Genre88–100 pour le reggaeton portoricain BPM9 progressions

Reggaeton

Histoire et caractère

Le reggaeton est la musique urbaine en espagnol née de la rencontre entre le reggae en español du Panama (fin des années 1980 : Renato, El General, Nando Boom, chanteurs fils des travailleurs jamaïcains du canal) et la scène underground de San Juan, à Porto Rico, du début des années 1990. Les DJ portoricains DJ Playero et DJ Negro enregistrent sur cassette des mixtapes continues (Playero 37 et 38 ; The Noise I et II) où des rappeurs comme Daddy Yankee, Ivy Queen, Tego Calderón, Wisin & Yandel chantent et rappent sur des riddims jamaïcains. Le riddim le plus utilisé est celui de Dem Bow de Shabba Ranks (1990), construit par Steely & Clevie pour « Poco Man Jam » (1989, instrumental « Fish Market ») ; les versions de Dennis the Menace (« Pounder », 1990) sont échantillonnées en boucle pendant des années. D'où le nom « dembow » donné au rythme.

Dans les années 1990, le genre est combattu : en février 1995, la police saisit des cassettes dans six magasins de San Juan sous l'accusation d'obscénité, et en 2002 la sénatrice Velda González promeut des auditions publiques sur les paroles. C'est précisément à ce moment que les producteurs dominicano-portoricains Luny Tunes, avec Noriega et DJ Nelson, inventent un son plus mélodique et « radio » (compilation Mas Flow, 2003) : dembow programmé, synthés orchestraux de workstation, mineur harmonique, refrains chantés. « Gasolina » de Daddy Yankee (Barrio Fino, 2004) ouvre le marché international ; suivent Don Omar (King of Kings, 2006), Wisin & Yandel, Héctor & Tito, Zion & Lennox, Tito El Bambino.

Après un déclin à la fin des années 2000, la scène colombienne de Medellín (J Balvin, Maluma, Karol G, producteurs comme Sky Rompiendo et Ovy on the Drums) et le crossover de « Despacito » (Luis Fonsi feat. Daddy Yankee, 2017 : 16 semaines au n° 1 du Billboard Hot 100) font du reggaeton le genre latin le plus écouté au monde. Avec « Te Boté » (2018), un dembow plus minimal s'impose ; Bad Bunny (avec le producteur Tainy) porte le genre à un public mondial et Un Verano Sin Ti (2022) est le premier album entièrement en espagnol à atteindre le n° 1 du Billboard 200. Aujourd'hui, le terme « música urbana » regroupe reggaeton romántico, perreo, dembow, latin trap et fusions avec l'afrobeats, la bachata (« bachatón »), la house et la pop.

L'esthétique repose sur trois piliers : le rythme dembow (grosse caisse sur les noires + caisse claire avec la figure 3+3+2), une courte boucle harmonique qui ne cadence jamais vraiment et une voix au premier plan alternant chant et rap, presque toujours avec Auto-Tune. La danse associée est le perreo (ou sandungueo).

Gammes et tonalités

Mineur naturel (éolien)

  • Formule : 1 2 b3 4 5 b6 b7 — T S T T S T T (demi-tons 2 1 2 2 1 2 2)
  • Exemple sur la (A) : A B C D E F G
  • Note caractéristique : la b6 : mélancolie ; avec la b7 (pas de sensible), le mineur reste « circulaire »
  • Triades diatoniques : Am (i) – Bdim (ii°) – C (III) – Dm (iv) – Em (v) – F (VI) – G (VII)
  • Quatriades : Am7 (i7) – Bm7b5 (iiø7) – Cmaj7 (IIImaj7) – Dm7 (iv7) – Em7 (v7) – Fmaj7 (VImaj7) – G7 (VII7)
  • Usage dans le genre : c'est la gamme de base d'au moins la moitié du répertoire : pads et pianos jouent i–VI–III–VII, la voix reste entre 1, b3, 4 et 5 et utilise la b6 comme appui mélancolique qui descend sur la 5. La basse/808 joue presque uniquement des fondamentales.
  • Exemple réel : Luis Fonsi feat. Daddy Yankee — Despacito (si mineur, 89 BPM : Bm G D A = i VI III VII) ; J Balvin & Willy William — Mi Gente (si mineur, ~105 BPM).
  • Erreurs courantes : écrire la mélodie du refrain en insistant sur la 7 majeure (G#) par habitude pop : en éolien, la sensible n'existe pas et la boucle perd sa couleur « nocturne ». Autre erreur : trop d'accords différents ; le genre vit de 4 accords répétés.

