Forme et analyseAvancé4 min de lecture

Forme sonate : la Sonata Theory de Hepokoski et Darcy

Qu'est-ce que c'est

Elements of Sonata Theory (Oxford, 2006) de James Hepokoski et Warren Darcy propose de lire la forme sonate non comme un moule, mais comme un ensemble de normes et d'attentes du XVIIIe siècle : le compositeur fait des choix par rapport à ces normes (defaults de premier, deuxième, troisième niveau) et les « déformations » sont des choix expressifs. C'est, avec Caplin, le modèle le plus utilisé aujourd'hui dans les cours d'analyse ; les deux approches sont complémentaires (Caplin observe les fonctions de phrase, Hepokoski–Darcy les grandes étapes et les « rotations »).

Les sigles

SigleSignificationRôle
PPrimary theme (thème principal)affirme la tonique
TRTransitionaugmente l'énergie, module souvent, se termine par la MC
MCMedial caesurala « pause centrale » : demi-cadence (I:HC ou V:HC) suivie d'une coupure (silence ou remplissage) qui ouvre la porte au thème secondaire
SSecondary themedans la nouvelle tonalité, vise l'EEC
EECEssential Expositional Closurela première cadence parfaite satisfaisante dans la nouvelle tonalité qui clôt S : le point le plus important de l'exposition
CClosing zonematériau post-cadentiel après l'EEC
ESCEssential Structural Closurel'équivalent de l'EEC dans la réexposition, à la tonique : le véritable but du mouvement

Types d'exposition

  • Bipartite (two-part) : avec une medial caesura nette, P–TR | MC | S–C.
  • Continue (continuous) : sans MC ; l'énergie de la transition « entraîne » jusqu'à la cadence dans la nouvelle tonalité sans séparation nette. Fréquente chez Haydn.
  • Bloc trimodulaire (TMB) : deux MC successives, avec un premier S qui « ne démarre pas » et un second qui se stabilise.

Les rotations

Le matériau de l'exposition (P–TR–S–C) est parcouru de nouveau dans le même ordre dans les sections suivantes : le développement est souvent une rotation partielle (il commence par P ou par C et poursuit), la réexposition est une rotation complète à la tonique. Penser en rotations aide aussi à comprendre les formes du XIXe siècle et les morceaux pop (chaque « tour » couplet–refrain est une rotation).

Les cinq types de sonate

TypeDescriptionExemples
Type 1exposition et réexposition, sans développementouvertures d'opéra, mouvements lents
Type 2binaire : la seconde rotation commence par un développement de P et se poursuit avec S à la tonique (pas de réexposition de P à la tonique)Domenico Scarlatti, nombreux mouvements du premier classicisme
Type 3la sonate « de manuel » : exposition, développement, réexpositionMozart, Beethoven
Type 4sonate-rondofinales de Mozart et Beethoven
Type 5sonate de concerto (ritournelle orchestrale + exposition soliste)concertos de Mozart

Exemple appliqué (Mozart, Symphonie n° 40 en sol mineur K. 550, I, grandes lignes)

  • P : le célèbre thème des cordes en sol mineur.
  • TR : forte, énergique, vers la dominante du relatif ; MC sur une demi-cadence en si bémol, suivie d'un silence.
  • S : thème chromatique descendant échangé entre cordes et vents en si bémol majeur, avec des expansions avant l'EEC.
  • C : codettes fondées sur le motif de P.
  • Développement : rotation fondée sur P, avec des modulations lointaines.
  • Réexposition : S revient en sol mineur (et non en majeur) : l'ESC conclut en mineur, et la « tragédie » du mouvement tient précisément à ce choix.

Pourquoi c'est utile à un producteur

  • Le concept de medial caesura est très utile : avant un nouveau thème ou un refrain, il faut une demi-cadence + une coupure (un break de batterie, un trou d'un demi-temps, un riser qui s'arrête). Sans « pause », le nouveau thème arrive comme une continuation.
  • L'EEC correspond à la première cadence pleine du hook : si tu l'évites (cadence rompue) et la repousses, tu crées le « refrain étendu » que la pop utilise dans la dernière répétition.

Liens

La forme sonate, Fonctions formelles de Caplin, Forme sonate monothématique et autres variantes, Sonate-rondo, Concerto soliste, Ambiguïté et attente (Bernstein).

Sources

Leçons liées