ClassiqueTempi très flexibles et scènes continues : Singspiel et Weber ♩≈60–140 par numéro ; Wagner avec de longues arches lentes BPM8 progressions

Opéra allemand

Histoire et caractère

L'opéra en langue allemande naît du Singspiel du XVIIIe siècle (numéros chantés alternant avec des dialogues parlés, sujets populaires et féeriques) : les chefs-d'œuvre sont de Mozart, Die Entführung aus dem Serail (Vienne, 1782) et Die Zauberflöte (1791), et de Beethoven, Fidelio (1805, version définitive 1814), opéra de délivrance avec dialogues parlés et un grand finale choral. L'opéra romantique allemand naît avec Carl Maria von Weber, Der Freischütz (Berlin, 1821) : forêts, chasseurs, le surnaturel (la scène de la Gorge-aux-Loups), chœurs populaires, orchestre coloré. Suivent Heinrich Marschner (Der Vampyr), Albert Lortzing, Otto Nicolai, Louis Spohr.

Avec Richard Wagner (1813–1883), l'opéra devient drame musical (Musikdrama) : après Der fliegende Holländer (1843), Tannhäuser (1845) et Lohengrin (1850), Wagner théorise le Gesamtkunstwerk (œuvre d'art totale qui unit poésie, musique et scène) et écrit lui-même ses livrets ; il abandonne les numéros fermés au profit d'une mélodie infinie continue, construite sur un réseau de leitmotive (motifs conducteurs associés à des personnages, des objets, des idées) développés surtout par l'orchestre. Der Ring des Nibelungen (quatre opéras : Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung ; première exécution complète en 1876), Tristan und Isolde (Munich, 1865), Die Meistersinger von Nürnberg (1868), Parsifal (1882) changent l'histoire de la musique ; le Festspielhaus de Bayreuth (1876), avec sa fosse d'orchestre couverte et presque invisible, est né pour ces œuvres.

Après Wagner : Engelbert Humperdinck (Hänsel und Gretel, 1893), Richard Strauss (Salome 1905, Elektra 1909, Der Rosenkavalier 1911, Ariadne auf Naxos, Die Frau ohne Schatten, Capriccio), Hans Pfitzner, Erich Wolfgang Korngold (Die tote Stadt, 1920), l'expressionnisme et l'atonalité d'Alban Berg (Wozzeck 1925, Lulu) et de Schoenberg (Erwartung, Moses und Aron), le théâtre épique de Kurt Weill et Bertolt Brecht (Die Dreigroschenoper 1928, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny), Paul Hindemith (Mathis der Maler). La ligne wagnérienne des leitmotive est l'ancêtre direct de la musique de film hollywoodienne.

Gammes et tonalités

Du tonal-classique du Singspiel au chromatisme wagnérien et à l'atonalité de Berg. Chiffres romains en mineur relatifs au mineur naturel.

Majeur et mineur (Singspiel, Weber)

  • Majeur 1 2 3 4 5 6 7 — mi bémol majeur : Eb F G Ab Bb C D (tonalité de la Zauberflöte, avec les trois accords solennels de l'ouverture). Mineur harmonique 1 2 b3 4 5 b6 7 — do mineur : C D Eb F G Ab B.
  • Accords : I ii iii IV V vi vii° / i ii° III iv V VI vii° ; la septième diminuée est le son du surnaturel chez Weber (Gorge-aux-Loups, en fa dièse mineur et do mineur).
  • Usage : airs strophiques et populaires (le chœur des chasseurs du Freischütz, en ré majeur), marches, chorals.

