Définition
La suite baroque est un recueil de danses stylisées dans la même tonalité (avec d'éventuelles danses au mode parallèle), pensée pour l'écoute plus que pour la danse. Le noyau standard, fixé en Allemagne dans la seconde moitié du XVIIe siècle (Froberger), est allemande – courante – sarabande – gigue ; entre la sarabande et la gigue s'insèrent des danses facultatives appelées galanteries (menuets, bourrées, gavottes, passepieds, aria, loure, polonaise), et souvent un prélude initial. Presque toutes les danses sont en forme binaire avec reprises (||: I → V :||: V → I :||; en mineur i → III).
Les danses
| Danse | Origine | Mètre et tempo | Traits typiques |
|---|---|---|---|
| Allemande | allemande, stylisée en France | 4/4 (C), modéré | anacrouse brève (une double croche ou trois), flux continu de doubles croches, texture « brisée » |
| Courante française (courante) | France | 3/2 ou 6/4, modéré et noble | hémiole : oscillation entre 3/2 et 6/4, surtout aux cadences |
| Courante italienne (corrente) | Italie | 3/4 ou 3/8, rapide | mouvement perpétuel de croches ou de doubles croches |
| Sarabande | Espagne/Amérique latine, puis lente en France | 3/2 ou 3/4, lente | accent sur le deuxième temps (souvent note longue ou pointée sur le 2), caractère grave, ornements ; parfois avec un double (variation ornée) |
| Gigue | Angleterre/Irlande (jig) | 6/8, 12/8, 3/8 (parfois 4/4 pointé), rapide | souvent fuguée : la seconde partie commence par le sujet en renversement |
| Menuet | France | 3/4, modéré | souvent en paire (Menuet I – II – I) |
| Bourrée | France | 2/2 (alla breve), vif | anacrouse d'une noire |
| Gavotte | France | 2/2, modéré | anacrouse de deux noires (commence au milieu de la mesure) |
| Passepied | Bretagne | 3/8 ou 6/8, rapide | menuet rapide |
| Loure | Normandie | 6/4, lente | rythmes pointés, « gigue lente » |
| Aria | — | variable | pièce chantante qui n'est pas une danse |
Les recueils de Bach
- Suites françaises BWV 812–817 (sans prélude).
- Suites anglaises BWV 806–811 (chacune avec un grand prélude).
- Partitas BWV 825–830 (Clavier-Übung I, 1726–1731), avec des mouvements initiaux de formes différentes (Praeludium, Sinfonia, Fantasia, Ouverture, Preambulum, Toccata).
- Suites pour violoncelle seul BWV 1007–1012 : prélude + allemande, courante, sarabande, deux galanteries (menuets, bourrées ou gavottes), gigue.
- Suites orchestrales (Ouvertures) BWV 1066–1069 : elles commencent par une ouverture à la française (lent pointé – rapide fugué – retour du lent) ; dans la n° 3 en ré majeur se trouve la célèbre Aria (« Air sur la corde de sol »).
- Haendel : Water Music (1717), Music for the Royal Fireworks (1749).
Exemple d'analyse rapide : une sarabande en ré mineur
- 16 mesures, 3/4, ||: 8 mesures i → III (fa majeur) :||: 8 mesures III → iv → i :||.
- Rythme récurrent : la cellule noire + blanche, avec la note longue (accentuée) sur le deuxième temps.
- Cadences : à la mes. 8 en fa majeur (III), à la mes. 16 en ré mineur avec tierce picarde facultative.
- Ornements : trilles cadentiels, appoggiatures sur le deuxième temps.
Pourquoi cela intéresse un producteur
Les danses baroques sont des grooves codifiés : chacune a un mètre, une anacrouse et un accent typique, exactement comme les genres modernes (le deuxième temps de la sarabande fonctionne comme l'accent déplacé du reggae ; l'hémiole de la courante est la même que l'on entend dans de nombreuses musiques latines). Composer une mini-suite de quatre danses dans la même tonalité est un excellent exercice de variété rythmique avec unité harmonique : une base pour un EP instrumental ou pour une bande originale de jeu vidéo de style baroque.
Liens
Forme binaire, ternaire et AABA, Menuet et trio, Polyrythmie, hémiole et polymétrie, Fugue, Prélude, Concerto grosso.