Blues60–170 BPM6 progressions

Chicago blues

Histoire et caractère

Le Chicago blues est le blues électrique urbain né à Chicago avec la Grande Migration des Afro-Américains du Sud vers les villes industrielles du Nord durant la première moitié du XXe siècle. Dès les années 1930, la ville possède une scène blues (le « Bluebird sound » du label Bluebird avec Tampa Red, Big Bill Broonzy, Sonny Boy Williamson I ; des clubs comme « The Gates » de Ruby Lee Gatewood) ; au début des années 1940 arrivent les bluesmen du Mississippi, qui apportent le Delta blues et l'amplifient pour se faire entendre dans les clubs bruyants du South Side. Muddy Waters, arrivé en 1943 et accueilli par Big Bill Broonzy, obtient son premier succès électrique avec « I Can't Be Satisfied » (1948) et enregistre « Rollin' Stone » (1950), dont les Rolling Stones et le magazine Rolling Stone tireront leur nom.

L'apogée se situe entre la fin des années 1940 et le début des années 1950 avec Chess Records (et sa filiale Checker) des frères Leonard et Phil Chess : Muddy Waters (« Hoochie Coochie Man », 1954, et « I Just Want to Make Love to You », écrits par Willie Dixon, contrebassiste, auteur et producteur de Chess), Howlin' Wolf (« Smokestack Lightnin' », « Spoonful »), Little Walter (qui place l'harmonica amplifié au centre du son : « Juke », 1952), Sonny Boy Williamson II, Jimmy Rogers, Elmore James (le slide de « Dust My Broom »), Jimmy Reed, Otis Spann au piano. C'est Muddy Waters qui, en 1955, a orienté Chuck Berry vers Chess.

À partir du milieu des années 1950, le West Side sound (Otis Rush, Magic Sam, Buddy Guy, sur des labels comme Cobra) apporte un blues plus tranchant, avec une guitare soliste à la B.B. King et des influences jazz et soul, par rapport au South Side plus brut et agressif. À la fin des années 1950 et dans les années 1960, le Chicago blues touche un public international (les tournées anglaises de Sonny Boy Williamson II en 1963–64 avec des groupes britanniques) ; dans les années 1970, Alligator Records de Bruce Iglauer documente la nouvelle génération (Hound Dog Taylor, Koko Taylor, Son Seals, Lonnie Brooks) ; le Chicago Blues Festival a lieu depuis 1984. La formation typique : voix, une ou deux guitares électriques (solid body), harmonica amplifié, piano, basse, batterie.

Gammes et tonalités

Gamme blues et pentatonique mineure

  • Pentatonique mineure : 1 b3 4 5 b7. Sur la : A C D E G.
  • Blues : 1 b3 4 b5 5 b7. Sur la : A C D Eb E G.
  • Note caractéristique : b3 courbée vers la 3, b7 et b5 de passage.
  • Usage : riffs à l'unisson de guitare, basse et harmonica (Hoochie Coochie Man), solos, voix.
  • Exemple réel : Muddy Waters — Mannish Boy (un accord, riff sur la pentatonique de la).
  • Erreurs courantes : jouer la gamme sans le vibrato et les bendings qui la rendent « vocale ».

Mélange majeur-mineur

  • Formule : 1 2 b3 3 4 b5 5 6 b7. Sur la : A B C C# D Eb E F# G.
  • Usage : les solistes du West Side (Otis Rush, Buddy Guy, Magic Sam) passent de la pentatonique mineure à la majeure selon l'accord : C# sur A7, F# sur D7.

Pentatonique majeure

  • Sur la : A B C# E F#. Usage : phrases « douces » à la B.B. King dans le style West Side, réponses de l'harmonica en première position.

Harmonica : les positions

  • Deuxième position (cross harp) : harmonica en ré pour un blues en la ; la gamme obtenue est un mixolydien (A B C# D E F# G) avec la b3 et la b5 obtenues par les bendings.
  • Troisième position : harmonica en sol pour un blues en la → dorien (A B C D E F# G), utilisée pour les blues mineurs.
  • Usage : Little Walter, Big Walter Horton, Junior Wells, James Cotton.

Mixolydien

  • Sur la : A B C# D E F# G. Usage : riffs boogie de la guitare rythmique (1–3–5–6–b7), lignes de basse et de piano.

Dorien (blues mineur)

  • Sur la : A B C D E F# G. Usage : les blues mineurs du West Side (Otis Rush — « Double Trouble », Magic Sam).