Chromatisme wagnérien

  • Base : tonalité majeure/mineure, mais chaque voix peut se mouvoir par demi-ton ; les accords sont souvent des appoggiatures non résolues ou résolues sur d'autres accords dissonants.
  • Exemple : accord de Tristan F B D# G# (Prélude de Tristan und Isolde) : enharmoniquement un demi-diminué (F Ab Cb Eb), il se déplace sur E7 (V7 de la mineur) sans arriver à la tonique. Note caractéristique : le G# qui monte vers A (appoggiature) et la descente chromatique F → E à la basse.
  • Erreur fréquente : penser que Wagner est « atonal » : la tonalité est là, mais la résolution est sans cesse différée.

Diatonique « naturel » wagnérien

  • Das Rheingold commence par une pédale de mi bémol majeur qui dure 136 mesures (un seul accord arpégé en crescendo : la nature primordiale du Rhin). Diatonique pur, harmoniques naturels des cors.
  • Le motif de l'épée, du Walhalla, les fanfares : triades majeures pures pour le monde des dieux et des héros.

Modes et gammes symboliques

  • Choral et modes ecclésiastiques (Parsifal : le motif du Graal cite le « Dresdner Amen », une formule liturgique luthérienne ; Meistersinger : choral et style « ancien »).
  • Gamme par tons entiers et augmentées : les motifs du sommeil et de la magie (Ring : motif du Tarnhelm construit sur deux triades mineures à distance de tierce majeure, sol# mineur → mi mineur, couleur mystérieuse ; Strauss, Salome).
  • Bitonalité (Strauss, Elektra : accord de mi majeur + ré bémol/do# majeur).

Dodécaphonie et atonalité (Berg, Schoenberg)

  • Série dodécaphonique : ordre des 12 sons choisi par le compositeur, utilisé sous forme originale, inversée, rétrograde, rétrograde de l'inversion et transposée. Berg choisit des séries avec des triades (Concerto pour violon ; Lulu) pour conserver un « souvenir » tonal.
  • Atonalité libre (Wozzeck) : aucune tonique ; organisation par formes instrumentales fermées (passacaille, suite, sonate, inventions) à l'intérieur des scènes.

Comment choisir

Diatonique pour la nature, les dieux, les héros et le peuple ; chromatisme pour le désir, la nuit, la passion ; septième diminuée pour le surnaturel romantique ; gamme par tons entiers/augmentées pour la magie ; atonalité pour l'expressionnisme et la psyché désagrégée.

Harmonie

Le leitmotiv comme base harmonique

Chaque leitmotiv a un profil mélodique, rythmique et harmonique (par ex. le motif du Walhalla : choral de cuivres en ré bémol majeur ; le motif de l'anneau : triades brisées et septièmes). Wagner construit les scènes en combinant, transformant et superposant des motifs : l'harmonie est le résultat de ce contrepoint de motifs.

Techniques

  • Mélodie infinie : cadences évitées (V → vi, V → bVI, V → autre dominante), fondus d'une phrase dans la suivante ; cadences parfaites seulement aux points structurels (fin d'acte, Liebestod : la résolution sur si majeur après quatre heures de Tristan).
  • Accords demi-diminués et diminués comme charnières ; appoggiatures très longues ; séquences chromatiques ascendantes pour la montée du désir (Tristan, acte II).
  • Médiantes chromatiques et transformations néo-riemanniennes (Tarnhelm : sol# mineur → mi mineur ; le « monde magique »).
  • Pédales (Rheingold : pédale de mi bémol ; Götterdämmerung : longues pédales de dominante).
  • Modulation continue, souvent par conduite des voix (un demi-ton change l'accord et la tonalité).
  • Chorals en harmonie diatonique à 4 voix (Meistersinger, Parsifal) par contraste.

Strauss et au-delà

Accords de neuvième et de treizième, polytonalité, glissandi harmoniques, valse viennoise stylisée avec des harmonies « décadentes » (Der Rosenkavalier). Berg : atonalité avec des « îlots » tonaux (l'interlude en ré mineur de Wozzeck, acte III).

