La forme sonate n'est pas un moule fixe
Le schéma de manuel (premier thème – pont – second thème contrastant – conclusion | développement | réexposition) est une simplification du XIXe siècle (A. B. Marx, Czerny). Les compositeurs du XVIIIe et du XIXe siècle pensaient surtout en termes tonals : une exposition qui va de la tonique à une tonalité secondaire, une zone centrale instable, une réexposition qui ramène tout à la tonique. Sur cette base, il existe de nombreuses variantes.
Sonate monothématique
- Le second groupe (à la tonalité de la dominante ou du relatif) commence avec le même thème que le premier, transposé et souvent réorchestré ; le contraste est confié à la tonalité, à l'instrumentation et aux idées de conclusion.
- Elle est typique de Haydn : un exemple souvent cité est le premier mouvement de la Symphonie n° 104 « Londres », où le thème principal revient en la majeur au début du second groupe. Haydn l'emploie dans de nombreuses symphonies et quatuors ; de là l'idée de « monothématisme » comme économie du matériau.
- Effet : unité et sens de « conversation » avec un seul sujet vu sous différents angles ; le second groupe ajoute souvent une idée nouvelle vers la fin (thème de conclusion).
- Leçon pour qui compose : tu peux obtenir du contraste sans matériau nouveau, en changeant tonalité, registre, instrumentation, dynamique et accompagnement. Dans la pop, c'est le même principe que le refrain final réarrangé ou que le post-chorus qui réutilise le hook.
Sonatine
- Forme sonate en miniature, avec un développement très bref ou absent (une simple retransition), thèmes brefs, souvent à but didactique (Clementi op. 36, Kuhlau, Diabelli).
Forme sonate sans développement (type 1 de Hepokoski–Darcy)
- Exposition suivie directement de la réexposition, avec au plus une brève retransition.
- Typique des mouvements lents et des ouvertures d'opéra : l'Ouverture des Noces de Figaro de Mozart (1786) passe de l'exposition à la réexposition sans développement.
Exposition en trois tonalités
- Le second groupe passe par deux tonalités avant la conclusion. Schubert en fait un trait personnel : dans le Quintette à cordes en do majeur D. 956, le second thème arrive en mi bémol majeur avant d'aboutir à sol majeur. Brahms et le premier Beethoven expérimentent eux aussi des expositions à plusieurs zones tonales.
- Dans les tonalités mineures du XIXe siècle, le second thème apparaît souvent à la médiante majeure ou mineure ou à la sixte abaissée au lieu du relatif.
Réexposition inversée ou « réécrite »
- Les thèmes reviennent dans l'ordre inverse (second thème avant le premier) ou la réexposition commence dans une tonalité différente de la tonique (la « fausse réexposition » de Haydn, ou la réexposition qui commence à la sous-dominante, comme dans la Sonate K. 545 de Mozart, dont le premier thème revient en fa majeur).
Formes hybrides
- Sonate-rondo (voir la fiche dédiée).
- Forme sonate du concerto (double exposition, voir « Concerto soliste »).
- Forme à double fonction (Liszt, Sonate en si mineur, 1853) : un seul grand mouvement en forme sonate qui contient aussi les quatre mouvements d'une sonate.
Tableau comparatif
| Variante | Exposition | Développement | Réexposition | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| Standard | P–TR–S–C | oui | P–TR–S–C à la tonique | Mozart, K. 550, I |
| Monothématique | P–TR–P′ (en V)–C | oui | à la tonique | Haydn, Symphonie 104, I |
| Sonatine | brève | minimal | oui | Clementi op. 36 |
| Sans développement | oui | non | oui | Mozart, Ouverture Figaro |
| Trois tonalités | P–TR–S1 (ton 2)–S2 (ton 3)–C | oui | à la tonique | Schubert, D. 956, I |
Exercice
Écris une exposition monothématique de 24 mesures en do majeur : thème de 8 mesures (I), pont de 6 mesures qui module à sol avec demi-cadence sur D7, le même thème en sol avec un accompagnement différent (par exemple cordes pizzicato à la place du piano) et 4 mesures de conclusion. Tu entends comment le contraste naît seulement de la tonalité et du timbre.
Liens
La forme sonate, Forme sonate : Sonata Theory de Hepokoski et Darcy, Forme sonate avec introduction lente, Sonate-rondo, Concerto soliste, Ballade et forme libre romantique.