Mineur harmonique

  • Formule : 1 2 b3 4 5 b6 7 — T S T T S 1½T S (demi-tons 2 1 2 2 1 3 1)
  • Exemple sur mi (E) : E F# G A B C D#
  • Note caractéristique : la 7 (sensible) en mineur et la seconde augmentée b6–7 : tension dramatique, saveur « moyen-orientale/andalouse »
  • Triades diatoniques : Em (i) – F#dim (ii°) – Gaug (III+) – Am (iv) – B (V) – C (VI) – D#dim (vii°)
  • Quatriades : Em(maj7) (i(maj7)) – F#m7b5 (iiø7) – Gmaj7#5 (III+maj7) – Am7 (iv7) – B7 (V7) – Cmaj7 (VImaj7) – D#dim7 (vii°7)
  • Usage dans le genre : signature du reggaeton 2002–2008 (Luny Tunes, Noriega, Nely) : cordes pizzicato, violons et leads « arabes » jouent la seconde augmentée C–D# et referment la grille sur le V majeur (B ou B7). Le riff est souvent centré sur le V et sonne comme du phrygien dominant.
  • Exemple réel : les intros orchestrales de l'ère Mas Flow (2003) et de nombreux morceaux de Don Omar et Wisin & Yandel 2004–2007, construits sur i–VI–VII–V ou i–iv–V ; en cas de doute sur la tonalité exacte d'un morceau, écoute la fonction du V majeur.
  • Erreurs courantes : utiliser le mineur harmonique aussi sur la voix pendant tout le morceau : cela devient caricatural. En règle générale, seuls le riff instrumental et la cadence sur le V utilisent la sensible, le reste est éolien.

Phrygien

  • Formule : 1 b2 b3 4 5 b6 b7 — S T T T S T T (demi-tons 1 2 2 2 1 2 2)
  • Exemple sur la (A) : A Bb C D E F G
  • Note caractéristique : la b2 : demi-ton au-dessus de la tonique, couleur sombre, hispanique, menaçante
  • Triades diatoniques : Am (i) – Bb (II) – C (III) – Dm (iv) – Edim (v°) – F (VI) – Gm (vii)
  • Quatriades : Am7 (i7) – Bbmaj7 (IImaj7) – C7 (III7) – Dm7 (iv7) – Em7b5 (vø7) – Fmaj7 (VImaj7) – Gm7 (vii7)
  • Usage dans le genre : pour le perreo sombre et les beats minimaux : deux accords (i–bII, Am–Bb) ou un seul riff de basse qui oscille entre 1 et b2. Les mélodies de synthé jouent de petits motifs de 3–4 notes autour de 1–b2–b3.
  • Exemple réel : de nombreux beats perreo/underground et dembow dominicains récents alternent i–bII ; exemple pédagogique : Am Bb Am Bb à 95 BPM avec 808 sur la fondamentale.
  • Erreurs courantes : placer la b2 sur le temps fort dans la voix sans la résoudre : la b2 fonctionne comme un appui qui descend sur la tonique.

Phrygien dominant (5e mode du mineur harmonique)

  • Formule : 1 b2 3 4 5 b6 b7 — S 1½T S T S T T (demi-tons 1 3 1 2 1 2 2)
  • Exemple sur mi (E) : E F G# A B C D
  • Note caractéristique : le couple b2 + 3 majeure (seconde augmentée b2–3) : le son flamenco/arabe par excellence
  • Triades diatoniques : E (I) – F (II) – G#dim (iii°) – Am (iv) – Bdim (v°) – Caug (VI+) – Dm (vii)
  • Quatriades : E7 (I7) – Fmaj7 (IImaj7) – G#dim7 (iii°7) – Am(maj7) (iv(maj7)) – Bm7b5 (vø7) – Cmaj7#5 (VI+maj7) – Dm7 (vii7)
  • Usage dans le genre : c'est la version « andalouse/arabe » du mineur harmonique construite sur le V : les guitares espagnoles et les leads ethniques de nombreux tubes de reggaeton romántico et de bachatón l'utilisent pour leurs phrasés (E F G# A B C D).
  • Exemple réel : la cadence andalouse Am G F E (i VII VI V en la mineur) est la même gamme vue depuis le V ; on l'entend dans les guitares et cordes d'innombrables intros.
  • Erreurs courantes : appeler « mi mineur » un morceau qui gravite en réalité autour de E majeur avec b2 : choisis le bon accord de tonique (E, pas Em) sinon la basse sonnera faux contre le riff.

Dorien

  • Formule : 1 2 b3 4 5 6 b7 — T S T T T S T (demi-tons 2 1 2 2 2 1 2)
  • Exemple sur ré (D) : D E F G A B C
  • Note caractéristique : la 6 majeure sur une base mineure : mineur « ouvert », moins triste, qui donne le IV majeur
  • Triades diatoniques : Dm (i) – Em (ii) – F (III) – G (IV) – Am (v) – Bdim (vi°) – C (VII)
  • Quatriades : Dm7 (i7) – Em7 (ii7) – Fmaj7 (IIImaj7) – G7 (IV7) – Am7 (v7) – Bm7b5 (viø7) – Cmaj7 (VIImaj7)
  • Usage dans le genre : dans le reggaeton pop/afro-fusion et dans les productions de Tainy ou Sky Rompiendo : la 6 majeure (B sur ré) rend le mineur plus solaire. Progression typique i–IV (Dm–G) ou i–bVII–IV.
  • Exemple réel : de nombreux tubes colombiens 2017–2022 alternent i et IV majeur dans le refrain ; écoute comment le IV majeur « ouvre » le son par rapport à l'éolien.
  • Erreurs courantes : utiliser le dorien puis mettre le VI (Bb) dans la grille : la b6 annule la couleur dorienne.

