Les trois ambiguïtés de Bernstein
Dans la quatrième leçon Norton (« The Delights and Dangers of Ambiguity », Harvard 1973), Bernstein distingue :
- Phonologique (hauteurs et tonalités) : un accord ou une mélodie admet plusieurs lectures. En do, Am7 et C6 ont les mêmes notes (A C E G) : c'est la basse qui décide. Un G#°7 peut se résoudre sur la mineur, do, mib ou fa#.
- Syntaxique (métrique et phrase) : l'accent semble tomber à un endroit puis se déplace. Hémiole, déplacements métriques, half-time contre double-time.
- Sémantique (signification) : la même musique évoque des émotions différentes selon le contexte.
Selon Bernstein, l'ambiguïté est ce qui rend la musique expressive, pourvu qu'il reste une référence (la tonalité) dont s'écarter ; trop d'ambiguïté devient confusion.
Attente
Les auditeurs prévoient continuellement ce qui va se passer. Les techniques pour jouer avec les attentes :
- Retarder la résolution : sus4, appoggiatures, pédale de dominante avant le drop.
- Tromper : cadence rompue G7 → Am au lieu de C.
- Déplacer : hook qui part une croche en avance, accent sur le contretemps.
- Refuser puis accorder : retirer la batterie pendant deux mesures avant le chorus.
La surprise ne fonctionne que si un modèle clair a d'abord été établi.
Exemple en la mineur / do majeur
La boucle Am – F – C – G est ambiguë entre la mineur et do majeur : le couplet peut sembler en la mineur (mélodie sur A) et le refrain en do (mélodie sur C), sans changer un seul accord.
Exemple réel
Bernstein analyse le prélude de « Tristan et Isolde » de Wagner, avec le célèbre accord (F B D# G#) qui se laisse lire de plusieurs façons et ne se résout jamais tout à fait. Dans la pop, « Get Lucky » de Daft Punk laisse le centre en suspens entre si mineur et ré majeur pendant tout le morceau.