Le problème
La réponse reprend le sujet à la quinte supérieure (ou à la quarte inférieure), c'est-à-dire dans la tonalité de la dominante. Si la réponse transposait chaque note exactement (réponse réelle), un sujet qui touche tout de suite la dominante amènerait la réponse sur le deuxième degré, ce qui l'éloignerait trop de la tonalité principale. La réponse tonale corrige cela : certaines notes sont modifiées, et le point où la réponse passe de la zone de la tonique à celle de la dominante s'appelle mutation.
La règle fondamentale
Dans la zone initiale du sujet :
- à la tonique du sujet répond la dominante ;
- à la dominante du sujet répond la tonique (et non le deuxième degré).
Après le point de mutation, la réponse se poursuit exactement à la quinte, dans la tonalité de la dominante. En termes de division de l'octave : la partie du sujet comprise dans la quinte 1–5 est répondue dans la quarte 5–8, et inversement.
Exemples
L'Art de la fugue (ré mineur)
- Sujet : D A F D C# D E F…
- Réponse tonale : A D C A G# A B C…
Le saut initial de quinte D–A devient le saut de quarte A–D : à la dominante A du sujet répond la tonique D. À partir de là, la réponse est à la quinte (F→C, D→A, C#→G#).
Exemple didactique en do majeur
- Sujet : G4 C5 D5 E5 D5 C5 B4 C5 (il commence sur la dominante).
- Réponse réelle (fausse dans ce cas) : D5 G5 A5 B5 A5 G5 F#5 G5. Le D initial sonne comme un deuxième degré sans fonction.
- Réponse tonale : C5 G5 A5 B5 A5 G5 F#5 G5. La première note est mutée (à la dominante G répond la tonique C) ; le saut initial de quarte devient une quinte.
Quand la réponse tonale est nécessaire
- Le sujet commence sur la dominante.
- Le sujet touche la dominante dans les premières notes, à une place forte (saut 1–5 ou 5–1).
- Le sujet module à la dominante : la réponse doit moduler en retour, de la dominante à la tonique, sinon elle finirait à la dominante de la dominante.
Si le sujet se meut par degrés conjoints autour de la tonique sans mettre la dominante en relief, la réponse réelle suffit (exemple : Fugue en do majeur BWV 846 du Clavier bien tempéré I).
Où placer la mutation
- Le plus tôt possible, en général sur la première ou sur les deux premières notes.
- À un endroit où la modification ne déforme pas la tête : mieux vaut changer un saut (quarte ↔ quinte) qu'un degré conjoint.
- Si le sujet module, la mutation tombe à l'endroit où le sujet passe à la dominante, et la réponse compense dans la direction opposée.
Dans la tradition
- Fux raisonne dans les modes : la réponse échange l'espèce de quinte et l'espèce de quarte du mode (en dorien, D–A devient A–D).
- Marpurg codifie la distinction entre fugue réelle et fugue tonale sur le modèle de Bach.
- Le Père Martini et l'école italienne distinguent la fugue du ton (tonale) et la fugue réelle.
- Cherubini et Gedalge en font des règles précises pour la fugue d'école, avec des tableaux de cas.
Erreurs typiques
- Utiliser la réponse réelle pour un sujet qui commence sur la dominante : la deuxième entrée sonne hors tonalité.
- Muter trop de notes : la réponse devient un autre thème.
- Muter une note de la tête qui la rend méconnaissable (par exemple transformer un degré conjoint en saut).
- Oublier la compensation du sujet modulant.
Application moderne
- Musiques de film et jeux vidéo : quand un thème passe d'une section à l'autre en imitation, la logique de la réponse tonale évite que la deuxième entrée sonne dans une autre tonalité : il suffit de répondre à la dominante par la tonique dans la tête du motif.
- Pop : dans les réponses instrumentales à une phrase vocale (un riff qui répond à la voix), le même procédé maintient le morceau solidement sur la tonique.
- Chœurs : dans les fugatos choraux, la réponse tonale permet aux altos et aux basses de rester dans un registre confortable.
Liens
Fugue : sujet et réponse, fugue dans les modes, exposition, modes ecclésiastiques, L'Art de la fugue.