Voicing orchestral wagnérien

Les cuivres comme « chœur » (4 tubas wagnériens + 8 cors dans le Ring, 3 trompettes et trompette basse, 4 trombones avec trombone contrebasse, tuba contrebasse), cordes divisées en de nombreuses parties (Prélude de Lohengrin : violons divisés en huit dans un registre suraigu), bois par trois ou quatre ; mélanges par « fusion » plutôt que par contraste.

Progressions typiques

NomTonalitéAccordsDegrésComment l'utiliser
Ouverture de Tristanla mineurFm7b5 E7 Abm7b5 G7viø7 V7 | sequenza: V7/IIILe geste initial du Prélude (1859, première exécution 1865) : le violoncelle monte la–fa–mi–ré#, l'accord F–B–D#–G# (Tristan) se déplace sur E7, puis la séquence se répète une tierce mineure plus haut (vers G7) et encore plus haut (vers B7, ici omis). Symboles d'accords indicatifs (les accords « Tristan » sont écrits enharmoniquement comme demi-diminués) : l'essentiel est la dominante qui ne résout jamais.
Tarnhelm (magie)sol dièse mineurG#m Em G#mi bvi iDeux triades mineures à distance de tierce majeure (le VI abaissé et rendu mineur par rapport à sol#) : le motif du heaume magique dans le Ring. Ancêtre du « son du méchant » hollywoodien (i–vi mineur).
Dresdner Amen (Graal)la bémol majeurAb Db Bbm Eb AbI IV ii V ILa formule liturgique ascendante (sol–la–si–do… dans le modèle luthérien) que Wagner utilise comme motif du Graal dans Parsifal : diatonique et sacrée, en contraste avec le chromatisme de Kundry et Klingsor. Accords simplifiés.
Pédale du Rhinmi bémol majeurEb Eb Eb EbI I I IDas Rheingold : 136 mesures d'un seul accord de mi bémol majeur (d'abord la seule tonique aux contrebasses, puis la quinte, puis l'arpège des cors et les cordes en vagues) : la stase diatonique comme image de la nature.
Liebestod (résolution finale)si majeurEm/G B/F# F#7 Biv6 I6/4 V7 IAprès un opéra entier de dominantes non résolues, le Liebestod d'Isolde arrive à une cadence (avec une plagale mineure et la dernière apparition de l'accord de Tristan qui se dénoue) sur si majeur. Réduction simplifiée.
Surnaturel wébérienfa dièse mineurF#m E#dim7 F#m Cdim7 C#7 F#mi vii°7 i #iv°7 V7 iSeptièmes diminuées et trémolos de cordes avec timbales : la Gorge-aux-Loups du Freischütz (1821). Le diminué est l'accord « démoniaque » de l'opéra romantique.
Choral des Meistersingerdo majeurC G/B Am F G CI V6 vi IV V ILe choral d'ouverture de l'acte I des Meistersinger (1868) : harmonie diatonique à 4 voix de style luthérien, opposée aux chromatismes des scènes d'amour. Accords simplifiés.
Valse du Rosenkavaliermi majeurE C#m7 F#m7 B7 EI vi7 ii7 V7 ILa valse viennoise stylisée de Strauss (1911), avec appoggiatures chromatiques et harmonies « décadentes » qui enrichissent une cadence classique. Schéma indicatif.

Rythme et groove

  • Singspiel : numéros métriques clairs (marches, airs strophiques, Lied populaire), dialogues parlés sans musique.
  • Weber : rythmes de chasse (6/8 des cors), valses et Ländler paysans, marches ; scènes surnaturelles avec rythmes brisés et trémolos.
  • Wagner : flux continu, mètres réguliers mais phrases asymétriques, tempi lents et grandes arches ; rythmes caractéristiques des leitmotive (la chevauchée des Walkyries en 9/8 avec figure pointée ; le motif des Nibelungen avec les enclumes en rythme pointé obsédant ; la marche funèbre de Siegfried) ; récitatif intégré au déclamé.
  • Strauss : valse viennoise (Rosenkavalier), rythmes nerveux et changeants (Salome, Elektra), danse des sept voiles.
  • Berg : formes rythmiques structurelles (Wozzeck : invention sur un rythme, acte III, scène 3).
  • Weill : rythmes de cabaret, fox-trot, tango, shimmy de la musique de danse des années 1920.

