Histoire et caractère
Le premier romantisme (vers 1810–1850) naît du dernier Beethoven et de la littérature romantique allemande (Goethe, Schiller, Novalis, Heine, E. T. A. Hoffmann, qui définit en 1810 la musique instrumentale comme « le plus romantique de tous les arts »). Les protagonistes : Franz Schubert (1797–1828 ; plus de 600 lieder, dont Erlkönig 1815, les cycles Die schöne Müllerin 1823 et Winterreise 1827 ; la Symphonie « Inachevée » 1822 ; le Quintette « La Truite » ; la Symphonie « La Grande » en do majeur), Carl Maria von Weber (Der Freischütz, 1821, fondateur de l'opéra romantique allemand), Felix Mendelssohn (ouverture du Songe d'une nuit d'été 1826, Les Hébrides 1830, Symphonies « Écossaise » et « Italienne », Concerto pour violon en mi mineur 1844 ; redécouverte de la Passion selon saint Matthieu de Bach en 1829), Robert Schumann (Carnaval, Kinderszenen, Kreisleriana, la « Liederjahr » 1840 avec Dichterliebe et Frauenliebe und -leben, quatre symphonies, Concerto pour piano), Fryderyk Chopin (nocturnes, ballades, scherzos, études, préludes op. 28, mazurkas, polonaises, valses, deux concertos), Hector Berlioz (Symphonie fantastique 1830, avec l'« idée fixe » ; le Traité d'instrumentation 1844), le jeune Franz Liszt (virtuose, Études d'exécution transcendante, transcriptions), Niccolò Paganini (24 Caprices), John Field (inventeur du nocturne), Fanny Mendelssohn Hensel et Clara Wieck Schumann.
Les traits nouveaux : la primauté de l'expression individuelle et du sentiment (Sehnsucht, nostalgie, nuit, nature, fantastique) ; le piano comme instrument central (double échappement Érard 1821, cadre métallique, pédale de résonance utilisée en continu) ; le lied et la pièce de caractère brève (nocturne, impromptu, moment musical, romance sans paroles, étude de concert) à côté des grandes formes ; le virtuosité comme spectacle (Paganini, Liszt) ; la musique à programme (Berlioz) et le lien avec la littérature et la peinture ; la couleur orchestrale comme valeur en soi. La forme sonate et le cycle symphonique demeurent, mais s'élargissent : modulations à la tierce, thèmes lyriques plus longs, liens cycliques entre mouvements.
Gammes et tonalités
La base reste la tonalité majeure/mineure, mais employée avec la mixture (échanges entre majeur et mineur parallèle), un chromatisme expressif et des couleurs modales empruntées au folklore. Chiffrage romain en mineur relatif au mineur naturel.
Majeur avec mixture (le « majeur schubertien »)
- Base 1 2 3 4 5 6 7 — do majeur : C D E F G A B ; emprunts au mineur parallèle : b3 (Eb), b6 (Ab), b7 (Bb).
- Accords empruntés : i (Cm), ii° (D°), bIII (Eb), iv (Fm), bVI (Ab), bVII (Bb).
- Note caractéristique : la b6 qui descend sur la 5 (Ab–G) : l'ombre soudaine dans un contexte lumineux.
- Usage : thèmes qui passent du majeur au mineur sur la même tonique (Schubert le fait sans cesse : le sourire qui s'assombrit).
- Exemple : Schubert — Winterreise, « Gute Nacht » (ré mineur → ré majeur dans la dernière strophe).
- Erreur courante : utiliser les emprunts comme un « effet » isolé sans conduite des voix : la b6 doit descendre par degré conjoint.
Mineur (naturel, harmonique, mélodique)
- la mineur naturel : A B C D E F G ; harmonique : A B C D E F G# ; mélodique ascendant : A B C D E F# G#.
- Accords : i ii° III iv V VI vii°, avec bII (napolitaine) et sixtes augmentées.
- Note caractéristique : b6 de la plainte et sensible de la tension ; à l'époque romantique, souvent la b2 (napolitaine) comme couleur de mélancolie.
- Exemple : Chopin — Prélude en mi mineur op. 28 n° 4 (1839) : la mélodie immobile et l'accompagnement qui descend chromatiquement.
