Histoire et caractère
Le kompa (konpa, compas, « konpa dirèk ») est la musique de danse nationale d'Haïti. Il naît en 1955 quand le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste fonde l'Ensemble Aux Callebasses (à partir de 1957 Ensemble Nemours Jean-Baptiste) et modernise le meringue haïtien avec des éléments latins et jazz : le nom « compas direct » signifie « rythme direct ». Son rival Webert Sicot, lui aussi saxophoniste, popularise le style parallèle de la cadence rampa. À partir du milieu des années 60 (après 1965, avec les Shleu-Shleu) naît le mouvement mini-jazz : de petits groupes avec deux guitares électriques en tandem, basse électrique, batterie, congas, timbales et deux cloches (l'une pour le timbalero et l'autre jouée avec le tom basse), tambour traditionnel tanbou, sax et cuivres, parfois claviers et accordéon. Parmi les groupes les plus importants : Tabou Combo (reconnu à l'international, appelé « reggae haïtien » au Panama ; « New York City », 1975), Skah Shah, System Band, Les Frères Déjean, Bossa Combo ; Coupé Cloué (Gesner Henry) est très populaire en Afrique, où il est couronné « roi » lors de ses tournées.
Dans les années 80 naît le kompa gouyad, variante plus lente et sensuelle ; le kompa influence de façon décisive le zouk des Antilles françaises (le zouk love est considéré comme presque indistinguable du kompa). Les groupes modernes (Sweet Micky, T-Vice, Carimi, Harmonik, Klass, Kai et d'autres de la diaspora à Miami, New York, Montréal, Paris) mêlent le konpa au reggae, au hip hop et au R&B. Caractéristiques : le battement de tanbou constant et pulsant comme trait le plus distinctif, rythme régulier, mélodies douces, énergie dansante ; la danse de couple est très rapprochée, avec un mouvement de hanches sur le temps.
Gammes et tonalités
Majeur (ionien)
- Formule : 1 2 3 4 5 6 7 — T T ½ T T T ½ (demi-tons 2 2 1 2 2 2 1)
- Exemple sur do (C) : C D E F G A B
- Note caractéristique : la 7 (sensible) et la 3 majeure : luminosité et forte résolution V–I
- Triades diatoniques : C (I) – Dm (ii) – Em (iii) – F (IV) – G (V) – Am (vi) – Bdim (vii°)
- Quadriades : Cmaj7 (Imaj7) – Dm7 (ii7) – Em7 (iii7) – Fmaj7 (IVmaj7) – G7 (V7) – Am7 (vi7) – Bm7b5 (viiø7)
- Usage dans le genre : le kompa est surtout en majeur : tournures I–IV–V, I–vi–ii–V, ii–V–I avec septièmes ; les deux guitares jouent des ostinatos arpégés sur les notes des accords.
- Exemple réel : Tabou Combo — New York City (1975) et le konpa classique sur des harmonies majeures (vérifie les tonalités).
- Erreurs courantes : harmonies trop « jazz » dans le rythmique : le kompa est simple et régulier.
Mineur naturel (éolien)
- Formule : 1 2 b3 4 5 b6 b7 — T ½ T T ½ T T (demi-tons 2 1 2 2 1 2 2)
- Exemple sur ré (D) : D E F G A Bb C
- Note caractéristique : la b6 : mélancolie ; avec la b7 (pas de sensible) le mineur reste « circulaire »
- Triades diatoniques : Dm (i) – Edim (ii°) – F (III) – Gm (iv) – Am (v) – Bb (VI) – C (VII)
- Quadriades : Dm7 (i7) – Em7b5 (iiø7) – Fmaj7 (IIImaj7) – Gm7 (iv7) – Am7 (v7) – Bbmaj7 (VImaj7) – C7 (VII7)
- Usage dans le genre : kompa gouyad mélancolique et romantique : boucles i–VI–III–VII, i–iv–v.
- Exemple réel : beaucoup de chansons gouyad et de kompa moderne de la diaspora sont en mineur (vérifie les tonalités).
- Erreurs courantes : oublier la guitare « mi-solo » qui répond à la voix.
Mixolydien
- Formule : 1 2 3 4 5 6 b7 — T T ½ T T ½ T (demi-tons 2 2 1 2 2 1 2)
- Exemple sur fa (F) : F G A Bb C D Eb
- Note caractéristique : la b7 sur une base majeure : majeur « terrien », festif, sans sensible
- Triades diatoniques : F (I) – Gm (ii) – Adim (iii°) – Bb (IV) – Cm (v) – Dm (vi) – Eb (VII)
- Quadriades : F7 (I7) – Gm7 (ii7) – Am7b5 (iiiø7) – Bbmaj7 (IVmaj7) – Cm7 (v7) – Dm7 (vi7) – Ebmaj7 (VIImaj7)
- Usage dans le genre : riffs de sax et de guitare avec la b7, héritage du meringue et du jazz de Nemours.