Majeur (ionien)

  • Formule : 1 2 3 4 5 6 7 — T T S T T T S (demi-tons 2 2 1 2 2 2 1)
  • Exemple sur do (C) : C D E F G A B
  • Note caractéristique : la 7 (sensible) et la 3 majeure : luminosité et forte résolution V–I
  • Triades diatoniques : C (I) – Dm (ii) – Em (iii) – F (IV) – G (V) – Am (vi) – Bdim (vii°)
  • Quatriades : Cmaj7 (Imaj7) – Dm7 (ii7) – Em7 (iii7) – Fmaj7 (IVmaj7) – G7 (V7) – Am7 (vi7) – Bm7b5 (viiø7)
  • Usage dans le genre : reggaeton romántico et pop : vi–IV–I–V ou I–V–vi–IV. Mélodies diatoniques, sauts de tierce et de sixte, chœurs en tierces.
  • Exemple réel : Luis Fonsi feat. Daddy Yankee — Despacito lu dans le relatif majeur (ré : Bm G D A = vi IV I V).
  • Erreurs courantes : oublier que le public entend i–VI–III–VII et vi–IV–I–V comme la même grille : c'est la mélodie qui décide (si elle insiste sur C et E, cela sonne majeur ; si c'est sur A et C, cela sonne mineur).

Comment choisir parmi les gammes du genre

  • Romantique, nocturne, universel → éolien (ou son relatif majeur si tu veux un refrain plus ouvert).
  • Rétro années 2000, dramatique, « oriental » → mineur harmonique dans le riff et cadence sur le V majeur.
  • Sale, minimal, perreo → phrygien sur 1–2 accords.
  • Andalou, guitare espagnole → phrygien dominant / cadence andalouse.
  • Solaire, colombien, afro-fusion → dorien ou majeur.
  • Règle pratique : décide d'abord la couleur du riff/de l'intro, puis garde la voix sur une gamme plus simple (la pentatonique mineure A C D E G sur Am fonctionne sur presque toute boucle éolienne).

Harmonie

Fonction harmonique

Le reggaeton est harmoniquement cyclique : une boucle de 2–4 accords, une mesure chacun (rythme harmonique d'un accord par mesure à ~95 BPM, soit un changement toutes les 2,5 s environ), répétée de la première à la dernière mesure. Il n'y a pas de vraies cadences V–I : la boucle tourne sur elle-même et la tension se construit par l'arrangement, la voix et la dynamique, pas par l'harmonie.

Boucles et pédales

  • 4 accords éoliens (i–VI–III–VII) ou le relatif majeur (vi–IV–I–V) : 70 % du répertoire moderne.
  • 2 accords (i–VI, i–bII, i–IV) : perreo, dembow, morceaux minimaux post-2018.
  • Pédale de tonique à la basse pendant que les accords changent au-dessus : fréquente dans les intros et les breakdowns, elle crée de la suspension.
  • i–iv–V ou i–VI–VII–V avec V majeur issu du mineur harmonique : ère Luny Tunes.

Emprunts et couleurs

  • bII napolitain (Bb en la mineur) comme accord de passage avant la tonique.
  • IV majeur en mineur (dorien) pour éclaircir le refrain.
  • add9 et sus2 sur les pads (Am(add9) = A B C E) pour un son moderne et moins « scolaire ».
  • Cadence andalouse (i–VII–VI–V) dans les intros avec guitare espagnole.

Voicings et densité

  • Pads et pianos en registre médium (C3–C5), triades ou accords à 4 notes avec la tierce en haut ; aucune note sous C3 pour laisser la place à la grosse caisse et à l'808.
  • Dans le refrain, on ajoute un niveau harmonique (cordes ou plucks à l'octave supérieure) ; dans le couplet, il ne reste souvent qu'un pad filtré ou un pluck.
  • Dans les morceaux minimaux (style « Te Boté »), l'harmonie est implicite : une seule ligne de synthé ou de basse définit la tonalité.

