Ce que c'est
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, les musiciens improvisaient et composaient des variations sur des schémas harmoniques fixes (basses obstinées ou « grounds »), un peu comme les musiciens de jazz sur le blues ou les rhythm changes. Les plus importants sont le passamezzo antico, le passamezzo moderno, la romanesca et la folia. Ce sont les ancêtres directs de nombreuses progressions pop.
Passamezzo antico (mineur)
i – bVII – i – V – III – bVII – i – V – i
En sol mineur : Gm – F – Gm – D – Bb – F – Gm – D – Gm.
Dans la tradition anglaise, les couplets de Greensleeves suivent ce schéma.
Passamezzo moderno (majeur)
I – IV – I – V – I – IV – I – V – I
En sol : G – C – G – D – G – C – G – D – G. C'est le schéma de base de nombreuses danses de la Renaissance et de la musique populaire.
Romanesca
III – bVII – i – V – III – bVII – i – V – i
En sol mineur : Bb – F – Gm – D – Bb – F – Gm – D – Gm.
Elle est identique au passamezzo antico sauf pour le premier accord (III au lieu de i). La basse procède par quartes (Bb – F, Gm – D), avec une mélodie supérieure descendante. Le refrain de Greensleeves est une romanesca. La logique « quarte vers le bas, seconde vers le haut » de la basse reviendra dans le Canon de Pachelbel.
Folia (tardive, « La Folia »)
En rythme ternaire lent (sarabande), généralement en ré mineur :
i – V – i – bVII – bIII – bVII – i – V | i – V – i – bVII – bIII – bVII – i – V – i
En ré mineur : Dm – A – Dm – C – F – C – Dm – A | Dm – A – Dm – C – F – C – Dm/Bb – A – Dm.
| Mesures | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Accords | Dm | A | Dm | C | F | C | Dm (ou Bb) | A |
| Degrés | i | V | i | bVII | bIII | bVII | i (VI) | V |
Œuvres sur la Folia
- Arcangelo Corelli, Sonate pour violon op. 5 n° 12 La Folia (1700).
- Antonio Vivaldi, Sonate en trio op. 1 n° 12 (1705).
- Marin Marais, Alessandro Scarlatti, C. P. E. Bach, Salieri (26 variations pour orchestre).
- Haendel, Sarabande de la Suite en ré mineur HWV 437 (utilisée par Kubrick dans Barry Lyndon, 1975).
- Sergueï Rachmaninov, Variations sur un thème de Corelli op. 42 (1931), qui est en réalité la Folia.
Certaines sources indiquent Lully comme l'un des premiers à avoir fixé la forme « tardive » de la Folia (1672).
Pourquoi les étudier aujourd'hui
- Ce sont des boucles de 8 mesures : la même logique que la pop moderne fondée sur des grilles répétées.
- Ils montrent comment la variation (mélodie, rythme, orchestration) peut soutenir un long morceau sur une harmonie fixe.
- Ils enseignent la relation relatif majeur/mineur (i – bIII – bVII) : la même couleur que de nombreuses progressions rock et épiques (i – bVII – bIII).
Exercice pour le producteur
- Programme la Folia en ré mineur, 3/4, 60 BPM, clavecin ou cordes (2 cycles = 16 mesures).
- Crée 4 variations : (a) accords tenus ; (b) arpèges en croches ; (c) mélodie en doubles croches ; (d) version électronique avec batterie trap en demi-tempo (120 BPM half-time) et 808 sur les fondamentales.
- Écoute comment la même harmonie, vieille de 300 ans, soutient un beat moderne.
Liens
Progression de Pachelbel, cadence andalouse, pédale et ostinato, canon et imitation, éolien et locrien.