Deux concepts différents
- Accord hybride (hybrid chord, Berklee) : une triade (ou septième) sur une note de basse qui n'en est ni la fondamentale ni une de ses notes. On l'écrit avec la barre oblique : Bb/C, D/C, F/G. La triade supérieure et la basse forment ensemble un accord étendu sans tierce ou aux fonctions ambiguës.
- Polyaccord : deux accords complets superposés, chacun reconnaissable. On l'écrit avec une ligne horizontale (accord supérieur au-dessus, inférieur en dessous) ; ici, nous l'indiquons par « E sur C ».
Principaux hybrides (basse C)
| Symbole | Notes | Équivalent | Usage |
|---|---|---|---|
| Bb/C | C Bb D F | C9sus4 | dominante suspendue, gospel, pop |
| Gm7/C | C G Bb D F | C9sus4 (avec 5) | idem, plus plein |
| D/C | C D F# A | D7/C, ou C lydien (9, #11, 13) | couleur lydienne sur pédale C |
| E/C | C E G# B | Cmaj7#5 | mineur mélodique, rêveur |
| Ab/C | C Ab C Eb | Ab/C (premier renversement de Ab) | n'est pas un hybride : c'est un renversement |
| Gb/C | C Gb Bb Db | C7(b9 #11) sans tierce | dominante tendue |
| Db/C | C Db F Ab | C phrygien (b9, 11, b13) | phrygien suspendu |
| Eb/C | C Eb G Bb | Cm7 | n'est pas un hybride : c'est Cm7 |
Règle : si la triade contient la note de basse ou en forme un accord standard, ce n'est pas un hybride mais un renversement ou un accord ordinaire.
La dominante hybride la plus utilisée
F/G (G F A C) = G9sus4 (G, 7, 9, 11). À la place de G7 avant C : elle n'a pas de triton, la tension est donc douce ; elle résout bien sur C ou sur C/E. C'est la dominante « gospel » et « pop moderne » par excellence.
Polyaccords célèbres
- Accord de Petrouchka (Stravinski, Petrouchka, 1911) : do majeur sur fa# majeur (C E G + F# A# C#), deux triades à distance de triton, jouées par deux clarinettes. Il symbolise la double nature de la marionnette.
- Accord des Augures (Le Sacre du printemps, 1913) : un Fb majeur (enharmoniquement mi majeur) dans les registres graves et un Eb7 au-dessus, répétés avec des accents irréguliers.
- Upper structure dans le jazz : une triade majeure sur un accord de dominante (D sur C7 = C13#11) est un polyaccord « apprivoisé ».
Comment construire des polyaccords qui fonctionnent
- Séparation de registre : accord inférieur sous C4, supérieur au-dessus de C4 ; au moins une octave de distance entre les centres.
- Timbres différents : cordes en bas, vents en haut ; ou piano main gauche et pad de synthé.
- Rapport entre les fondamentales : triton (contraste maximal), seconde majeure (lydien, lumineux), tierce majeure (augmenté), demi-ton (dissonance extrême).
- Dosage : un polyaccord tenu longtemps devient une couleur ; utilisé brièvement, c'est un « coup ».
Exemples d'écoute
- Petrouchka (deuxième tableau) pour le polyaccord à triton.
- Maiden Voyage de Herbie Hancock : des accords comme Am7/D et Cm7/F sont des hybrides (= D11 et F11 sans tierce), la base du son modal des années 1960.
- Ballades pop et gospel : F/G, Bb/C, Eb/F avant la tonique.
Exercice pour le producteur
- Écris C – F/G – C dans un pad : compare avec C – G7 – C.
- Crée une boucle de deux hybrides : D/C – C (4 mesures chacun) pour une intro lydienne.
- Essaie un polyaccord « Petrouchka » : do majeur aux cordes aiguës, fa# majeur aux cuivres graves, pendant 2 mesures ; puis résous sur C. Utilise l'EQ pour séparer les registres (HPF 300 Hz sur les cordes aiguës, LPF 2 kHz sur les cuivres graves).
Liens
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