Modes du folklore (Chopin, Schubert, Mendelssohn)
- Lydien dans les mazurkas de Chopin : 1 2 3 #4 5 6 7 — fa lydien : F G A B C D E. Le #4 (B) imite les mélodies populaires polonaises (la mazurka op. 24 n° 2 comporte des sections en lydien).
- Pédales de bourdon (quinte à vide à la basse) pour imiter cornemuses et vielles à roue (Chopin, mazurkas ; Schubert, « Der Leiermann », dernier lied de Winterreise, sur un bourdon la–mi).
- Pentatonique et gammes « écossaises » (Mendelssohn, Symphonie « Écossaise »).
Chromatisme
- Gamme chromatique employée pour des lignes intérieures qui descendent par demi-ton, appoggiatures chromatiques, accords de septième diminuée en chaîne (Chopin, Études).
- Enharmonie : lab = sol#, l'accord diminué comme « porte » vers quatre tonalités.
Comment choisir
Majeur + mixture pour la nostalgie et le « sourire dans les larmes » ; mineur pour le drame et la nuit ; lydien et bourdons pour la couleur populaire ; chromatisme pour l'inquiétude. Le choix tonal a aussi une valeur symbolique (Schubert : les voyages tonaux des lieder suivent le texte).
Harmonie
Les nouveautés harmoniques
- Médiantes chromatiques et relations de tierce : I–bVI, I–III, I–bIII comme modulations directes, souvent sans préparation (Schubert, Quintette en do majeur ; Symphonie « La Grande »). Le second thème d'une forme sonate peut se trouver à une tierce (bVI ou III) au lieu de la dominante.
- Mixture : échange majeur/mineur sur la même tonique (I–i), accords empruntés (iv, bVI, bVII en majeur).
- Modulation enharmonique : septième diminuée ou sixte augmentée allemande réinterprétées (Gr+6 = septième de dominante d'une autre tonalité).
- Napolitaine non seulement avant le V, mais aussi comme tonalité de passage (bII comme région).
- Pédales longues (tonique ou dominante) sous des harmonies mobiles : typiques des nocturnes et des introductions lentes.
- Cadences évitées et rompues pour prolonger l'attente ; fins en pianissimo, cadences plagales après la parfaite (I–IV–I « amen »).
- Accords de neuvième et appoggiatures non résolues immédiatement (Chopin).
Rythme harmonique et densité
Plus lent dans les thèmes lyriques (un accord par mesure ou une pédale), très rapide dans les sections de virtuosité (chaînes d'accords diminués). Le piano avec la pédale permet des sonorités « floues » à harmonies superposées.
Voicing au piano
- Nocturne : basse à la main gauche avec arpège large (dixième et au-delà : 1–5–10 ou 1–5–8–10), mélodie ornée à la droite.
- Choral : accords pleins à 4–6 voix (Schumann, Brahms jeune).
- Lied : le piano décrit la scène (le galop du cheval dans Erlkönig : octaves répétées en triolets ; le moulin qui tourne ; l'eau qui coule).
Orchestre
Couleurs nouvelles : cors à pistons et trompettes à pistons à partir de 1830 environ, piccolo, cor anglais, trombones et tuba (Berlioz, Mendelssohn), harpes ; Berlioz pense en « mélanges » de timbres (col legno, sul ponticello, harmoniques, divisi).