Comment choisir

ContexteMatériau
Riffs à l'unissonPentatonique mineure
Solos West SideMélange majeur-mineur
HarmonicaDeuxième position (mixolydien + bendings)
Blues mineursDorien, éolien
Guitare rythmique, basseMixolydien, figure boogie

Harmonie

Forme et fonction

Blues de 12 mesures (I7–IV7–V7), souvent avec du stop-time dans les couplets (le groupe joue un seul coup sur le premier temps et la voix chante seule : Hoochie Coochie Man), morceaux sur un accord avec un riff hypnotique (Mannish Boy, Smokestack Lightnin'), blues de 8 mesures et blues mineurs (surtout dans le West Side).

Éléments typiques

  • Riff à l'unisson de guitare, basse et harmonica qui fait office de « refrain ».
  • Stop-time avec des hits de tout le groupe.
  • Turnaround I7–IV7–I7–V7 avec le lick descendant.
  • Accords de neuvième à la guitare rythmique (A9, D9, E9).
  • Piano qui remplit avec des triolets et des accords en renversement.

Rythme harmonique

Lent et prévisible ; la tension est dans la voix, dans les stops et dans l'interplay.

Voicings

Guitare rythmique avec des motifs boogie (quinte–sixte) ou des accords de neuvième ; deux guitares qui s'entrelacent (Jimmy Rogers avec Muddy Waters) ; piano avec accords arpégés et triolets.

Progressions typiques

NomTonalitéAccordsDegrésComment l'utiliser
Blues de ChicagolaA7 D7 A7 A7 D7 D7 A7 A7 E7 D7 A7 E7I7 IV7 I7 I7 IV7 IV7 I7 I7 V7 IV7 I7 V7La forme de base du South Side, avec shuffle et quick change.
Stop-timelaA7 A7 A7 A7 D7 D7 A7 A7 E7 D7 A7 E7I7 I7 I7 I7 IV7 IV7 I7 I7 V7 IV7 I7 V7Hoochie Coochie Man : pendant les 4 premières mesures, le groupe ne joue que le riff/coup et la voix chante seule ; puis le groupe repart.
Un accord avec rifflaA7I7Mannish Boy : un seul accord, riff répété, voix qui « prêche ».
Blues mineur West Sidedo mineurCm7 Cm7 Cm7 Cm7 Fm7 Fm7 Cm7 Cm7 Ab7 G7 Cm7 G7i7 i7 i7 i7 iv7 iv7 i7 i7 VI7 V7 i7 V7Le blues mineur d'Otis Rush et Magic Sam (VI7 comme dominante de passage vers le V).
Blues de 8 mesuresmiE7 B7 A7 A7 E7 B7 E7 B7I7 V7 IV7 IV7 I7 V7 I7 V7Forme courte (Key to the Highway dans la version de Big Bill Broonzy et Little Walter).
Shuffle avec IV9solG7 C9 G7 G7 C9 C9 G7 E7 A7 D7 G7 D7I7 IV9 I7 I7 IV9 IV9 I7 VI7 II7 V7 I7 V7Variante avec dominantes secondaires dans le turnaround (plus proche du jump et du West Side).

Rythme et groove

Feel

Shuffle en triolets (le plus courant), slow blues en 12/8, morceaux sur un accord avec un groove « en ostinato » (souvent avec des accents déplacés), rumba blues (Otis Rush, Magic Sam : croches droites avec figure latine), boogie et croches droites dans le blues plus tardif.

Backbeat et drive

Le batteur Fred Below (avec Little Walter et chez Chess) est considéré comme l'un des premiers à avoir donné au blues de Chicago un backbeat moderne et un shuffle « propre » : caisse claire forte sur 2 et 4, shuffle à la ride/charleston, grosse caisse légère.

Stop-time et hits

Les stops font partie du rythme : tout le groupe frappe le premier temps (ou le 1 et le 2&) et laisse la voix seule.

Microtiming

Groove « lourd » et en retrait du temps ; l'harmonica et la guitare soliste anticipent et retardent librement.

Batterie

Principe

La batterie du Chicago blues tient un shuffle solide et un backbeat décidé, soutient les stops et les hits, laisse de la place à la voix et à l'harmonica. Batteurs : Fred Below, Odie Payne, S.P. Leary, Francis Clay, Earl Phillips (Jimmy Reed), Sam Lay, Willie « Big Eyes » Smith.

Shuffle

  • Charleston (ou ride) en triolets shuffle (premier et troisième triolet), accent sur les noires.
  • Caisse claire forte sur 2 et 4 ; parfois la main gauche ajoute le troisième triolet (double shuffle).
  • Grosse caisse légère à quatre temps ou sur 1 et 3.