- Exemple réel : les riffs de sax du konpa dirèk des années 50–60.
- Erreurs courantes : transformer le bVII en V7.
Pentatonique majeure
- Formule : 1 2 3 5 6 — T T 1½T T 1½T (demi-tons 2 2 3 2 3)
- Exemple sur do (C) : C D E G A
- Note caractéristique : aucun demi-ton : 3 et 6 sans 4 ni 7, son solaire, africain/folk, toujours consonant
- Usage dans le genre : mélodies vocales et refrains chantables ; phrases de la guitare solo.
- Exemple réel : les refrains choraux de Tabou Combo et de Sweet Micky.
- Erreurs courantes : mélodies trop chromatiques.
Comment choisir parmi les gammes du genre
- Konpa classique et mini-jazz → majeur.
- Gouyad romantique → éolien ou majeur doux.
- Riffs de sax → mixolydien.
- Voix et chœurs → pentatonique majeure.
Harmonie
Fonction harmonique
Tournures cycliques majeures de 2–4 accords (I–IV–V–IV, I–vi–IV–V, ii–V–I), 1 accord par mesure ou par demi-mesure dans le konpa rapide ; dans le gouyad, harmonies plus riches (maj7, m7, 9).
Les deux guitares
- Guitare rythmique (accords ou arpèges en ostinato) et guitare « mi-solo »/soliste qui joue des contre-mélodies et des arpèges en doubles croches : l'entrelacement des deux est une marque de fabrique du mini-jazz.
Voicing
Guitares dans le registre aigu avec notes répétées, claviers avec pad et piano électrique, cuivres en close voicing.
Progressions typiques
| Nom | Tonalité | Accords | Degrés | Comment l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Konpa classique | do majeur | C F G F | I IV V IV | Cycle dansant avec les deux guitares en ostinato. |
| ii–V–I | fa majeur | Gm7 C7 F F | ii7 V7 I I | Influence jazz de Nemours Jean-Baptiste. |
| Gouyad | ré mineur | Dm7 Bbmaj7 F C | i7 VImaj7 III VII | Kompa gouyad sensuel. |
| Pop kompa | sol majeur | G D Em C | I V vi IV | Kompa moderne de la diaspora. |
| Deux accords | sib majeur | Bb F7 | I V7 | Vamp pour les solos de sax et de guitare. |
| Mixolydien | fa majeur (mixolydien) | F Eb Bb F | I VII IV I | Riff de sax du konpa dirèk. |
Rythme et groove
Feel
4/4 régulier et pulsant, tempo moyen (environ 100–125), avec le battement de tanbou constant comme signature. Le groove est droit mais doux, avec l'accent sur le temps fort qui guide le mouvement des hanches.
Éléments (schéma pédagogique r-kompa)
- Grosse caisse sur 1 et 3 avec anticipation sur le 4&.
- Caisse claire sur 2 et 4.
- Cloche du timbal sur les noires.
- Kata : figure dérivée du cinquillo (x.xx.xx. sur une demi-mesure) sur le cercle du tom ou sur une seconde cloche fixée au tom basse.
- Tom basse qui renforce le contretemps.
- Congas et tanbou avec figures constantes.
- Charleston en croches.
Gouyad
Plus lent et « lourd », avec une grosse caisse plus douce et des percussions moins denses.
Batterie
Grosse caisse
- Sur 1 et 3 avec anticipation sur le 4& (steps 1, 9, 15), douce et pleine.
Caisse claire
- Sur 2 et 4 (steps 5, 13), son plein et un peu réverbéré (années 70–80).
Cloches et kata
- Cloche 1 (timbalero) : noires.
- Cloche 2 / kata (avec le tom basse) : figure du cinquillo continue, le « moteur » du konpa (piste rim de r-kompa).
- Vélocité régulière, accents légers sur le premier coup de la figure.
Tom basse, congas, tanbou
- Tom basse sur le contretemps (steps 4, 12) ; congas avec tumbao simplifié ; tanbou avec battement constant.
Charleston
- Croches fermées.
Interaction
La basse mélodique dialogue avec la grosse caisse ; les deux guitares en ostinato par-dessus ; les sax répondent à la voix. La percussion est constante : le kompa est « régulier » par définition.
Par section
- Intro : guitares ou sax.
- Couplet : groove complet et doux.
- Refrain : chœurs, cuivres.
- Interlude : solo de guitare ou de sax (« kompa direct » instrumental).
Erreurs typiques
- Programmer le kata « au hasard » sans la figure du cinquillo.
- Grosse caisse en noires martelées (cela devient du soca).
- Vitesse excessive : le kompa est moyen et régulier.
Basse
- Son : basse électrique très présente et mélodique, timbre rond avec médiums (700 Hz–1 kHz) ; registre E1–G3.
- Rythme : lignes syncopées et « chantantes » qui remplissent les espaces de la grosse caisse, avec des anticipations.
- Notes : arpèges, passages diatoniques et chromatiques, octaves.