Progressions typiques
| Nom | Tonalité | Accords | Degrés | Comment l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Oscillation majeur–mineur | ré majeur / ré mineur | D A7 D Dm A7 Dm | I V7 I i V7 i | La signature de Schubert : la même phrase répétée en mineur (ou inversement). Cela fonctionne parce qu'il suffit de changer la tierce (F#/F) pour changer la couleur émotionnelle. Winterreise, « Gute Nacht ». |
| Médiante chromatique schubertienne | do majeur | C G7 C Ab Eb7 Ab G7 C | I V7 I bVI bIII7 bVI V7 I | Le saut vers la région de bVI (la bémol) sans modulation préparée : un soudain « ailleurs ». Typique de Schubert (développements et mouvements lents), puis de Liszt et Bruckner. |
| Descente chromatique de septièmes | mi mineur | Em B7/D# Am/C B7 Em | i V6/5 iv6 V7 i | Réduction de l'esprit du Prélude op. 28 n° 4 de Chopin : une mélodie presque immobile au-dessus d'accords qui descendent de demi-ton en demi-ton (beaucoup sont des septièmes et des septièmes diminuées de passage) vers le V. La réduction est simplifiée. |
| Napolitaine comme couleur | do mineur | Cm Db Cm/G G7 Cm | i bII i6/4 V7 i | La napolitaine à l'état fondamental (Db) employée comme « région » lyrique et pas seulement comme prédominante : déchirement romantique. Chopin et Schubert l'utilisent souvent dans les codas. |
| Plagale après la parfaite | mi bémol majeur | Eb Bb7 Eb Ab Abm Eb | I V7 I IV iv I | Après la cadence parfaite, une coda avec IV et iv (emprunt au mineur) : la clôture « nostalgique » de nombreux nocturnes et lieder. |
| Bourdon populaire | fa lydien | F C/F G/F F | I V/I II/I I | Quinte à vide Fa–Do tenue à la basse et mélodie lydienne au-dessus : l'imitation de la musique populaire (mazurkas de Chopin, « Der Leiermann » de Schubert sur un bourdon la–mi). |
| Chaîne d'accords diminués | la mineur | Am G#dim7 G#dim7/B G#dim7/D G#dim7/F E7 Am | i vii°7 vii°7 vii°7 vii°7 V7 i | Le même accord diminué (G# B D F) joué dans tous les renversements, avec la basse qui monte par tierces mineures (il n'existe que trois accords diminués différents) ; chaque renversement peut être lu comme vii°7 d'une tonalité différente : tension croissante dans les passages virtuoses et les récitatifs dramatiques ; on peut sortir vers une tonalité différente à n'importe quel moment. |
| Modulation enharmonique (sixte allemande → dominante) | do majeur → ré bémol majeur | C Ab7 Db Gb Ab7 Db | I Ger+6 = V7/bII | I IV V7 I (in Re bemolle) | En do, l'accord Ab–C–Eb–F# est une sixte augmentée allemande qui devrait aller sur sol ; relu comme Ab–C–Eb–Gb (Ab7), il devient la dominante de ré bémol, où l'on aboutit. Schéma de modulation enharmonique typique de Schubert et Chopin. |
Rythme et groove
- Rubato : flexibilité du tempo dans la mélodie (Chopin : « la main gauche est le chef d'orchestre, la droite chante librement »), élargissements aux cadences et aux sommets.
- Danses stylisées : valse (3/4, basse sur le 1 et accords sur 2 et 3, chez Chopin aussi des hémioles), mazurka (3/4 avec accent sur le 2e ou 3e temps, rythme pointé sur le premier temps), polonaise (3/4 avec la figure croche–deux doubles croches–quatre croches à la basse), Ländler, tarentelle (6/8 rapide : Mendelssohn, « Italienne », finale ; Chopin, Tarentelle op. 43).
- Polyrythmies au piano : 3 contre 2, 4 contre 3, groupes irréguliers (7, 11, 13 notes) dans les ornementations de Chopin.
- Rythmes descriptifs dans les lieder : galop en triolets (Erlkönig), rouet en doubles croches (Gretchen am Spinnrade), pas lent du voyageur en croches (Winterreise).
- Pulsation symphonique : rythmes moteurs d'origine beethovénienne (Schubert), scherzos légers et « elfiques » (Mendelssohn).
Batterie
Percussions dans le premier romantisme
- Timbales encore par paire dans la plupart des symphonies (Schubert, Mendelssohn, Schumann), avec un emploi plus expressif : roulements pianissimo d'atmosphère, coups isolés dans les moments dramatiques. Berlioz révolutionne : dans la Symphonie fantastique (1830) quatre timbaliers jouent des accords de timbales (tonnerre lointain dans la « Scène aux champs ») et dans la Grande Messe des morts (1837) il en emploie beaucoup plus.
- Grosse caisse, cymbales, triangle, tambour : dans les ouvertures, les marches et les finales (Berlioz, « Marche au supplice » ; Weber, Freischütz), coups de cloches (Berlioz, « Songe d'une nuit du Sabbat », avec le Dies irae).
