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Pédale et coda dans la fugue

La pédale dans la fugue

La pédale est une note tenue longuement, en général à la basse, pendant que les autres voix continuent de se mouvoir et d'harmoniser librement au-dessus. Dans la fugue, elle a deux positions typiques :

  • Pédale de dominante : avant le retour final à la tonique ; elle prolonge la tension et prépare la dernière entrée ou la strette conclusive.
  • Pédale de tonique : dans la coda, sous les dernières entrées ou les formules cadentielles ; elle confirme la tonalité.

Dans le nom même s'entend l'origine organistique : la pédale de l'orgue peut tenir une note pendant que les mains jouent les voix supérieures.

Règles pour écrire au-dessus d'une pédale

  1. La pédale commence et finit en consonance avec l'harmonie (au début et à la fin, l'accord doit contenir la note tenue).
  2. Au milieu, les harmonies supérieures peuvent être dissonantes par rapport à la pédale : la note tenue ne compte pas comme basse réelle, et la basse harmonique devient la voix au-dessus de la pédale.
  3. Les voix supérieures doivent être correctes entre elles comme si la pédale n'existait pas.
  4. Durée typique : de deux à huit mesures. Plus elle est longue, plus il faut d'animation au-dessus.
  5. La pédale peut aussi être intérieure ou supérieure (note tenue dans une voix aiguë), ou double (tonique et dominante ensemble).

Exemple en do majeur

Pédale de dominante G2 pendant quatre mesures. Au-dessus :

  • Mesure 1 : G – B – D (V), accord consonant avec la pédale.
  • Mesure 2 : C/G (I 6/4) et F/G (IV sur G) : dissonance avec la pédale, acceptée.
  • Mesure 3 : Dm7/G – G7.
  • Mesure 4 : G7 complet ; résolution sur C à la mesure suivante, avec la basse qui passe de G à C.

Une voix supérieure peut entre-temps exposer la tête du sujet en strette.

La coda

La coda est tout ce qui suit la dernière entrée complète du sujet. Fonctions :

  • Cadence conclusive claire, souvent avec pédale de tonique.
  • Dernier rappel de la tête du sujet, parfois en valeurs plus longues ou harmonisée en blocs.
  • Élargissement : les voix se multiplient (accords pleins) ou une voix supplémentaire s'ajoute.
  • Tierce picarde dans les fugues en mineur : l'accord final majeur.

Exemples dans le répertoire

  • Clavier bien tempéré I, Fugue en do majeur BWV 846 : la fugue se termine par une section de quatre mesures construite sur la tonique, avec la basse immobile sur do.
  • Fugue en do mineur BWV 847 : elle se conclut par une tierce picarde, comme le prélude.
  • Fugue en do# mineur BWV 849 : forte dissonance sur le temps fort de la mesure 112, quatre mesures avant la fin, puis résolution conclusive.
  • Fugues chorales de Händel : la coda est souvent homorythmique, avec un ralentissement et des accords scandés avant la cadence (He trusted in God, Messiah).

Erreurs typiques

  • Pédale qui commence sur un accord dissonant : la note tenue ne s'entend pas comme une pédale mais comme une erreur.
  • Voix supérieures qui bougent peu : la pédale devient statique.
  • Coda trop longue, avec de nouvelles idées : on dirait une autre composition.
  • Oublier la préparation de la dernière entrée : sans pédale ni cadence évitée, la dernière entrée passe inaperçue.

Application moderne

  • Production électronique : la note de basse tenue (ou le drone d'un synthé) sous un build est une pédale de dominante ; la résolution sur le drop est la tonique.
  • Musiques de film : la pédale de dominante aux basses et aux timbales, avec des cordes qui montent en progression au-dessus, est la manière classique de préparer le climax.
  • Pop et rock : la fin sur pédale de tonique avec des accords qui changent au-dessus (C, F/C, G/C, C) est une coda typique de nombreuses ballades.
  • Chœurs : confier la pédale aux basses sur une voyelle (ou sur un mot répété) libère les autres sections pour le final.

Liens

Pédale et ostinato, fugue : strette, pédale et artifices, fugue d'école, plan formel de la fugue, cadences.

Sources

Leçons liées