; larges.
Samples vocaux
HP 150 Hz ; delay et reverb longs ; centrés.
Bus et groupes
Bus kick-bass, bus batterie, bus leads, bus FX ; bande.
Sidechain
Pads 4–6 dB ; reverbs 4 dB.
Master
EQ → bande → compresseur 1–2 dB → limiter. Cible −9/−7 LUFS intégrés (les pressages d'origine étaient plus dynamiques), true peak −1 dBTP, crest factor 8–10 dB.
Erreurs courantes
Résonances stridentes ; trop de leads au même point stéréo ; master moderne trop écrasé.
Morceaux de référence pour le mixage
- Hallucinogen — LSD (1994)
- Hallucinogen — Twisted (album, 1995)
Écoutes de référence
- Paul Oakenfold — Goa Mix (Essential Mix, 1994)
- Hallucinogen — LSD (1994)
- Hallucinogen — Twisted (1995, album)
- Hallucinogen — The Lone Deranger (1997, album)