- Piano : c'est la section rythmique des lieder et des pièces pour piano ; la basse de la valse, de la mazurka et de la polonaise fait office de « batterie ».
Rôle et dynamique
Les percussions décrivent (tempête, tonnerre, cloches, marche) ou marquent les sommets ; grande attention au pianissimo (roulement ppp avec baguettes d'éponge, timbales « couvertes » ou en sourdine pour le funèbre).
Erreurs typiques
Utiliser timbales et cymbales comme chez Mahler dans une pièce de Schubert ; roulements sans dynamique ; percussions dans les lieder et la musique de chambre (non prévues).
Basse
- Piano : basse arpégée large (souvent des dixièmes) avec la pédale de résonance : elle donne à la fois « harmonie » et « espace » ; dans la valse, basse sur le 1 suivie des accords ; dans la polonaise, le rythme caractéristique à la basse.
- Orchestre : violoncelles qui chantent leurs propres mélodies (Schubert, « Inachevée », second thème aux violoncelles), contrebasses sur la basse ; bassons, trombones et tuba (ou ophicléide chez Berlioz et Mendelssohn) pour le grave.
- Lignes : pédales longues (tonique dans les introductions, dominante dans les codas), basses chromatiques descendantes pour la plainte, basses qui montent pour la progression, bourdons (quintes à vide) pour la couleur populaire.
- Registre : le piano romantique descend jusqu'au la0 ou au do1 ; la basse « profonde » des dixièmes crée de riches résonances (attention dans le mixage aux 60–200 Hz).
Instruments harmoniques
- Piano : l'instrument de l'époque. Arpèges avec pédale, accords à pleine main, octaves, figurations brillantes, voix intérieures qui émergent (Schumann), mélodie chantante à la droite avec accompagnement « en nocturne » à la gauche.
- Cordes : trémolos et harmoniques (Berlioz, Mendelssohn), divisi pour des sonorités éthérées (ouverture du Songe), mélodies lyriques aux violoncelles.
- Bois : couleurs et solos (clarinette romantique ; cor anglais dans la « Scène aux champs » de Berlioz ; flûte légère des scherzos de Mendelssohn).
- Cuivres : cors romantiques (aussi à pistons à partir de 1830 environ) pour la « forêt » et la nature (Weber, Freischütz : chœur des chasseurs ; Schubert, Symphonie « La Grande », début avec les cors seuls) ; trombones pour le solennel et le sacré.
- Harpe (Berlioz).
- Voicing : accords ouverts, dixièmes à la basse du piano, tierces et sixtes parallèles aux voix supérieures, doublures à l'octave pour « chanter » la mélodie dans les tutti.
Mélodie et voix
- Mélodies longues et chantantes, souvent inspirées du chant d'opéra italien (Chopin admirait Bellini) : ornements fleuris, appoggiatures expressives, sommets préparés, phrases asymétriques.
- Lied : mélodie vocale qui suit la prosodie et le sens du texte ; registre moyen (le lied se chante dans des tonalités adaptées à chaque voix : il existe des éditions pour voix haute, moyenne, basse) ; le piano est partenaire, non accompagnateur.
- Types de lied : strophique (même musique pour toutes les strophes : Heidenröslein), strophique varié, durchkomponiert (Erlkönig : quatre personnages caractérisés par la même voix, avec des registres et des modes différents).
- Voix : dans le lied baryton, ténor, soprano, mezzo-soprano ; chant « parlé » et intime, dynamiques du pp au f, usage de la demi-voix ; dans les chœurs romantiques allemands (Männerchor, chœurs de chasseurs) harmonies simples et populaires.
- Instruments comme voix : violoncelle et clarinette chantants, violon virtuose (Paganini : harmoniques, pizzicati de la main gauche, doubles cordes, sauts).
- Idée fixe (Berlioz) et thèmes cycliques : la même mélodie revient transformée dans tous les mouvements.