Progressions typiques

NomTonalitéAccordsDegrésComment l'utiliser
Boucle éolienne universellela mineurAm F C Gi VI III VIILa progression dominante du reggaeton moderne : mélancolique mais dansante ; la voix peut rester presque entièrement sur la pentatonique mineure. On l'entend dans des centaines de morceaux de J Balvin, Ozuna, Karol G.
Despacitosi mineurBm G D Ai VI III VIILa même grille transposée : Despacito (89 BPM). Avec le cuatro portoricain qui arpège par-dessus, elle devient un hybride pop-tropical.
Relatif majeurdo majeurAm F C Gvi IV I VLes mêmes accords que dans le premier exemple lus en do : si la mélodie du refrain vise C et E, le morceau sonne plus lumineux. Utilise-le pour augmenter l'énergie dans le refrain sans changer d'accords.
Mineur harmonique années 2000mi mineurEm C D B7i VI VII V7Le B7 issu du mineur harmonique crée la tension dramatique de l'ère Mas Flow ; cordes pizzicato et leads « arabes » jouent D# au-dessus de B7.
Cadence sur le Vré mineurDm Bb C Ai VI VII VVariante de la précédente : le la majeur referme la grille et relance la tonique. Typique des synthés orchestraux de Luny Tunes et Noriega.
Perreo à deux accordsla mineur (phrygien)Am Bbi IIOscillation d'un demi-ton à la basse : minimal, hypnotique, sombre. Idéal pour couplets rap et beats de club.
Bachatónla mineurAm Dm E Ami iv V iGrille de bachata transposée sur le dembow (bachatón, depuis 2005) : guitare requinto arpégée, V majeur.
Dorien colombienré mineur (dorien)Dm G Dm Ci IV i VIILe IV majeur apporte de la lumière : typique du reggaeton pop/afro-fusion 2018–2023.
Cadence andalousela mineurAm G F Ei VII VI VIntro avec guitare espagnole ou cordes ; sur E on utilise le phrygien dominant. Classique dans le reggaeton romántico.

Rythme et groove

Le dembow

Une mesure en 4/4 divisée en 16 doubles croches. La grosse caisse bat les noires (four-on-the-floor), la caisse claire (ou rim/palito/clap) dessine à chaque demi-mesure la figure 3+3+2 (tresillo) décalée : coups sur les doubles croches 4 et 7 (c'est-à-dire sur le « a » de 1 et le « & » de 2) et sur les 12 et 15 (sur le « a » de 3 et le « & » de 4). Le son qui en résulte est le célèbre « boom-ch-boom-chick ».

Feel

  • Grille droite : swing 0 %, au maximum 5–8 % sur shaker et charleston dans les productions colombiennes plus « organiques ».
  • Le groove naît de la répétition et du contraste grosse caisse (sur le temps fort) / caisse claire (en contretemps) : pas besoin de variations continuelles.
  • Microtiming : dans de nombreux morceaux, la caisse claire est légèrement en avance (−5/−10 ms) pour pousser ; la grosse caisse reste sur la grille.
  • Demi-tempo uniquement dans les morceaux latin trap ou les sections de break : la caisse claire va sur le 3.
  • Les phrases font 2, 4 et 8 mesures ; les changements de section sont marqués par des arrêts, des roulements de caisse claire ou des « drops » où ne reste que la basse.

Variantes

  • Dembow plein (années 2000) : caisse claire + timbales + charleston en continu.
  • Dembow minimal (post-2018) : grosse caisse, un rim sec et peu d'autre chose ; beaucoup d'espace pour l'808.
  • Dembow brisé : la grosse caisse saute certaines noires (par exemple grosse caisse sur 1, 2& et 3) pour se rapprocher du dancehall ou de l'afrobeats.

Batterie

Rôle de la grosse caisse

  • Elle bat 1, 2, 3, 4 (doubles croches 1, 5, 9, 13 sur 16). C'est le métronome du morceau et la base de la danse.
  • Vélocité constante (100–110 sur 127) : pas de dynamique, elle doit être une « machine ».
  • Son : grosse caisse courte (150–250 ms), punch à 60–80 Hz et click à 2–4 kHz ; typiquement issue d'une TR-808 courte ou d'un kick échantillonné des riddims jamaïcains. Accorde-la sur la tonique ou la quinte si elle a une queue.

Rôle de la caisse claire / clap / rim

  • Elle dessine le dembow sur 4, 7, 12, 15 (en comptant : « 1a », « 2& », « 3a », « 4& »).
  • Vélocité : accentue les coups 7 et 15 (100–115) et laisse 4 et 12 légèrement plus bas (85–100) : cela donne le « rebond ».
  • Ghost notes : doubles croches supplémentaires à vélocité 40–60 (par exemple sur la 8 ou la 16) pour faire « parler » le pattern ; roulements en triples et quadruples croches avec vélocité croissante sur la dernière double croche de chaque 2 ou 4 mesures.
  • Son : caisse claire sèche, courte, avec un corps à 200–400 Hz et un « crack » à 2–5 kHz ; souvent deux couches (caisse claire + rim/palito) ou une caisse claire accordée vers le bas et légèrement crushée pour l'effet « boîte en carton ».