Batterie

Les percussions dans l'opéra allemand

  • Timbales : tension et surnaturel (Weber, Freischütz : coups de timbale dans la Gorge-aux-Loups) ; Wagner utilise 2 paires de timbales dans le Ring, des roulements très longs, des ostinatos (le rythme de Siegfried) ; Strauss (Salome, Elektra) jusqu'à 6–8 timbales.
  • Enclumes : 18 enclumes accordées dans Das Rheingold (scène du Nibelheim) jouent le rythme pointé des Nibelungen.
  • Cloches (Parsifal : les cloches du Graal, réalisées de diverses façons selon les productions : cloches tubulaires, instruments à cordes « cloche », synthétiseurs ou échantillons), tam-tam, cymbales, grosse caisse, triangle, glockenspiel (Mozart, Zauberflöte : le glockenspiel magique de Papageno, aujourd'hui souvent joué au célesta ou au clavier à percussion), machine à tonnerre (Rheingold).
  • Musique turque dans le Singspiel « à la turque » (Mozart, Entführung : grosse caisse, cymbales, triangle, piccolo).

Comment elles pensent le rythme

Les percussions sont symboliques et descriptives : elles représentent des objets et des mondes (les enclumes des Nibelungen, les cloches du Graal, le tonnerre de Donner). Elles ne tiennent pas le tempo ; elles préparent et soulignent les sommets par des roulements et des coups.

Erreurs typiques

Percussions constantes sous le déclamé ; timbales privées de leur fonction harmonique ; ignorer la fosse couverte de Bayreuth (où les cuivres et les percussions arrivent « fondus » et moins agressifs).

Basse

  • Contrebasses (8 dans le Ring), violoncelles divisés, bassons et contrebasson, clarinette basse (fondamentale chez Wagner : le monologue du roi Marke dans Tristan), trombone basse et trombone contrebasse, tuba contrebasse, tubas wagnériens graves.
  • Lignes : pédales énormes (Rheingold), basses chromatiques descendantes (douleur, nuit), basses ostinato en figures rythmiques des leitmotive, basses « en choral » dans les scènes sacrées.
  • Voix graves : basse (Sarastro dans la Zauberflöte, jusqu'au fa2 ; Hagen, Gurnemanz, roi Marke), basse-baryton wagnérien (Wotan, Hans Sachs, le Hollandais) avec tessiture ample et grande endurance.
  • Fréquences : l'orchestre wagnérien descend sous les 40 Hz (contrebasses, tuba contrebasse, trombone contrebasse) ; à Bayreuth la fosse couverte atténue les hautes fréquences et fond les basses.

Instruments harmoniques

  • Cordes nombreuses (16 violons I, 16 violons II, 12 altos, 12 violoncelles, 8 contrebasses dans le Ring) avec divisis extrêmes (Lohengrin, Prélude).
  • Bois par 3–4 : hautbois, cor anglais (le « berger » de l'acte III de Tristan, solo très long), clarinettes, clarinette basse, bassons.
  • Cuivres wagnériens : 8 cors (4 alternent avec les tubas wagnériens, instruments créés pour le Ring), 3 trompettes + trompette basse, 3 trombones + trombone contrebasse, tuba contrebasse : « chœur » de cuivres pour le Walhalla, les fanfares, les leitmotive héroïques.
  • Harpes (6 harpes dans le Ring pour l'arc-en-ciel du finale de Rheingold).
  • Célesta et glockenspiel (Zauberflöte ; Strauss, Rosenkavalier : la présentation de la rose d'argent avec célesta, flûtes et harpes).
  • Voicing : mélanges de familles différentes (cors + violoncelles + clarinettes) pour des sonorités « chaudes » et fondues ; cuivres en position serrée pour les chorals ; cordes divisées suraiguës pour l'éthéré.

