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Le Tonnetz : la carte des accords et des parcours harmoniques

Définition

Le Tonnetz (« réseau de tons », en allemand) est un réseau bidimensionnel dans lequel les notes sont disposées selon trois intervalles consonants : quinte juste, tierce majeure et tierce mineure. Il a été proposé par Leonhard Euler en 1739 (Tentamen novae theoriae musicae), repris au XIXe siècle par von Oettingen et Riemann et relancé par la théorie néo-riemannienne dans les années 1980–90.

Comment il est construit

  • Chaque ligne horizontale est une chaîne de quintes : … F – C – G – D – A …
  • La ligne du dessus est décalée d'une tierce majeure vers le haut et d'une demi-case vers la droite : … A – E – B – F# …
  • La ligne du dessous est décalée d'une tierce majeure vers le bas et d'une demi-case vers la gauche : … Ab – Eb – Bb – F …

Une portion autour de do (imagine les lignes décalées) :

  • ligne supérieure : A, E, B, F#
  • ligne centrale : C, G, D, A
  • ligne inférieure : Ab, Eb, Bb, F

En diagonale, en montant vers la droite tu trouves des tierces majeures (C → E), en montant vers la gauche des tierces mineures (C → A).

Les accords parfaits sont des triangles

  • Le triangle C – G – E (pointe en haut) est do majeur.
  • Le triangle C – G – Eb (pointe en bas) est do mineur.
  • A – E – C est la mineur ; E – B – G est mi mineur.

Deux triangles qui partagent un côté partagent deux notes. Passer de l'un à l'autre est l'une des transformations de base :

Côté partagéDe C àTransformation
C – G (quinte)CmP
C – E (tierce majeure)AmR
E – G (tierce mineure)EmL

Parcours typiques

  • Ligne droite le long des quintes (C → G → D…, en alternant les triangles) : progressions par quintes et cycles LR.
  • Zigzag vertical le long de l'axe des tierces majeures (C → Cm → Ab → Abm → E → Em) : le cycle hexatonique PL, refermé sur lui-même parce que trois tierces majeures font une octave.
  • Parcours octatonique PR (C → Cm → Eb → Ebm → Gb …) : il se déplace par tierces mineures.
  • Des accords « éloignés » en tonalité (C → E, C → Ab) sont souvent proches sur la carte : c'est pourquoi les médiantes chromatiques sonnent de façon fluide.

Le tore

Avec le tempérament égal, G# = Ab : la carte se répète et peut s'enrouler en un tore (un beignet). Les 24 accords parfaits majeurs et mineurs se trouvent tous à la surface. Les visualisations interactives du Tonnetz (plusieurs sont disponibles en ligne) montrent les triangles qui s'illuminent pendant que tu joues.

Limites et développements

Dmitri Tymoczko (A Geometry of Music, 2011) a montré que le Tonnetz représente bien les accords parfaits mais pas tous les accords ni toutes les conduites de voix ; il propose des espaces géométriques plus généraux (« orbifolds ») où la distance mesure vraiment de combien de demi-tons on se déplace. Pour le compositeur, le Tonnetz reste cependant la carte la plus intuitive pour inventer des progressions chromatiques cohérentes.

Exemple d'analyse

Creep (Radiohead, en sol) : G → B → C → Cm. Sur le Tonnetz : de G tu descends à Bm (L) et tu changes de qualité vers B (P) : deux pas ; B → C n'est pas un pas unique, c'est un saut (tu l'entends comme l'« étrangeté » du morceau) ; C → Cm est un seul pas (P), le retour à G ferme le cercle.

Exercice pour le producteur

  1. Dessine sur papier un morceau de Tonnetz (5 lignes × 6 notes).
  2. Pars de Am, fais un parcours de 8 triangles adjacents, sans repasser par le même triangle.
  3. Joue la séquence avec un pad (par ex. Jup-8 V ou Prophet-5 V), en gardant fixes les notes communes.
  4. Recommence dans une autre direction : des parcours différents = des émotions différentes (le long des quintes = solaire, le long des tierces majeures = suspendu et magique).

Liens

Théorie néo-riemannienne, médiantes chromatiques, conduite des voix chromatique, cycle des quintes et tonalités voisines.

Sources

Leçons liées