Charleston et percussions

  • Charleston fermé en croches (ou seulement sur les noires), shaker en doubles croches avec accents sur les deuxième et quatrième doubles croches de chaque temps.
  • Timbales : fills aux changements de section (typiquement les 2 dernières doubles croches de la mesure 4 ou 8) et coups de cloche sur le temps fort.
  • Congas, güiro, bongó échantillonnés pour la saveur tropicale ; cowbell électronique et petits « blips » à onde carrée avec decay très bref, programmés en doubles et triples croches à la place des charlestons.
  • Tom résonant ou kick avec pitch-bend sur les accents de 1 et 3 de la mesure 1 de chaque phrase.

Interaction avec la basse et la voix

  • La basse/808 joue avec la grosse caisse (souvent sur le 1 et le 3, ou sur les quatre noires) et, dans le reggaeton moderne, suit aussi la figure 3+3+2 de la caisse claire : grosse caisse et 808 doivent être sidechainées ou coupées pour ne pas se superposer.
  • La voix rappée s'appuie sur les coups de caisse claire : les rimes tombent souvent sur le 2& et le 4&.

Évolution selon la section

  • Intro : souvent sans grosse caisse, seulement harmonie et tag du producteur ; parfois un filtre passe-haut sur la batterie.
  • Couplet : dembow essentiel (grosse caisse + rim), charlestons réduits.
  • Pré-refrain : retire la grosse caisse ou ne la garde que sur le 1, ajoute des roulements et des risers ; 1–2 mesures d'arrêt.
  • Refrain : dembow plein, couche de clap sur la caisse claire, percussions, crash sur la première mesure.
  • Pont / couplet du featuring : change de texture (seulement 808 et voix, ou grosse caisse à demi-tempo).
  • Outro : retrait progressif, filtre passe-bas.

Fills et transitions

  • Roulements de caisse claire ou de timbales sur les 2–4 dernières doubles croches ; « gunshot » (burst de bruit en triples croches avec reverb sombre) ; reverse cymbal de 1–2 mesures ; drop où ne reste que la basse et tout rentre sur le premier coup de caisse claire.

Erreurs typiques de programmation

  • Caisse claire sur 2 et 4 comme dans la pop : ce n'est pas du reggaeton.
  • Charlestons en doubles croches trop forts qui couvrent le rim.
  • Grosse caisse longue superposée à un 808 long : boue entre 40 et 100 Hz.
  • Pattern identique pendant 3 minutes sans aucune variation de vélocité ou de texture.
  • Fills tirés de librairies sans rapport avec le kit du morceau : construis les fills avec les sons déjà présents.

Basse

Son et registre

808 ou sub sinusoïdal (40–80 Hz de fondamentale, registre E1–E2), avec un peu de saturation pour le faire entendre même sur de petites enceintes. Dans les productions des années 2000, synth bass court et rond ; aujourd'hui 808 avec queue moyenne (300–800 ms) et glide.

Rapport avec la grosse caisse

  • Emboîtement classique : basse sur le 1 et le 3 en même temps que la grosse caisse, ou sur les quatre noires.
  • Emboîtement moderne : basse qui suit le 3+3+2 de la caisse claire (notes sur 1, 4, 7 de chaque demi-mesure), laissant la grosse caisse seule sur les noires 2 et 4.
  • Sidechain de la basse depuis la grosse caisse (2–4 dB, release 60–120 ms) ou coupure de volume à la main ; sinon utilise une grosse caisse courte sans sub et laisse le sub à l'808.
  • Accordage : accorde la grosse caisse sur la tonique ou la quinte du morceau ; vérifie avec un analyseur que la fondamentale de l'808 n'entre pas en collision avec celle de la grosse caisse.

Choix des notes

  • Fondamentale des accords de la boucle, changement exactement sur la mesure.
  • Octaves (saut à l'octave supérieure sur la dernière noire) et quintes pour le mouvement.
  • Glide 808 d'un ton ou d'une quinte vers la tonique en fin de phrase (portamento 40–120 ms).
  • Notes chromatiques de passage rares ; dans le perreo, une seule note répétée.

Exemples

  • Classique : sub sur 1 et 3 sur Am–F–C–G.
  • Moderne : 808 sur 1, 1a, 2& (tresillo) avec glide vers la mesure suivante.
  • Dans les morceaux pop, la basse double le pluck ou les cordes marcato pour rendre l'harmonie plus claire.

Instruments harmoniques

  • Pad synthé (registre C3–C5) : accords pleins dans le refrain, filtrés (LP 1–3 kHz) dans le couplet.
  • Piano / Rhodes : accords en noires syncopées ou arpèges dans les intros ; dans le reggaeton romántico, piano acoustique avec longue reverb.
  • Guitare espagnole (nylon) ou acoustique : arpèges et rasgueo dans les intros, riffs en phrygien dominant ; souvent coupée et « quantifiée ».
  • Cuatro portoricain : arpèges brillants (Despacito).
  • Plucks et marimbas FM : ostinatos en croches qui doublent la figure de la caisse claire.
  • Cordes synthétiques (pizzicato, marcato, violons legato) : signature des années 2000 ; elles doublent souvent la basse à l'octave supérieure.
  • Clavecin, sitar, flûtes : petits contre-motifs de 2 temps répétés sur différents timbres.