Mélodie et voix

  • Singspiel : airs strophiques et populaires (Papageno), airs virtuoses (Reine de la nuit : « Der Hölle Rache », jusqu'au fa6), airs solennels (Sarastro), chœurs de style maçonnique.
  • Weber : mélodies populaires, chœurs de chasseurs, airs avec prière et scène (Agathe).
  • Wagner : déclamé mélodique qui suit le rythme de la parole allemande (Stabreim, allitération dans les livrets du Ring) ; la mélodie principale passe souvent à l'orchestre pendant que la voix déclame ; grands monologues et duos (Tristan, acte II ; adieux de Wotan) ; le Liebestod comme apogée lyrique.
  • Voix wagnériennes : Heldentenor (Siegfried, Tristan, Tannhäuser : ténor dramatique à l'endurance énorme), soprano dramatique (Brünnhilde, Isolde), mezzo-soprano (Fricka, Brangäne, Kundry), basse-baryton (Wotan, Sachs). Vibrato ample et voix capable de dominer un orchestre de 100 musiciens.
  • Strauss : soprano lyrico-dramatique avec lignes très longues et aiguës (Maréchale, Salome, Elektra), trio final du Rosenkavalier à trois voix féminines.
  • Berg : Sprechstimme (chant parlé), déclamé expressionniste, grands intervalles.
  • Weill : chanson de cabaret, voix « non lyrique » (Lotte Lenya).
  • Chœur : pèlerins (Tannhäuser), chœur nuptial (Lohengrin, « Treulich geführt »), chœurs de vassaux (Götterdämmerung), chœur final des Meistersinger.

Instruments

Orchestre wagnérien : piccolo, 3 flûtes, 3 hautbois, cor anglais, 3 clarinettes, clarinette basse, 3 bassons, contrebasson ; 8 cors (4 aussi tubas wagnériens ténors et basses), 3 trompettes, trompette basse, 3 trombones, trombone contrebasse, tuba contrebasse ; timbales (2 paires), grosse caisse, cymbales, triangle, tam-tam, glockenspiel, enclumes, machine à tonnerre, cloches ; 6 harpes ; cordes 16-16-12-12-8 ; chez Strauss aussi célesta, heckelphone, petite clarinette, orgue ; dans le Singspiel orchestre classique avec musique turque et glockenspiel ; dans le théâtre de Weill ensemble de cabaret (sax, banjo, piano, batterie). Voix solistes et chœur.

Patterns de batterie

Synthés et sons

  • Piano V — Réductions pour chant et piano: Pour étudier les scènes wagnériennes et straussiennes au piano : les réductions de Wagner demandent un timbre plein et une bonne pédale.
  • Augmented Strings — Cordes divisées éthérées: Pour esquisser le Prélude de Lohengrin ou les sonorités aiguës divisées : règle des attaques lentes, peu de vibrato et une réverbération de grande salle.
  • Augmented Voices — Chœurs de pèlerins et de chevaliers: Pour tester l'équilibre des chœurs dans une orchestration wagnérienne.
  • Synclavier V — Cloches du Graal: Les cloches de Parsifal ont été réalisées de bien des façons : la synthèse additive/FM du Synclavier permet des cloches graves accordées (do–sol–la–mi) quand on n'a pas de librairie adaptée.
  • B-3 V — Orgue de scène (ébauche): Pour les scènes d'église (Meistersinger, acte I) comme appui provisoire ; le son final se fait avec un orgue à tuyaux.

Structure du morceau

Singspiel

Ouverture – numéros musicaux fermés (airs, duos, trios, chœurs, finales concertants) alternant avec des dialogues parlés ; 2 actes.

