Contrepoint et conduite des voixIntermédiaire4 min de lecture

Chaînes de retards 7-6, 4-3, 2-3 et 9-8 : du contrepoint à la pop

Définition

Une chaîne de retards est une succession de syncopes dans laquelle chaque résolution devient la préparation du retard suivant. Née dans la quatrième espèce, c'est l'une des formules les plus employées de la Renaissance à la pop : elle crée une tension continue et un mouvement descendant.

La chaîne 7–6 au-dessus d'une basse descendante

Basse par degrés descendants en do : C4 B3 A3 G3 F3 E3. Voix supérieure syncopée : préparation sur le temps faible, dissonance de septième sur le temps fort, résolution sur la sixte.

Temps fortBasseVoix du dessusIntervalle
1C4(prép.) A46
2B3A47 → G4 (6)
3A3G47 → F4 (6)
4G3F47 → E4 (6)
5F3E47 → D4 (6)

C'est la formule qui, à trois voix, devient une succession d'accords de sixte (6/3) avec retards : la voix intermédiaire procède par tierces sous la voix supérieure.

La chaîne 2–3 à la basse

Ici la dissonance est dans la voix inférieure. La voix supérieure descend par degrés en notes longues ; la basse, syncopée, reste immobile tandis que la voix du dessus arrive un degré plus bas, formant une seconde (ou neuvième), puis descend à son tour en formant une tierce (ou dixième).

Temps fortVoix du dessusBasse liéeIntervalle
1G4(prép.) E310
2F4E39 → D3 (10)
3E4D39 → C3 (10)
4D4C39 → B2 (10)
5C4C3 (finale)8

La dernière résolution B2 monte à C3 tandis que la voix supérieure descend de D4 à C4 : la cadence arrive sur l'octave par mouvement contraire.

La chaîne 4–3

Moins longue que la 7–6, car la tierce de résolution ne peut devenir quarte préparée sans un saut. On l'emploie surtout en cadence : au-dessus de G3, C4 liée (4) descend à B3 (3) ; puis la cadence sur C.

Combinaisons

  • 7–6 et 4–3 alternés au-dessus d'une basse qui descend d'une quarte et monte d'une tierce : typique des séquences baroques.
  • 9–8 sur une pédale : la voix supérieure forme une neuvième sur la pédale et descend à l'octave ; la chaîne repose sur la basse immobile.
  • Retards doubles : deux voix suspendues ensemble (9 et 7, ou 4 et 6) qui résolvent simultanément ; ils produisent la cadence de la Dominante avec 6/4 ou celle du 9–8 et 4–3 ensemble.

Comment construire une chaîne sans erreurs

  1. Choisis la basse : par degrés descendants pour la 7–6 ; par sauts de quarte descendante et de tierce ascendante pour alterner 7–6 et 4–3.
  2. Écris les résolutions (les consonances imparfaites) : c'est le vrai squelette, souvent des tierces ou sixtes parallèles à la basse.
  3. Décale la voix supérieure d'un demi-temps vers l'avant et lie : tu obtiens les retards.
  4. Vérifie que les préparations sont consonantes et qu'il ne naît pas de quintes sur les temps faibles.

Exemples dans le répertoire

  • Corelli dans les sonates en trio et Haendel dans les mouvements lents des concertos grossos emploient des chaînes 7–6 et 2–3 comme moteur des séquences.
  • Les introductions pianistiques de nombreuses ballades pop descendent par degrés à la basse (C, G/B, Am, C/G…) avec la mélodie qui retarde au-dessus.

Erreurs typiques

  • Laisser la chaîne sans issue : après trois ou quatre retards il faut une cadence ou une rupture.
  • Retards qui résolvent vers le haut.
  • Redoubler la note de résolution dans une autre voix pendant que le retard est encore suspendu (par ex. B3 à la basse sous C4 suspendue qui doit résoudre sur B4) : on entend le redoublement anticipé.

Application moderne

  • Cordes de film : une chaîne 7–6 aux violons et altos sur des violoncelles qui descendent par degrés est l'un des sons les plus reconnaissables du cinéma dramatique.
  • Pop : la progression avec basse descendante et accords renversés (C G/B Am Am/G F) devient plus expressive si la mélodie ou un pad maintient la note de l'accord précédent et résout en retard.
  • Chœurs : les chaînes 2–3 entre alto et basse donnent de l'élan à un refrain lent ; les choristes les trouvent naturelles parce que chaque note est préparée.

Liens

Quatrième espèce modale, séquences harmoniques, pédale et ostinato, progression de Pachelbel, schémas galants.

Sources

Leçons liées