Instruments
Piano (Érard, Pleyel, Broadwood, Graf), voix, violon, violoncelle, clarinette ; orchestre classique élargi avec piccolo, cor anglais, trombones, tuba ou ophicléide, harpe, timbales multiples, grosse caisse, cymbales, triangle, cloches ; guitare (répertoire de Giuliani, Sor, Paganini) ; orgue ; chœur.
Patterns de batterie
Synthés et sons
- Piano V — Piano romantique: L'instrument central : modèle à queue avec micros à moyenne distance, pédale de résonance active (aussi demi-pédale), courbe de vélocité douce pour les pianissimo des nocturnes ; règle la résonance des cordes sympathiques si disponible.
- Augmented Strings — Cordes pour esquisses orchestrales: Utile pour essayer trémolos, divisi et mélodies de violoncelles dans une orchestration romantique ; garde le côté synthétique au minimum pour un son naturel.
- Augmented Voices — Chœur masculin et mixte: Pour essayer les chœurs de l'opéra romantique allemand et les chœurs sacrés de Mendelssohn.
- Mellotron V — Relecture crossover: Cordes et flûtes à bande pour des arrangements pop/prog de thèmes de Chopin et Schubert (pratique fréquente dans le rock progressif des années 70).
Structure du morceau
Formes brèves (piano et voix)
- Nocturne : ternaire A–B–A' (A chantant et orné, B plus agité ou choral, A' avec de nouveaux ornements et coda) ; 50–100 mesures.
- Mazurka, valse, polonaise : formes à sections (A–B–A, rondo) avec trio central.
- Étude : un problème technique développé en forme ternaire ou monothématique (Chopin, Études op. 10 et op. 25).
- Prélude : pièce brève et unitaire, parfois de quelques mesures (Chopin, op. 28 : 24 préludes dans toutes les tonalités selon le cycle des quintes avec les relatives).
- Ballade et scherzo (Chopin) : formes amples et narratives, hybrides entre sonate et rondo.
- Lied : strophique, strophique varié, durchkomponiert ; cycle de lieder (Winterreise : 24 lieder ; Dichterliebe : 16) avec un récit et des liens tonaux.
- Cycle de pièces de caractère (Schumann, Carnaval : 21 brèves scènes ; Kinderszenen : 13).
Grandes formes
- Symphonie en 4 mouvements (Schubert, Mendelssohn, Schumann), avec des formes sonate plus amples, thèmes lyriques, liens cycliques (Schumann, Symphonie n° 4, mouvements enchaînés sans pause).
- Symphonie à programme en 5 mouvements (Berlioz, Fantastique).
- Ouverture de concert (Mendelssohn, Les Hébrides) en forme sonate, descriptive.
- Concerto avec orchestre, souvent avec cadence écrite et mouvements enchaînés (Mendelssohn, Concerto pour violon : le soliste entre tout de suite, cadence avant la réexposition).
Arrangement
Au piano : pp avec pédale et voix chantante, crescendo avec arpèges plus larges et octaves, ff avec accords pleins. À l'orchestre : couleurs individuelles (cor seul, clarinette seule) pour les zones intimes, tutti pour les sommets.
Mixage et mastering
Objectif sonore
Chaleur, intimité, chant. Pour le piano : un son plein et rond avec les résonances de la pédale, sans boue dans les graves ; pour le lied : équilibre entre voix et piano comme dans un salon ou une petite salle (1,2–1,8 s) ; pour l'orchestre : couleurs distinctes et une salle de taille moyenne.
Piano seul
- Prise de son : paire à 1,5–3 m de la caisse ouverte (A–B omni 50–80 cm, ou ORTF), hauteur 1,5–2,5 m ; paire d'ambiance à 5–10 m. Pour un son intime (nocturnes) micros plus proches ; pour la virtuosité (études, ballades) plus éloignés.
- EQ : passe-haut 25–30 Hz ; −1/−3 dB à 150–300 Hz si les graves de la pédale gonflent ; −1 dB à 2–4 kHz si le forte est dur ; +1 dB à 10 kHz pour l'air.
- Compression : aucune ou très peu (opto 1,5:1 avec 1 dB sur les pics) ; jamais sur les pianissimo.
- Réverbération : salle naturelle ; si nécessaire hall 1,8–2,3 s, pre-delay 15–25 ms, retour passe-haut 150 Hz.