Opéra romantique (Weber, premier Wagner)

Numéros encore reconnaissables mais reliés par des scènes ; ouverture qui présente les thèmes principaux (Freischütz, Holländer, Tannhäuser).

Drame musical wagnérien

  • Actes continus (60–120 minutes chacun) sans numéros fermés ; préludes orchestraux à la place de l'ouverture ; scènes et « périodes » (Alfred Lorenz a analysé des formes en arche et des Bar-form A–A–B à l'intérieur des scènes ; son analyse est aujourd'hui discutée).
  • Bar-form (Stollen–Stollen–Abgesang, AAB) : Wagner l'utilise explicitement dans les Meistersinger (la chanson de Walther).
  • Leitmotive en réseau : dans le Ring, on a catalogué plus de cent motifs (le nombre varie selon les analystes).
  • Durées : Das Rheingold (environ 2 h 30, acte unique), Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung (environ 4–5 h chacun), Tristan (environ 4 h), Parsifal (environ 4 h 15).

Strauss et Berg

Acte unique continu (Salome, Elektra), comédie en musique en 3 actes avec valse et trio final (Rosenkavalier) ; Wozzeck : 3 actes de 5 scènes chacun, chaque scène construite sur une forme instrumentale fermée.

Arrangement

Le drame est confié à l'orchestre : les leitmotive entrent dans les instruments qui en sont les « porteurs » (cuivres pour le Walhalla, bois pour l'oiseau de la forêt, cordes pour le désir) ; les climax coïncident avec la superposition de plusieurs motifs et le tutti ; les scènes lyriques avec orchestre réduit (cordes divisées, bois seuls).

Mixage et mastering

Objectif sonore

Restituer le son wagnérien : un orchestre énorme mais fondu et chaleureux, des voix de grande puissance qui dialoguent avec lui sans être submergées, de la profondeur de scène, des basses riches, des dynamiques extrêmes. Référence historique absolue : le Ring de Georg Solti produit par John Culshaw pour Decca (Wiener Philharmoniker, 1958–1965), premier Ring complet en studio, avec une mise en ondes stéréo (déplacements sur scène, effets comme les enclumes et le tonnerre, positions des chanteurs) ; puis les enregistrements live de Bayreuth (Böhm, Boulez, Barenboim, Thielemann) avec le son « fondu » de la fosse couverte.

Voix

  • Micros à 1–2 m en studio (positions de scène marquées) ou micros de rampe en live ; passe-haut 70–90 Hz (basses 60) ; −1/−2 dB à 200–300 Hz ; présence naturelle (le formant du chanteur à 2,5–3,5 kHz suffit à passer au-dessus de l'orchestre : évite les boosts agressifs).
  • Aucune compression apparente ; automation des faders pour les passages pianissimo/fortissimo.
  • Panoramique et profondeur selon la scène (duos, déplacements, voix hors scène avec plus de réverbération).

Orchestre

  • Decca tree + outrigger + ambiance ; spots sur les sections (cors et tubas wagnériens à part, harpes, percussions spéciales).
  • Cordes : passe-haut par section, −1/−2 dB à 300 Hz ; dans les divisis aigus (Lohengrin) +1 dB à 10–12 kHz pour l'air.
  • Cuivres wagnériens : cors et tubas à gauche au fond, trompettes et trombones à droite au fond, tuba contrebasse à droite ; aucune compression ; dans les fff −1/−2 dB à 2–3 kHz sur les trompettes.
  • Bois : spots pour les solos (cor anglais de Tristan, clarinette basse), plus présents dans les passages solistes avec automation.
  • Harpes : spots proches, panoramique réparti (6 harpes dans le Ring : L/R).
  • Percussions spéciales : enclumes (spot avec réverbération et position « sous terre », c'est-à-dire plus éloignée), tonnerre (impulsion grave avec longue réverbération), cloches du Graal (réverbération de cathédrale).
  • Espace : théâtre ou grande salle 1,6–2,2 s ; à Bayreuth la fosse couverte réduit les hautes fréquences de l'orchestre (dans un mix « façon Bayreuth » on garde l'orchestre légèrement plus sombre et fondu, −1/−2 dB au-dessus de 5 kHz).

