Définition
L'intonation naturelle (just intonation, « juste ») construit les intervalles avec des rapports de petits nombres entiers tirés de la série des harmoniques, en incluant le nombre premier 5 (et parfois 7). L'accord majeur devient le rapport 4:5:6, le mineur 10:12:15 : des accords parfaitement stables, sans battements.
La gamme naturelle de Zarlino (limite 5)
| Degré | Note | Rapport | Cents | 12-TET |
|---|---|---|---|---|
| 1 | do | 1/1 | 0 | 0 |
| 2 | ré | 9/8 | 203,91 | 200 |
| 3 | mi | 5/4 | 386,31 | 400 |
| 4 | fa | 4/3 | 498,04 | 500 |
| 5 | sol | 3/2 | 701,96 | 700 |
| 6 | la | 5/3 | 884,36 | 900 |
| 7 | si | 15/8 | 1088,27 | 1100 |
Les trois accords principaux (C–E–G, F–A–C, G–B–D) sont tous en 4:5:6. Il y a cependant deux tons différents : le ton majeur 9/8 (203,91 cents : do–ré, fa–sol, la–si) et le ton mineur 10/9 (182,40 cents : ré–mi, sol–la). Le demi-ton diatonique est 16/15 (111,73 cents).
Le problème : le comma syntonique
La quinte ré–la vaut 5/3 : 9/8 = 40/27 = 680,45 cents, trop basse d'un comma syntonique (81/80 = 21,51 cents). L'accord de ré mineur est faux. En intonation naturelle, chaque degré change de hauteur selon l'accord : le ré du degré ii (ré–fa–la) doit être plus bas de 21,5 cents que le ré du V (sol–si–ré). Les chœurs, les quatuors à cordes et les sections de vents font exactement cela, en ajustant les notes en temps réel : les tierces majeures s'abaissent d'environ 14 cents par rapport au piano, les tierces mineures s'élèvent d'environ 16, la septième de dominante peut descendre vers 7/4 (−31 cents) dans le barbershop.
Le tempérament mésotonique
À la Renaissance et au début du baroque, on utilisait le mésotonique au 1/4 de comma : on rétrécit chaque quinte de 1/4 de comma syntonique (696,58 cents) de sorte que quatre quintes produisent une tierce majeure pure (do–sol–ré–la–mi = 5/4). Le ton vaut 193,16 cents, la « moyenne » entre 9/8 et 10/9 (d'où le nom). Avantages : 8 tierces majeures pures, des accords très doux dans les tonalités à peu d'altérations. Défauts : sol# et lab sont des notes différentes (sol# est plus bas d'environ 41 cents) ; la quinte sol#–mib devient un loup d'environ 737,6 cents. C'est pourquoi certains orgues et clavecins historiques avaient des touches brisées (ré#/mib et sol#/lab séparés).
Les bons tempéraments (circulants)
Entre la fin du XVIIe et le XVIIIe siècle se diffusent des tempéraments dans lesquels toutes les tonalités sont utilisables mais avec des caractères différents : les tonalités proches de do ont des tierces presque pures, les plus éloignées des tierces larges et « tendues ».
- Werckmeister III (1691) : quatre quintes rétrécies d'1/4 de comma pythagoricien, les autres pures.
- Kirnberger III (1779) et Vallotti (milieu du XVIIIe siècle) : variantes encore très utilisées aujourd'hui dans la musique ancienne.
C'est ici que prend racine la théorie des affects des tonalités (Mattheson, Schubart) : do majeur « pur », mib « héroïque », fa# mineur « sombre ». Avec le 12-TET, ces différences disparaissent, mais elles subsistent dans la tradition à travers le timbre des instruments (cordes à vide, clés des vents).
L'intonation naturelle dans la musique d'aujourd'hui
- A cappella et barbershop : la septième harmonique 7/4 crée le célèbre « ring » (l'harmonique qui semble une cinquième voix).
- Synthés et DAW : Surge XT, Pigments, Serum 2 et beaucoup d'autres lisent les fichiers Scala (.scl/.tun) ; il existe des plugins comme MTS-ESP qui réaccordent dynamiquement les accords en intonation naturelle.
- Compositeurs : Harry Partch (gamme à 43 notes par octave), La Monte Young (The Well-Tuned Piano), Ben Johnston (quatuors en intonation étendue), Jacob Collier (dérive microtonale contrôlée).
- Musique non occidentale : les shruti indiennes (22 par octave, en théorie) sont pensées comme des rapports ; voir les fiches sur les raga et les maqam.
Exemple d'écoute
Écoutez un chœur professionnel chanter le « Miserere » d'Allegri, puis la même harmonie au piano : dans le chœur, les tierces majeures finales « se posent ». Dans le barbershop (par ex. The Buffalo Bills), les septièmes de dominante sonnent sans battements grâce au 7/4.
Exercice
- Avec un synthé qui lit les fichiers .scl, chargez un accord naturel sur do et jouez I–IV–V–I : écoutez la pureté. Puis jouez ii–V–I et entendez le ré mineur faux.
- Enregistrez une harmonie vocale à trois parties de votre cru et analysez-la avec Melodyne : mesurez en cents de combien les tierces majeures sont plus basses que la grille.
- Avec deux oscillateurs sinusoïdaux, créez une septième 7/4 (par ex. 200 Hz et 350 Hz) et comparez-la avec la septième mineure tempérée (200 Hz et 356,4 Hz).
Liens
Accord pythagoricien et comma ; Tempérament égal et cents ; La série des harmoniques et le timbre ; Harmonies vocales et voicing pour chœur.