- Stéréo : perspective « public » (graves et aigus pas trop séparés) ou « pianiste » (aigus à gauche, graves à droite… ou l'inverse selon la perspective : choisis-la et tiens-t'y).
Lied (voix et piano)
- Voix : micro à 1–1,5 m (ou principal + spot léger), passe-haut 80–100 Hz, −1/−2 dB à 250–350 Hz si ça résonne, de-esser très léger ; compression au maximum opto 2:1 avec 1–2 dB.
- Piano avec le couvercle à demi ouvert ou ouvert ; paire à 2 m. Équilibre : la voix doit émerger de 2–4 dB dans les phrases, mais le piano reste présent dans les introductions et les postludes (ils font partie du lied).
- Panoramique : voix au centre, piano large mais pas extrême (L/R 60–70).
Orchestre du premier romantisme
- Comme pour l'orchestre classique, avec plus d'attention aux couleurs : spots légers sur les cors (nature, chasse), les bois solistes (cor anglais, clarinette), la harpe.
- Cordes : passe-haut par section, −1/−2 dB à 300 Hz ; les trémolos pianissimo doivent être laissés « dans l'air » avec plus de réverbération.
- Cuivres : trombones et tuba/ophicléide plus présents que dans le classicisme, mais en retrait ; aucune compression.
- Timbales et percussions (Berlioz) : espace et profondeur, pas de compression.
Violon virtuose (Paganini, concertos)
- Spot à 1–1,5 m au-dessus de l'instrument, passe-haut 150–200 Hz, −1/−2 dB à 2,5–3,5 kHz si strident ; réverbération de salle pour adoucir.
Avec des librairies virtuelles
- Piano : courbe de vélocité douce, pédale de résonance (CC64) avec demi-pédale si supportée, rubato joué à la main (enregistre en tempo libre ou dessine une carte de tempo).
- Orchestre : articulations legato et sustain longues, beaucoup de CC1 pour les crescendo, cors et bois avec expressivité.
Bus et groupes
Piano (ou voix + piano), cordes, bois, cuivres, percussions ; réverbération commune. Pas de limiteur.
Sidechain
Non.
Master
- Cible indicative : piano seul et lied −20/−16 LUFS intégrés ; orchestre −20/−16 ; true peak −1 dBTP ; LRA 8–16 LU.
- Chaîne minimale : EQ d'équilibrage, limiteur transparent uniquement pour les pics.
Erreurs courantes
- Piano trop proche et dur, graves de la pédale empâtés.
- Voix trop en avant dans le lied (le piano ressemble à un accompagnement de karaoké).
- Compression qui tue le rubato et les pianissimo.
- Dans la DAW : piano quantifié, absence de pédale, vélocités plates.
Morceaux de référence pour le mixage
- Schubert — Winterreise (Dietrich Fischer-Dieskau et Gerald Moore, ou Ian Bostridge et Leif Ove Andsnes).
- Chopin — Nocturnes (Arthur Rubinstein, RCA) ou Ballades (Krystian Zimerman, DG).
- Schumann — Kinderszenen (Martha Argerich).
- Mendelssohn — Concerto pour violon op. 64 (enregistrements de référence).
- Berlioz — Symphonie fantastique (enregistrements Decca ou Philips de référence).
Écoutes de référence
- Franz Schubert — Erlkönig, D. 328 (1815)
- Carl Maria von Weber — Der Freischütz (1821)
- Franz Schubert — Sinfonia n. 8 «Incompiuta», D. 759 (1822)
- Felix Mendelssohn — Sogno di una notte di mezza estate, ouverture op. 21 (1826)
- Franz Schubert — Winterreise, D. 911 (1827)
- Hector Berlioz — Symphonie fantastique, op. 14 (1830)
- Fryderyk Chopin — Studi op. 10 (1833)
- Fryderyk Chopin — Preludi op. 28 (1839)
- Robert Schumann — Dichterliebe, op. 48 (1840)
- Robert Schumann — Kinderszenen, op. 15 (1838)
- Felix Mendelssohn — Concerto per violino in mi minore, op. 64 (1844)
- Fryderyk Chopin — Ballata n. 1 in sol minore, op. 23 (1835)