Chœur

Couple au-dessus du chœur + spots ; réverbération commune ; chœurs hors scène (pèlerins au loin) avec plus de réverbération et passe-bas doux.

Singspiel et Weill

  • Singspiel : orchestre classique léger, dialogues parlés avec micros proches et peu de réverbération (ils ne doivent pas sembler dans une autre pièce que le chant, mais la voix parlée doit être plus « proche »).
  • Weill : son d'ensemble de cabaret, voix plus proches et « non lyriques », guitare/banjo et sax présents, réverbération de club (0,8–1,2 s).

Avec des librairies virtuelles

  • Cors à 8 (deux patchs de 4 ou patch « 8 horns »), tubas wagnériens (certaines librairies les incluent : sinon cors graves + trombones en pianissimo), grandes sections de cordes, harpes multiples.
  • Leitmotive : confie chaque motif à la même couleur instrumentale pour la cohérence ; dessine des crescendos très longs avec CC1.

Bus et groupes

Voix, chœur, cordes, bois, cors/tubas, trompettes/trombones/tuba, percussions, harpes/célesta, hors scène ; réverbération de théâtre commune + longue réverbération pour le hors scène.

Sidechain

Non.

Master

  • Cible indicative : −22/−18 LUFS intégrés pour les enregistrements complets, short-term dans les fff −10/−8, true peak −1 dBTP, LRA 15–25 LU.
  • Chaîne : EQ minimale, aucune compression, limiteur transparent uniquement sur les pics.

Erreurs courantes

  • Voix enterrées dans les tutti wagnériens ou, au contraire, trop proches et « studio pop ».
  • Cuivres durs et envahissants (chez Wagner ils doivent être puissants mais fondus).
  • Basses gonflées (orchestre + scène + salle).
  • Compression pour uniformiser : on perd les arches dynamiques de scènes de 20 minutes.

Morceaux de référence pour le mixage

  • Wagner — Der Ring des Nibelungen (Solti, Wiener Philharmoniker, Decca 1958–1965, prod. John Culshaw).
  • Wagner — Tristan und Isolde (Carlos Kleiber, Staatskapelle Dresden, DG 1982).
  • Mozart — Die Zauberflöte (enregistrements de référence en studio).
  • Strauss — Der Rosenkavalier, trio final (enregistrements de référence).
  • Berg — Wozzeck (enregistrements de référence).

Écoutes de référence

  • Wolfgang Amadeus Mozart — Die Entführung aus dem Serail, K. 384 (1782)
  • Wolfgang Amadeus Mozart — Die Zauberflöte, K. 620 (1791)
  • Ludwig van Beethoven — Fidelio, op. 72 (1814)
  • Carl Maria von Weber — Der Freischütz (1821)
  • Richard Wagner — Der fliegende Holländer: Ouverture (1843)
  • Richard Wagner — Lohengrin: Preludio al I atto (1850)
  • Richard Wagner — Tristan und Isolde: Preludio e Liebestod (1865)
  • Richard Wagner — Die Meistersinger von Nürnberg: Preludio (1868)
  • Richard Wagner — Die Walküre: Cavalcata delle Valchirie (1870)
  • Richard Wagner — Götterdämmerung: Marcia funebre di Sigfrido (1876)
  • Richard Wagner — Parsifal: Preludio (1882)
  • Engelbert Humperdinck — Hänsel und Gretel (1893)
  • Richard Strauss — Der Rosenkavalier: trio finale (1911)
  • Alban Berg — Wozzeck (1925)
  • Kurt Weill — Die Dreigroschenoper: Die Moritat von Mackie Messer (1928)

Sources

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