Slow blues

Triolets sur la ride ou le charleston, caisse claire pleine sur 2 et 4, grosse caisse sur 1 et 3 ; fills en triolets sur les toms à la fin du chorus.

Morceaux sur un accord

Groove ostinato avec des accents sur les hits du groupe (Mannish Boy : coups sur le 1 et sur le « a » du 2 synchronisés avec la guitare et la voix).

Dynamique

Couplets piano, solos d'harmonica et de guitare plus forts ; stop-time avec des coups secs.

Interaction

La basse (contrebasse ou électrique) et la grosse caisse forment un bloc ; la batterie suit les signaux du leader et les stops.

Sections

Intro (souvent le riff ou un turnaround), couplets avec stop-time, solo d'harmonica, solo de guitare, couplet final, coda.

Fills

Courts, en triolets, à la mesure 12 ou avant les solos.

Sons

Kit des années 1950 avec grosse caisse de 22" étouffée, caisse claire profonde avec timbre, ride sombre ; enregistrement avec peu de micros (Chess utilisait un écho de « chambre » dans la salle de bains/la cave du studio).

Erreurs typiques

Shuffle irrégulier, trop de cymbales, batterie rock moderne, perdre les stops.

Basse

Son

Contrebasse (Willie Dixon) jusqu'au milieu des années 1950, puis basse électrique Fender (Precision) ; son rond, profond et court.

Lignes

Boogie (1–3–5–6–b7), walking shuffle, riff à l'unisson avec la guitare et l'harmonica (Hoochie Coochie Man, Smokestack Lightnin'), pédales sur les morceaux à un accord.

Rapport avec la grosse caisse

Unisson sur les temps forts ; la basse porte le triolet du shuffle.

Exemples

Willie Dixon (Chess), Calvin « Fuzz » Jones (groupe de Muddy Waters), Dave Myers (avec Little Walter), Bob Stroger.

Instruments harmoniques

  • Guitares électriques (solid body et semi-acoustiques : Telecaster, Les Paul, Gibson ES) : guitare soliste avec slide (Muddy Waters, Elmore James) ou notes simples (Buddy Guy, Otis Rush) ; guitare rythmique avec motifs boogie et accords de neuvième (Jimmy Rogers, Hubert Sumlin avec Howlin' Wolf).
  • Harmonica amplifié (Little Walter, Big Walter Horton, Junior Wells, James Cotton) : joué avec un micro « bullet » (Shure Green Bullet, Astatic) dans un petit ampli à lampes saturé : il est à la fois instrument soliste et « section de cuivres ».
  • Piano (Otis Spann, Pinetop Perkins, Sunnyland Slim) : triolets, boogie, fills, accords en renversement.
  • Orgue et cuivres dans les productions plus tardives et dans le soul blues.

Mélodie et voix

Voix

Voix puissantes et rugueuses (Muddy Waters baryton « autoritaire », Howlin' Wolf avec son grognement et son falsetto, Koko Taylor), chant de prédicateur, paroles AAB avec des phrases « slogans » répétées ; beaucoup d'interaction avec l'harmonica et la guitare.

Call and response

La voix chante 2 mesures, l'harmonica ou la guitare répondent pendant 2.

Solos

Harmonica amplifié (phrases longues et tenues, bendings, « chugging » rythmique), guitare slide ou en notes simples, piano.

Effets

Slapback et écho de chambre sur la voix (son Chess), amplis saturés pour l'harmonica et la guitare.

Instruments

  • Voix
  • 1–2 guitares électriques (aussi slide)
  • Harmonica amplifié (micro bullet + ampli à lampes)
  • Piano
  • Contrebasse, puis basse électrique
  • Batterie
  • Saxophone et orgue (dans certains groupes)

Patterns de batterie

Synthés et sons

  • Piano V — Piano à la Otis Spann: Droit brillant avec un peu de « honky-tonk », triolets et boogie ; petite room.
  • B-3 V — Orgue: Chicago blues des années 1960–1970 et soul blues : drawbars 888000000, Leslie lent, overdrive.
  • Wurli V — Wurlitzer: Couleur « juke joint » alternative au piano.

Structure du morceau

Forme

  • Intro (4 mesures ou un chorus instrumental, souvent avec le riff).
  • Couplets de 12 mesures (2–3), souvent avec stop-time.
  • Solo d'harmonica (1–2 chorus).
  • Couplet.
  • Solo de guitare ou de piano (1–2 chorus).
  • Couplet final et coda (turnaround et arrêt sur le V7 ou coup final).
  • Durée 2:45–4:00 (singles Chess) ; plus long en concert.