Mélodie et voix

Voix principale

  • Registre typique masculin C3–A4, féminin G3–E5 ; mélodies étroites (intervalles de seconde et de tierce), nombreuses notes répétées syncopées sur le 3+3+2.
  • Alternance chant / rap / rap chanté (sing-rap) ; le flow s'accroche aux doubles croches 4, 7, 12, 15.
  • Hook très bref (2–4 mesures) répété, souvent sur la pentatonique mineure.
  • Auto-Tune quasi omniprésent : retune rapide (0–20 ms) pour l'effet métallique ; plus lent (30–60 ms) et naturel dans le romántico.

Chœurs, doublures, ad-libs

  • Doublures du refrain : 2–4 prises ouvertes G/D à −6/−9 dB sous la lead.
  • Harmonies à la tierce au-dessus et à la quinte en dessous dans le refrain.
  • Ad-libs et signatures (« dale », « ey », « yeah », le nom de l'artiste ou du producteur) panoramiquées, avec delay et effet téléphone.
  • Call and response entre artistes dans les featurings ; tag du producteur dans l'intro (« Luny Tunes », « Tainy », etc.).

Effets

Delay à 1/4 ou 1/8 pointé filtré sur les fins de phrase, reverb plate courte, throw de delay sur les derniers mots, voix filtrée (téléphone) dans les intros, pitch-shift d'une octave plus bas sur les ad-libs.

Instruments

  • Boîte à rythmes / samples dembow (grosse caisse, caisse claire, rim, palito, clap), TR-808
  • 808 / sub bass, synth bass
  • Timbales, congas, bongó, güiro, güira, maracas, cowbell (échantillonnés)
  • Pads et plucks synthé, marimbas FM, cordes synthétiques (pizzicato, marcato)
  • Piano, Rhodes, guitare espagnole, guitare acoustique, cuatro portoricain
  • Clavecin, flûte, sitar et autres timbres « ethniques » pour contre-motifs
  • Voix principale avec Auto-Tune, doublures, chœurs, ad-libs, tag du producteur
  • FX : risers, reverse, sirènes, gunshots, impacts

Patterns de batterie

Synthés et sons

  • Jup-8 V — Pad et pluck: Pads chauds à deux oscillateurs légèrement désaccordés (detune 5–8 cents), LP 24 dB avec cutoff à mi-course et attack 150–300 ms ; pour les plucks, decay 200–400 ms et pas de sustain.
  • Prophet-5 V — Pads nocturnes et lead: Pads sombres avec légère poly-mod ; lead avec glide bref (30–60 ms) pour les contre-motifs.
  • DX7 V — Marimbas, plucks FM et e.piano: Marimba et e.piano FM sont le timbre typique des tubes depuis les années 2000 ; réduis la sensibilité à la vélocité pour un son plus uniforme sur le dembow.
  • Mini V — Sub bass: Oscillateur triangle ou sinusoïde, filtre ouvert, glide 50–100 ms ; sature légèrement pour l'audibilité.
  • Augmented Strings — Cordes pizzicato et marcato: Intros dramatiques et doublure de la basse à l'octave supérieure, comme dans les synthés orchestraux des workstations des années 2000.
  • Emulator II V — Orchestra hit et samples lo-fi: Stabs orchestraux, voix échantillonnées et coups pour les transitions au goût rétro.
  • Piano V — Piano romántico: Piano à queue avec longue reverb pour les intros des morceaux lents.

Structure du morceau

Forme typique (≈ 3:00–3:45)

SectionMesuresQue se passe-t-il
Intro4–8tag du producteur, accords filtrés ou guitare, parfois seulement la voix ; pas de grosse caisse ou grosse caisse filtrée
Couplet 116dembow essentiel, basse, un pad ou pluck ; voix rap/chantée
Pré-refrain4–8retire la grosse caisse, roulements, riser, voix plus haute
Refrain8–16dembow plein, tous les instruments, doublures et harmonies vocales
Couplet 2 / featuring16nouveau chanteur, texture différente (moins d'instruments ou nouveau contre-motif)
Pré-refrain4–8comme ci-dessus
Refrain8–16comme ci-dessus avec des ad-libs en plus
Pont / break8seulement 808 et voix, ou demi-tempo, ou drop
Refrain final8–16densité maximale
Outro4–8tag, filtre, fondu ou arrêt net

Arrangement

  • Toutes les 8 mesures, ajoute ou retire un seul élément (percussion, contre-motif, couche vocale).
  • Contraste clé : couplet sec / refrain plein ; le refrain doit paraître au moins 2–3 dB « plus grand » (pas seulement plus fort : plus large et plus dense).
  • Les featurings changent souvent le beat (switch-up au milieu du morceau), une tradition du perreo et du latin trap.

