HarmonieAvancé4 min de lecture

Théorie néo-riemannienne : les transformations P, L, R

Qu'est-ce que c'est

La théorie néo-riemannienne décrit les mouvements entre accords parfaits majeurs et mineurs non comme des fonctions (tonique, dominante…) mais comme des transformations qui déplacent le plus petit nombre de notes possible. Elle porte le nom de Hugo Riemann (1849–1919), qui classait les « rapports » entre accords ; elle a été refondée par David Lewin (Generalized Musical Intervals and Transformations, 1987 ; essai sur Parsifal de 1984), par Richard Cohn (années 1990) et par Brian Hyer (1995). Elle sert surtout pour la musique chromatique du XIXe siècle (Schubert, Liszt, Wagner, Bruckner) et pour la musique de film, où les accords s'enchaînent sans logique de dominante.

Les trois transformations de base

Chacune change une seule note et change la qualité de l'accord (majeur ↔ mineur). Chacune est sa propre inverse : appliquée deux fois, elle ramène à l'accord de départ.

TransformationCe qu'elle faitExemple
P (Parallèle)majeur : abaisse la tierce d'un demi-ton ; mineur : l'élèveC (C E G) ↔ Cm (C Eb G)
R (Relatif)majeur : élève la quinte d'un ton ; mineur : abaisse la fondamentale d'un tonC (C E G) ↔ Am (A C E)
L (Leittonwechsel, échange de sensible)majeur : abaisse la fondamentale d'un demi-ton ; mineur : élève la quinte d'un demi-tonC (C E G) ↔ Em (B E G)

Les notes communes sont toujours deux : P conserve la fondamentale et la quinte, R conserve C et E, L conserve E et G.

Transformations composées

  • N (Nebenverwandt) = R, puis L, puis P : C ↔ Fm (majeur → sous-dominante mineure). C'est le rapport de la cadence plagale mineure.
  • S (Slide) = L, puis P, puis R : relie deux accords parfaits qui partagent la tierce : C (C E G) ↔ C#m (C# E G#).
  • H (pôle hexatonique) = L P L : C ↔ Abm. Toutes les voix se déplacent d'un demi-ton.
  • LP = C → Em → E : deux passages pour arriver à la médiante chromatique majeure (C → E).
  • PL = C → Cm → Ab : C → Ab, la sus-dominante bémol.

Cycles

  • Cycle PL (hexatonique) : C → Cm → Ab → Abm → E → Em → C. Six accords parfaits, tous contenus dans la gamme hexatonique C D# E G Ab B (obtenue à partir de deux accords augmentés). Chaque pas déplace une seule note d'un demi-ton : « économie maximale » (Cohn).
  • Cycle PR (octatonique) : C → Cm → Eb → Ebm → Gb → F#m → A → Am → C. Huit accords parfaits qui se trouvent dans une gamme diminuée (octatonique).
  • Chaîne LR : C → Am → F → Dm → Bb → Gm… C'est une progression par quintes descendantes alternant majeur et mineur ; Cohn la repère dans un long passage du Scherzo de la Neuvième de Beethoven.

Exemples en notes

  • C → Cm → Ab (PL) : voix G, E → Eb, puis G → Ab. Mélodie intérieure E–Eb–Eb, supérieure G–G–Ab.
  • C → E (LP) : C → B, G → G#, E immobile.
  • Am → F (L sur mineur : élève la quinte E → F) : A C F. Courant dans la pop (vi → IV).

Usage dans un morceau réel

  • Wagner, Parsifal : Lewin analyse le motif et la prière d'Amfortas avec ces transformations.
  • Radiohead, Creep : G → B est LP (G → Bm → B), C → Cm est P. L'« étrangeté » de la grille se décrit en deux mouvements néo-riemanniens.
  • Cinéma : de nombreuses séquences de « merveilleux » alternent des accords majeurs reliés par L ou par S sans dominantes (Lehman, Hollywood Harmony).

Exercice pour le producteur

  1. Choisis un accord de départ (par exemple Am).
  2. Lance un « dé » : 1–2 = P, 3–4 = L, 5–6 = R. Applique la transformation et écris le nouvel accord dans le Piano roll.
  3. Répète 8 fois ; garde les voix aussi immobiles que possible (une seule note bouge à chaque pas).
  4. Écoute : tu obtiendras une progression chromatique fluide, parfaite pour des pads cinématiques. Ajoute une basse qui suit la fondamentale seulement tous les deux accords.

Liens

Tonnetz, médiantes chromatiques, conduite des voix chromatique, fonctions tonales étendues (Riemann), harmonie pour la musique de film.

Sources

Leçons liées