Le style fugato de Händel
Händel (1685–1759) utilise la fugue surtout dans les chœurs des oratorios. Par rapport à Bach, son approche est plus théâtrale et moins systématique :
- Expositions régulières, souvent de la basse vers l'aigu, mais développement libre.
- Alternance de sections fuguées et de sections homorythmiques (accords en blocs), pour faire comprendre le texte et créer du contraste.
- Sujets nets : notes répétées, sauts caractéristiques, rythmes parlés.
- Deux sujets contrastants sur deux phrases du texte, souvent combinés.
- Progressions et pédales très évidentes ; finals avec ralentissement et accords scandés.
- Réutilisation de matériau personnel ou d'autrui, retravaillé pour le chœur.
Messiah (1741)
L'oratorio contient plusieurs chœurs fugués. Trois cas exemplaires :
And with His stripes we are healed (deuxième partie)
- Fait partie de la série de chœurs brefs sur la Passion, en fa mineur.
- Chœur en forme de fugue, avec un sujet bref en valeurs longues, de caractère ancien, contrasté par les mélismes sur le mot healed.
- Montre la fugue comme moyen expressif : le sévère style ancien pour le texte de la souffrance.
He trusted in God (deuxième partie)
- Fugue à quatre voix en mode mineur, à 4/4.
- Exposition : basses (sujet à la tonique), ténors (réponse à la dominante), altos (sujet), sopranos (réponse).
- Développement avec une trame contrapuntique continue et un usage évident de progressions.
- Final : la musique ralentit brusquement, la trame devient homorythmique, trois accords détachés, un retard et une cadence parfaite.
- Le sujet, avec son rythme quasi parlé, représente la foule qui se moque.
Hallelujah (fin de la deuxième partie)
- Ce n'est pas une fugue complète mais elle alterne des sections homorythmiques, un passage en cantus firmus à l'unisson (For the Lord God omnipotent reigneth) et un épisode fugué sur And He shall reign for ever and ever.
- C'est le modèle du chœur mixte : fugato pour l'énergie, accords pour la proclamation.
Amen (final)
- Longue fugue chorale sur le seul mot Amen qui clôt l'oratorio : sans texte à faire comprendre, le contrepoint devient le protagoniste absolu, et ce n'est que dans les dernières mesures que l'écriture se recueille en accords lents.
Ce qu'enseigne Händel
- La fugue au service du texte : elle s'interrompt quand le texte doit être compris.
- Contraste de texture comme moteur formel : fugato – homorythmie – fugato.
- Sujets rythmiques faciles à chanter pour un chœur nombreux.
- Final rhétorique : ralentissement, accords détachés, retard, cadence.
Comment les étudier
- Marque sur la partition les sections fuguées et les sections homorythmiques : observe où et pourquoi elles alternent.
- Note l'ordre des entrées et les tonalités des entrées centrales.
- Repère les progressions et les pédales.
- Compare un chœur de Händel avec une fugue de Bach : densité, durée du contrepoint, rôle du texte.
Erreurs typiques dans l'analyse
- Juger Händel à l'aune de la fugue d'école : beaucoup de ses chœurs sont des fugatos libres, non des fugues complètes.
- Ignorer le texte : les choix de texture dépendent des mots.
Application moderne
- Chœurs pop, gospel et comédie musicale : l'alternance entre entrées imitées et accords en blocs est la technique la plus efficace pour les grands chœurs ; les choristes trouvent faciles les sujets rythmiques de ce type.
- Musiques de film : le fugato choral qui s'interrompt en accords scandés avant la cadence finale est un geste épique encore très utilisé.
- Arrangement : le passage à l'unisson (toutes les voix sur la même mélodie) entre deux sections contrapuntiques donne de la force et de la clarté.
Liens
Formes sacrées 2 : cantate, oratorio et Passion, chœur cinématographique et épique, exposition de la fugue, fugue : plan formel, gang vocals.