Mixage et mastering

Objectif sonore

Une combinaison d'impact de club (grosse caisse et 808 puissantes et mono) et de clarté radiophonique de la voix, qui reste devant tout. Équilibre indicatif : voix 0 dB (référence), caisse claire dembow −3/−5 dB sous la voix, grosse caisse −2/−4, 808 perçu à égalité avec la grosse caisse, pads et guitares −10/−14. Références : Despacito (mixage de Jaycen Joshua), Bad Bunny — Tití Me Preguntó, Karol G — Provenza, Daddy Yankee — Gasolina pour l'esthétique années 2000.

Grosse caisse

  • EQ : HP à 30 Hz ; accentuation +2/+3 dB à 55–70 Hz (Q 1) si la grosse caisse porte le sub, sinon coupe sous 50 Hz et laisse le sub à l'808 ; coupe −2/−4 dB à 250–400 Hz (Q 2) ; click +2 dB à 3–4 kHz.
  • Compression : peu ou pas ; si besoin, VCA ratio 4:1, attack 10–20 ms, release 50–80 ms, 2–3 dB de GR.
  • Saturation : soft clipper ou Fruity Soft Clipper pour 1–2 dB de crête ; un transient shaper (+attaque) est utile si le kit est mou.
  • Espace : aucune reverb ; mono à 100 %.

Caisse claire / rim / clap (le dembow)

  • EQ : HP 150–200 Hz ; corps +2 dB à 200–300 Hz si trop mince ; coupe 500–800 Hz si « carton » ; présence +2/+4 dB à 2–5 kHz ; air shelf +1/+2 dB à partir de 10 kHz.
  • Compression : FET (style 1176) ratio 4:1–8:1, attack moyen 5–10 ms pour laisser passer le transitoire, release rapide 40–60 ms ; 3–5 dB GR. Variante : compresseur à attack rapide pour écraser le transitoire puis gate pour le son « clippé ».
  • Saturation : léger bitcrusher ou drive sur une couche (caisse claire accordée plus bas de quelques demi-tons) pour l'effet « boîte en carton » ; parallèle à 20–30 %.
  • Espace : room ou plate très court (0,4–0,8 s, pré-delay 0–10 ms) à 5–10 %, ou aucun.
  • Stéréo : au centre ; pour élargir, duplique la caisse claire, désaccorde une copie de 5–10 cents et panoramique les deux à ±30–50 (vérifie la compatibilité mono).

Charleston, shaker, percussions

  • HP 300–500 Hz sur shaker et charleston, coupe 6–8 kHz s'ils sifflent ; panoramique ±20–60 (shaker à droite, güiro à gauche, congas légèrement décentrées).
  • Timbales et congas : EQ +2 dB à 1–3 kHz pour l'attaque, transient shaper ; reverb room courte pour les coller.
  • Volume : sous la caisse claire de 6–10 dB ; elles doivent s'entendre comme du mouvement, pas comme des protagonistes.

Basse / 808

  • EQ : HP 25–30 Hz ; accentuation sur la fondamentale (40–70 Hz) ; coupe 200–300 Hz si « tubulaire » ; pour l'audibilité, harmoniques 100–200 Hz et saturation.
  • Compression : opto ou VCA 3:1, attack 20–30 ms, release 100–200 ms, 2–4 dB ; ou limiter léger pour égaliser les notes.
  • Saturation : tape ou Soundtoys Decapitator / FabFilter Saturn (drive modéré, mix 30–50 %) pour faire ressortir des harmoniques à 100–400 Hz.
  • Espace : aucune reverb ; mono sous 120–150 Hz (Utility/Stereo Shaper ou Pro-Q 3 en mid/side).
  • Sidechain : depuis la grosse caisse, 2–4 dB, attack 0–5 ms, release 60–120 ms ; ou Kickstart/Fruity Limiter en mode sidechain.

Pads, guitares, plucks, cordes

  • HP 150–250 Hz (pads aussi 300 Hz), coupe 2–5 kHz là où se trouve la voix (−2/−3 dB, Q 1,5) ou EQ dynamique depuis la voix.
  • Compression légère ; chorus ou ensemble sur les pads ; largeur stéréo ample (pads 100 %, guitares doublées ±70–100).
  • Reverb hall ou plate 1,5–2,5 s, pré-delay 20–40 ms, retour filtré (HP 300 Hz, LP 8 kHz) ; delay 1/8 pointé sur les plucks.
  • Automation du filtre LP sur les pads entre couplet (2–4 kHz) et refrain (ouvert).