- Rôle : avec les guitares, c'est le cœur mélodico-rythmique du mini-jazz.
Instruments harmoniques
- Deux guitares électriques (rythmique et « mi-solo ») avec ostinatos arpégés et notes répétées.
- Claviers/synthés (pad, piano électrique, orgue) à partir des années 70–80.
- Sax (alto/ténor) et cuivres (trompettes, section complète dans les big bands).
- Accordéon dans certaines formations.
Mélodie et voix
Voix
- Chant en créole haïtien, voix douce et chaude, mélodies chantables ; textes d'amour, de fête, de satire sociale et politique (surtout dans le kompa carnavalesque).
- Duos et frontmen charismatiques (Sweet Micky).
Chœurs
Chœurs en tierces, réponses, refrains collectifs.
Instruments mélodiques
Sax et guitare solo comme voix secondaires, longs interludes.
Instruments
- Batterie, deux cloches (timbales et tom), timbales, congas, tanbou
- Basse électrique
- Deux guitares électriques
- Sax, trompettes, section de cuivres
- Claviers, synthés, accordéon
- Voix, chœurs
Patterns de batterie
Synthés et sons
- DX7 V — Piano électrique et basses FM: Le son des groupes konpa des années 80–90.
- Jup-8 V — Pads et cuivres: Pads chauds et cuivres synthétiques.
- B-3 V — Orgue: Orgue des groupes des années 70.
- Jun-6 V — Pads doux: Pads avec chorus pour le gouyad.
- Piano V — Piano: Accords et fills dans les ballades gouyad.
Structure du morceau
Forme typique (≈ 4:00–7:00)
| Section | Mesures | Notes |
|---|---|---|
| Intro | 8–16 | guitares ou sax |
| Couplet 1 | 16 | |
| Refrain | 8–16 | |
| Couplet 2 | 16 | |
| Refrain | 8–16 | |
| Long interlude instrumental | 16–32 | guitares entrelacées, sax |
| Refrain et outro | 16 |
Arrangement
La partie instrumentale centrale (avec les guitares en dialogue) est aussi importante que la chanson : le kompa est une musique de danse longue et continue.
Mixage et mastering
Objectif sonore
Chaud et dansant : basse mélodique en évidence, deux guitares claires et séparées sur les côtés, cloches et kata nets mais pas stridents, voix douce devant, cuivres brillants. Références : Tabou Combo — New York City (1975), Coupé Cloué, Sweet Micky, T-Vice, Carimi.
Batterie
- Grosse caisse : HP 35 Hz, +2 dB à 60–70 Hz, −3 dB à 300 Hz. Caisse claire : HP 150 Hz, +2 dB à 4 kHz ; plate 1 s à 10–12 %.
Cloches et kata
- HP 500 Hz, −2 dB à 1 kHz si trop dures, +1 dB à 3 kHz ; cloche 1 panoramique −20, kata panoramique +20.
Toms, congas, tanbou
- HP 60–80 Hz, panoramique ±30 ; transient shaper léger.
Basse
- HP 35 Hz, +2 dB à 80 Hz, présence 800 Hz–1 kHz ; compression 4:1 (3–4 dB). Centre, bien en avant.
Guitares
- HP 150 Hz, −2 dB à 300 Hz, +2 dB à 3–5 kHz ; chorus léger ; panoramique −60 et +60 pour séparer rythmique et mi-solo.
Claviers et cuivres
- Claviers : HP 150 Hz, panoramique ±30. Cuivres : HP 120 Hz, présence 2–4 kHz, plate 1,5 s ; panoramique ±30.
Voix
- HP 90 Hz, −2 dB à 300 Hz, +2 dB à 3 kHz ; compression 4:1 (3–4 dB) + opto ; plate 1,2–1,5 s à 15 %.
Chœurs
Panoramique ±40–60, −4 dB.
Bus et groupes
Bus batterie/percussions léger ; bus guitares ; bus voix.
Sidechain
Aucun.
Master
- Chaîne : EQ → compression 2:1 (1–2 dB) → limiteur −1 dBTP.
- Cible : −10/−8 LUFS intégrés, true peak ≤ −1 dBTP ; PLR 8–11 dB.
Erreurs courantes
- Guitares au centre qui se confondent.
- Cloches trop fortes entre 1 et 3 kHz.
- Basse enterrée.
Morceaux de référence pour le mixage
- Tabou Combo — New York City (1975)
- Coupé Cloué — répertoire des années 70–80
- Sweet Micky — répertoire des années 90
- Carimi — répertoire des années 2000
Écoutes de référence
- Ensemble Nemours Jean-Baptiste — repertorio konpa dirèk (anni '50–'60)
- Webert Sicot — repertorio cadence rampa (anni '60)
- Tabou Combo — New York City (1975)
- Coupé Cloué — repertorio anni '70–'80
- Sweet Micky — repertorio anni '90
- Carimi — repertorio anni 2000