Contrepoint et conduite des voixAvancé4 min de lecture

Partimento et école napolitaine

Qu'est-ce qu'un partimento

Un partimento est une ligne de basse, chiffrée ou non, écrite sur une seule portée, à partir de laquelle l'élève doit réaliser au clavier une composition complète : harmonie, voix supérieures, imitations, parfois une fugue entière. Ce n'est pas seulement un exercice de basse continue : c'est une méthode pour intérioriser des formules harmoniques et contrapuntiques au point d'improviser et de composer avec aisance. La méthode naît et se perfectionne dans les quatre conservatoires de Naples entre la fin du XVIIe et le XIXe siècle : Santa Maria di Loreto, Sant'Onofrio a Porta Capuana, Pietà dei Turchini et Poveri di Gesù Cristo.

Les maîtres et les textes

  • Alessandro Scarlatti (1660–1725), Francesco Durante (1684–1755), Leonardo Leo (1694–1744), Nicola Fago : la génération qui fixe la méthode ; les partimenti de Durante et de Leo sont encore utilisés.
  • Fedele Fenaroli (1730–1818) : ses Regole musicali per i principianti di cembalo (1775) et ses livres de partimenti deviennent le manuel le plus répandu en Europe jusqu'au XIXe siècle.
  • Giacomo Tritto, Nicola Zingarelli, Giovanni Furno : maîtres de la seconde moitié du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
  • Élèves : Pergolèse, Jommelli, Piccinni, Paisiello, Cimarosa, Bellini, Mercadante. Par la France (Choron, Principes de composition des écoles d'Italie, 1808), la méthode arrive au Conservatoire de Paris.
  • Études modernes : Robert Gjerdingen (Music in the Galant Style, 2007 ; archive Monuments of Partimenti) et Giorgio Sanguinetti (The Art of Partimento, Oxford 2012) ont ramené le partimento dans les cursus de composition.

Les ingrédients, dans l'ordre où on les apprenait

  1. Les cadences : cadence simple (basse 4–5–1 ou 3–4–5–1 avec un rythme régulier), cadence composée (avec la quarte et sixte et le retard 4–3 sur le V), cadence double (V prolongé avec double retard, typique de Durante).
  2. La règle de l'octave : l'harmonisation standard de la gamme à la basse, ascendante et descendante.
  3. Les mouvements de basse (séquences) : formules pour les mouvements récurrents de la basse, avec les chiffrages qui les accompagnent, par exemple :
  • basse qui monte par degrés conjoints avec alternance 5–6 (C avec 5, puis 6 ; D avec 5, puis 6…) ;
  • basse qui descend par degrés conjoints avec chaîne de retards 7–6 ;
  • basse qui monte de quarte et descend de quinte (progression par quintes, avec septièmes : 7–7–7) ;
  • basse qui descend de quarte et monte d'un degré (le mouvement du Canon de Pachelbel et de la Romanesca) ;
  • basse qui monte par degrés conjoints avec retards à la basse (2–3).
  1. Les dissonances (liaisons) : 4–3, 7–6, 9–8 aux voix supérieures ; 2–3 (retard à la basse) ; comment les préparer et les résoudre.
  2. Les dispositions : les trois positions de la main droite (tierce, quinte ou octave au soprano) et leur choix.
  3. Les partimenti chiffrés, puis ceux sans chiffres, puis les partimenti fugués avec imitations indiquées par la seule basse.

Exemple : un fragment de partimento en do majeur

Basse : C D E F G A B C | C B A G F E D C (gamme ascendante et descendante).

Réalisation avec la règle de l'octave (ascendante) : C (5/3) – D (6/4/3, c'est-à-dire G7/D) – E (6/3, C/E) – F (6/5, Dm7/F) – G (5/3) – A (6/3, F/A) – B (6/5, G7/B) – C. Descendante : C – B (6/3, G/B) – A (♯6/4/3, D7/A) – G (5/3) – F (4/2, G7/F) – E (6/3) – D (6/4/3) – C.

Sur cette base, l'élève ajoute des diminutions à la main droite, des imitations de la basse, des retards.

Pourquoi c'est d'actualité

Le partimento enseigne ce qui est encore utile aujourd'hui : penser par formules harmoniques reconnaissables (les schémas), savoir quels accords « vont » sur un certain mouvement de basse, et improviser. Un producteur qui connaît cinq ou six mouvements de basse peut harmoniser n'importe quelle bassline de house, de R&B ou de bande originale sans chercher des accords au hasard.

Exercice pour un producteur

  1. Écris dans le piano roll la basse C–D–E–F–G–A–B–C en noires.
  2. Réalise-la avec la règle de l'octave à trois voix à la main droite.
  3. Écris maintenant la basse descendante C–B–A–G–F–E–D–C et réalise-la avec une chaîne 7–6 (chaque voix supérieure tient une note qui devient septième et descend à la sixte).
  4. Change le rythme (shuffle, croches pointées) et le timbre (Rhodes, pad) : tu as une progression de neo-soul née d'un exercice du XVIIIe siècle.

Liens

Règle de l'octave, Schémas galants, Basse chiffrée (basse continue), Contrepoint de quatrième espèce (retards), Séquences harmoniques.

Sources

Leçons liées