Le reese : origine et principe
Le reese est une basse formée de deux (ou plusieurs) dents de scie légèrement désaccordées qui produisent des battements et des annulations de phase en mouvement continu : le son « rugit » et ondule. Le nom vient de Reese, alias de Kevin Saunderson (techno de Détroit), et du morceau « Just Want Another Chance » (1988). Dans les années 90, la drum and bass (de la jungle à la neurofunk : Ed Rush & Optical, Noisia et beaucoup d'autres) en a fait sa basse emblématique, filtrée, distordue et traitée en parallèle.
Recette de base (reese)
- Deux dents de scie, detune ±10–25 cents (ou unison 2–4 voix) ; phase libre (pas de retrigger) pour un mouvement toujours différent.
- LP 24 dB à 300–1200 Hz, résonance basse ; LFO lent sur le cutoff (0,2–1 Hz) ou automation.
- Sub séparé : sinusoïde mono une octave en dessous (ou à la même octave si la basse est haute), avec HP sur le reese à 100–150 Hz. C'est l'étape qui distingue un reese professionnel : le sub reste stable pendant que le reese bouge.
- Distorsion (soft clip, puis hard clip) et léger chorus/flanger ; OTT parallèle pour les harmoniques.
- Mono sous 150 Hz ; stéréo et largeur seulement sur la partie haute.
Le wobble : principe
Le wobble est une basse dont le filtre (ou la position de wavetable ou le formant) est modulé par un LFO synchronisé au tempo : le son « parle » en rythme (« wub wub »). C'est la signature du dubstep britannique (Skream, Benga, Caspa, Rusko, milieu des années 2000), puis du brostep américain (Skrillex, « Scary Monsters and Nice Sprites », 2010), ainsi que du riddim et de la drum and bass.
Recette de base (wobble)
- Oscillateurs : dent de scie + carrée ou une wavetable riche ; sub sinusoïdal séparé.
- LP 24 dB avec résonance 20–40 % ; LFO de forme sinusoïdale ou triangulaire sur le cutoff, rate synchronisé au tempo : 1/4, 1/8, 1/8 triolet, 1/16. Changer le rate toutes les demi-mesures crée la « parole » rythmique.
- LFO en retrigger à chaque note : le wobble démarre toujours au même point.
- Alternatives au filtre : moduler un filtre formantique (voyelles A-E-I-O-U), la position de wavetable ou un wavefolder.
- Distorsion après le filtre, EQ, OTT ; sidechain depuis la kick.
Programmer le rythme du wobble
À 140 BPM (dubstep, caisse claire sur le 3) :
| Demi-mesure | Rate du LFO | Effet |
|---|---|---|
| temps 1–2 | 1/4 | lent, pesant |
| temps 3–4 | 1/8 | plus parlé |
| mesure 2, temps 1–2 | 1/8T | roulant |
| mesure 2, temps 3–4 | 1/16 | bourdonnement rapide avant le fill |
Dans Serum/Vital, on automatise le rate ou on utilise plusieurs LFO commutés ; dans FL Studio avec Fruity Envelope Controller ou avec une automation du rate, ou encore avec un LFO dessiné dans Fruity Love Philter.
Exemple en la mineur
Drop dubstep à 140 BPM : sub sinusoïdal sur A1 (55 Hz) pendant deux mesures, puis F1, G1, E1. Wobble sur A2 (une octave au-dessus) avec le pattern de rates du tableau, LP résonant, distorsion. Reese pour la section drum and bass (174 BPM) dans la même tonalité : deux dents de scie ±18 cents, cutoff automatisé de 400 à 900 Hz sur 8 mesures, sub sur A1 en dessous.
Mixage
- Sub : mono, −6/−10 dB sous le pic de la grosse caisse, contrôlé dans un analyseur (il doit être stable).
- Reese/wobble : HP à 100–150 Hz, zone de présence à 500 Hz–2 kHz, contrôle 3–5 kHz avec un égaliseur dynamique.
- Sidechain ou « ducking » depuis la kick (et depuis la caisse claire dans les genres en half-time) de 3–8 dB.
- Compatibilité mono : vérifie que le reese ne disparaît pas.
Erreurs courantes
- Unison et detune aussi sur le sub : basses qui « pompent » toutes seules et annulations.
- LFO libre (non synchronisé) dans le wobble : il perd le rythme.
- Trop de résonance : sifflements et pics au-delà du limiteur.
Exercice
- Construis un reese avec et sans sub séparé et compare dans un mix à 174 BPM.
- Programme 4 mesures de wobble avec 4 rates différents et écris dessus une batterie dubstep (grosse caisse sur le 1, caisse claire sur le 3).
Liens
« Concevoir des 808 et des basses », « Filtres », « Unison, detune et supersaw », « La distorsion comme sound design », « Layering des sons : sub, corps, top ».