Arrangement

Groupe compact qui joue « ensemble » : couplets avec dynamique contenue et stops, solos avec le groupe plus fort, dernier chorus avec une énergie maximale ; beaucoup de morceaux se terminent en fondu sur le riff.

Mixage et mastering

Objectif sonore

Groupe dans une pièce, saturé et vivant : voix et harmonica devant, guitares crues et un peu distordues par les petits amplis, basse profonde, batterie avec un backbeat net, écho de chambre ou slapback. Références : Muddy Waters — Hoochie Coochie Man (Chess), Little Walter — Juke, Howlin' Wolf — Smokestack Lightnin', Buddy Guy — productions modernes. Loudness −14/−11 LUFS (vintage), −10/−9 (moderne).

Grosse caisse

HP 40 Hz ; 60–90 Hz +2 dB ; −3 dB à 350 Hz ; peu d'attaque (1,5–2 kHz +1 dB) ; compression 3:1 2–3 dB ; centre.

Caisse claire

HP 100 Hz ; 200 Hz corps ; −2 dB à 700 Hz ; 4 kHz +2 dB ; compression 4:1 3–5 dB ; chambre/plate 1–1,5 s.

Charleston et cymbales

HP 300 Hz ; LP 12 kHz pour la couleur d'époque ; pan 20–30 %.

Basse

HP 35 Hz ; 70–100 Hz +2 dB ; −2 dB à 250 Hz ; 700 Hz +1 dB ; LP 4–5 kHz ; opto 4–5 dB ; centre.

Guitares

  • Petits amplis à lampes saturés (Fender Champ/Deluxe/Bassman, Gibson) avec micro dynamique proche + room.
  • EQ : HP 90 Hz ; −2/−3 dB à 300 Hz si « étouffées » ; présence 1,5–3 kHz ; LP 8 kHz.
  • Compression : 2–3 dB ou aucune.
  • Espace : spring ou chambre ; slapback 100–140 ms sur le slide.
  • Pan : soliste au centre ou à 20–30 %, rythmique à l'opposé 40–60 %.

Harmonica amplifié

  • Chaîne : micro bullet → ampli à lampes saturé → dynamique sur le cône.
  • EQ : HP 150 Hz ; 600 Hz–1,5 kHz « honk » (+2 dB) ; −2 dB à 3–4 kHz si ça siffle ; LP 6–7 kHz.
  • Compression : 3–5 dB (le signal saturé est déjà dense).
  • Espace : slapback 100–150 ms + plate courte.
  • Pan : centre ou 15–25 % à l'opposé de la guitare soliste.

Piano

HP 60 Hz ; −2 dB à 300 Hz ; 3 kHz +1 dB ; pan 30–40 %.

Voix

HP 80 Hz ; −2 dB à 300 Hz ; présence 2–4 kHz ; 1176 (4:1, 4–6 dB) + opto ; saturation ; slapback 100–130 ms et chambre 1,2–1,6 s ; centre.

FX

Slapback à bande et écho de chambre comme « son Chess » ; spring pour les guitares.

Bus et groupes

Bus groupe avec bande et 1–2 dB de compression.

Sidechain

Jamais.

Master

Chaîne : EQ (HP 30 Hz, éventuel LP doux à 16 kHz) – compresseur 2:1 1–2 dB – bande – limiteur. Cible −13/−11 LUFS (vintage), −10/−9 (moderne), true peak −1 dBTP.

Erreurs courantes

Harmonica qui siffle à 3–4 kHz, guitares trop distordues et modernes, voix « propre » hors style, séparation stéréo exagérée, batterie avec une grosse caisse de rock.

Morceaux de référence pour le mixage

Muddy Waters — Hoochie Coochie Man ; Little Walter — Juke ; Howlin' Wolf — Spoonful ; Otis Rush — I Can't Quit You Baby ; Buddy Guy — Damn Right, I've Got the Blues (1991).

Écoutes de référence

  • Muddy Waters — I Can't Be Satisfied (1948)
  • Muddy Waters — Rollin' Stone (1950)
  • Elmore James — Dust My Broom (1951)
  • Little Walter — Juke (1952)
  • Muddy Waters — Hoochie Coochie Man (1954)
  • Muddy Waters — Mannish Boy (1955)
  • Howlin' Wolf — Smokestack Lightnin' (1956)
  • Otis Rush — I Can't Quit You Baby (1956)
  • Howlin' Wolf — Spoonful (1960)
  • Jimmy Reed — Big Boss Man (1961)
  • Koko Taylor — Wang Dang Doodle (1966)
  • Magic Sam — West Side Soul (album, 1967)

Sources

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