Voix principale

  • Chaîne : nettoyage (de-noise, de-click) → Auto-Tune/Melodyne (retune 0–20 ms, humanize 0–20) → EQ soustractif (HP 80–100 Hz homme, 120 Hz femme ; −2/−3 dB à 250–400 Hz ; notch aux résonances) → compresseur 1 FET (4:1, attack 3–10 ms, release 50–80 ms, 3–6 dB GR) → compresseur 2 opto (LA-2A, 2–3 dB) → de-esser (5–8 kHz, 3–5 dB) → EQ couleur (+2/+3 dB à 3–5 kHz, air +2 dB à 12 kHz) → légère saturation.
  • Espace : plate 0,8–1,5 s pré-delay 20–40 ms à 10–15 % ; delay 1/4 ou 1/8 pointé avec feedback 20–30 %, filtré HP 300 Hz / LP 6 kHz ; throw de delay sur les derniers mots.
  • Panoramique : centre, mono ; automations de volume mot par mot (clip gain) avant la compression.

Chœurs, doublures, ad-libs

  • Doublures ±60–100, −6/−9 dB, plus compressées et plus de-essées que la lead ; HP plus haut (150–200 Hz).
  • Harmonies avec une reverb plus longue (hall 2 s) pour les placer derrière.
  • Ad-libs : EQ téléphone (bande 300 Hz–3 kHz) ou pitch shift −12 demi-tons, delay ping-pong, panoramique alterné.

FX

Risers, reverses et sweeps avec HP et LP automatisés, toujours sous la voix ; impacts avec longue reverb sur la première mesure du refrain ; coupe-les sous 100 Hz s'ils ne doivent pas toucher l'808.

Bus et groupes

  • Drum bus : compresseur glue (style SSL) ratio 2:1–4:1, attack 10–30 ms, release auto ou 100 ms, 1–3 dB GR ; légère saturation ; éventuellement parallèle lourd à 20 %.
  • Music bus (pads, guitares, synthés) : léger glue 1–2 dB, EQ dynamique à 2–4 kHz en sidechain depuis la voix.
  • Vocal bus : 1–2 dB de compression et reverb commune pour coller lead, doublures et chœurs.

Sidechain

  • Grosse caisse → 808/basse (2–4 dB), grosse caisse → pads (3–6 dB, release à 1/8 pour un léger « pompage » dans les morceaux pop), voix → music bus (EQ dynamique 1–3 dB à 2–5 kHz).

Mastering

  • Chaîne : EQ correctif léger → compresseur de bus 1–2 dB (ratio 2:1, attack 30 ms) → saturation/clipper (1–2 dB) → limiter (Pro-L 2 / Fruity Limiter) ceiling −1 dBTP.
  • Cible : −8/−6 LUFS intégrés pour les morceaux de club et la radio urbaine, short-term dans le refrain −6/−5 LUFS ; true peak ≤ −1 dBTP (−0,5 accepté par beaucoup) ; plage dynamique (PLR) 7–9 dB. Pour le streaming, la vraie limite est la qualité perçue : Spotify normalise à −14 LUFS.
  • Contrôle la corrélation stéréo (> +0,3 dans le refrain) et que le signal soit mono sous 120 Hz.

Erreurs courantes

  • Voix enterrée derrière les pads ou, au contraire, trop sèche et détachée du beat.
  • 808 et grosse caisse qui se masquent : sans sidechain ou coupe, la basse « disparaît » sur un système de club.
  • Caisse claire dembow trop sombre : c'est l'élément qui doit trancher à 2–5 kHz.
  • Auto-Tune utilisé sans corriger d'abord les problèmes de timing.
  • Master au-delà de −5 LUFS avec clipping audible sur les consonnes de la voix.

Morceaux de référence pour le mixage

  • Luis Fonsi feat. Daddy Yankee — Despacito (2017) : équilibre pop, voix devant, percussions tropicales claires.
  • Daddy Yankee — Gasolina (2004) : dembow plein et agressif.
  • Bad Bunny — Tití Me Preguntó (2022) : 808 et dembow modernes, changements de beat.
  • Karol G — Provenza (2022) : reggaeton doux et spacieux.
  • J Balvin & Willy William — Mi Gente (2017) : basse et voix traitée comme un instrument.

Écoutes de référence

  • El General — Te Ves Buena (1991)
  • DJ Playero — Playero 37 (1992, mixtape)
  • Ivy Queen — Quiero Bailar (2003)
  • Don Omar — Dale Don Dale (2003)
  • Daddy Yankee — Gasolina (2004)
  • Don Omar — Danza Kuduro (2010)
  • Luis Fonsi feat. Daddy Yankee — Despacito (2017)
  • J Balvin & Willy William — Mi Gente (2017)
  • Nio García, Casper Mágico, Bad Bunny e altri — Te Boté (Remix) (2018)
  • Karol G — Bichota (2020)
  • Bad Bunny — Tití Me Preguntó (2022)

Sources

Reggaeton sous-genres